Angola – « Opération nettoyage » des Zungueiras

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014 ).

Depuis que le président de la commission administrative de la ville de  Luanda, José Tavares Ferreira (équivalent du maire) a annoncé la mise en vigueur de mesures visant à sanctionner les vendeurs ambulants – appelés ici « Zungueiras », nom féminin car ce sont, la plupart du temps, des femmes – de nombreuses opérations nettoyage ont été entamées par les forces de polices dans les rues de Luanda afin de combattre cette forme de commerce informel.

Source : opatifundio.com

Source : opatifundio.com

 

Ces vendeurs ambulants « donnent une mauvaise image de la ville de Luanda » selon les déclarations d’un officiel qui a préféré garder l’anonymat. Le caractère anarchique et illégal de cette activité perturbe l’ordre de la capitale mais également sa circulation automobile d’après les sources officielles. Cette action s’ancre dans le cadre du Plan National de Développement (2013-2017) dans la mesure où il comprend un objectif de long terme de transformation de l’économie angolaise. Le commerce informel a débuté à Luanda dans les années 80 suite aux pénuries alimentaires provoquées par la guerre. Il représentait pour beaucoup le seul moyen de se procurer des biens alimentaires.

Cette opération part d’une  bonne intention puisqu’il est vrai que l’Angola a besoin d’assécher petit à petit tout ce qui alimente le commerce informel, ceci afin de parfaire la transition de son économie. Celle-ci est d’ailleurs en bonne voie car le pays bénéficie d’un système bancaire assez développé, de système de crédits et d’épargne… Mais également  pour satisfaire des exigences en terme d’hygiène et de qualité des biens qui sont vendus par ces Zungueiras.  Ce type de commerce représente un moyen facile de se procurer absolument tout  à proximité de chez soi car ces femmes parcourent les rues de Luanda, avec de grands récipients sur la tête contenant des fruits et légumes, des montagnes de Tupperware, du poisson frais qu’elles vont récupérer à l’aube au port pour ensuite chercher à écouler les stocks dans les rues (plus très frais après 3heures de marche sous le soleil et les 33°C de Luanda, il est vrai…) et beaucoup d’autres choses encore… Cependant, tout comme l’exemple du poisson l’illustre, la qualité de ses produits laisse souvent à désirer du fait des mauvaises conditions de conservations et les consommer peut présenter un risque pour la santé.

Mais la bonne intention se heurte à la réalité des interventions musclées opérées par les policiers, qui, lors des interpellations ont tendance à incarcérer tout le monde : hommes, femmes et bébés parfois, dans les mêmes cellules. Une vendeuse de petits gâteaux secs, mère de 4 enfants, a passé 3 nuits en détention suite à son interpellation dans la rue. De plus, selon les témoignages des Zungueiras incarcérées, la police aurait pris les vendeuses en photo et les auraient menacées en cas de nouvelle interpellation de peine d’emprisonnement à la prison de Viana (banlieue Est de Luanda) pour désobéissance. Certaines auraient également été battues par les policiers. Alors même que la sanction déterminée officiellement était la saisie des marchandises par les forces de l’ordre et leurs restitutions moyennant le paiement d’une amende correspondant à 50% du prix des marchandises saisies.

Source : caoquefuma.com

Source : caoquefuma.com

 

Cette activité est illégale et présente un risque sanitaire, certes, mais elle représente pour beaucoup, un moyen de survivre. Elle permet de gagner l’argent nécessaire à combler les besoins rudimentaires de la famille. Personnellement, j’achète souvent mes fruits et légumes auprès des Zungueiras et n’ai jamais rencontrée aucun problème.

Au-delà des interventions musclées, le gouvernement prévoit à terme d’améliorer l’accès au micro crédit de ces vendeurs ambulants dans le but d’en faire des acteurs de l’économie formelle à part entière et de renforcer le soutien aux petits entrepreneurs.


Aminata.

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