Au Missouri, on peut désormais porter une arme sans permis

C’est une affaire qui, au milieu des remous de l’élection de Donald Trump, est passée inaperçue à l’internationale. Depuis le 1er janvier, au Missouri, il est pourtant plus simple d’obtenir un revolver que le permis de conduire (qui requiert, lui, une formation).

Alors que Barack Obama, défenseur d’un contrôle accru des acheteurs d’armes à feu, vivait ses derniers jours en tant que président, cet État du centre des États-Unis mettait en application une loi changeant la donne en matière de port d’armes. Au terme d’une longue bataille politique, le parlement du Missouri a adopté le constitutional carry, permettant à tout citoyen de porter une arme cachée sans permis. Retour sur une loi controversée et sur ses implications.

Open-carry vs. concealed-carry

Aux États-Unis, posséder une arme est un droit fondamental. Le célèbre deuxième amendement de la Constitution américaine déclare ainsi que dans un souci de sécurité, « le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. »

Une fois l’arme procurée légalement, certaines mesures assurent cependant une forme de régulation. C’est le cas de la distinction entre le port d’une arme visible de tous (open carry) et le port d’une arme cachée (concealed carry). Jusqu’au 1er janvier, le Missouri permettait le port ouvert sans permis (sauf dans les écoles et les crèches), mais imposait une série d’examens et de formations pour les candidats au concealed carry.

 

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Depuis le 1er janvier 2017, les habitants du Missouri peuvent porter une armée cachée sans permis. © Flickr / CC / Rod Waddington

 

La nouvelle loi, appelée constitutional carry par ses défenseurs en référence au deuxième amendement, supprime cette exigence, autorisant ainsi tout individu de plus de 18 ans et n’ayant pas été condamné pour crime à acheter une arme et à la porter cachée, sans formation obligatoire ni vérification du passé psychiatrique.

Cette réforme, qui a provoqué de nombreux remous, a aussi fait parler d’elle par l’instauration d’une motion Stand your ground (Défendez votre territoire), permettant aux porteurs d’armes d’user de la force sur la voie publique s’ils se sentent en danger. La Castle Doctrine (la doctrine du château), qui permet d’utiliser ses armes pour se protéger sur sa propriété privée, a aussi été étendue aux invités des propriétaires et aux baby-sitters.

« Une parfaite tempête »

Tout au long des débats au parlement local, la loi a fait face à une rude opposition. Elle a été qualifiée de « parfaite tempête » par les élus démocrates et a suscité l’hostilité des forces de l’ordre de l’État.

Dans une interview donnée au Kansas City Star en septembre dernier, le président de la Missouri Police Chiefs Association exprimait son inquiétude face aux répercussions de la réforme en termes de sécurité. « Les personnes à qui on aurait interdit de porter une arme cachée auparavant pourront le faire grâce à cette loi », déclarait Paul Williams. « Cela met en danger les officiers qui auront affaire à eux sur la voie publique. »

Le gouverneur de l’époque, le démocrate Jay Nixon, avait décidé de poser son veto, déclarant que la loi mettrait des armes dans les mains de personnes « dont le casier judiciaire révèlerait des délits ou ferait penser au shérif qu’ils constituent un danger ». Après un contournement du veto par une législature composée aux deux tiers de représentants républicains, la loi a été acceptée mi-septembre.

Dans une série de tweets, la NRA (National Rifle Association) avait soutenu, puis félicité les républicains qui avaient voté contre le veto.

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« C’est un grand jour pour la liberté au Missouri », déclarait Chris Cox, directeur exécutif du lobby pro-armes.

« Le corps législatif a tenu bon pour défendre les droits constitutionnels des honnêtes citoyens contre le veto malavisé du gouverneur Nixon. »

Dès l’annonce du passage en force des républicains, des voix d’inquiétude se sont aussi faites entendre, aussi bien à l’échelle locale que dans la presse nationale. Grace Whitlock Vega, vice-présidente du mouvement anti-raciste Race Matters, Friends de la ville de Columbia, s’était ainsi montrée très pessimiste sur l’impact de la loi pour les minorités raciales, nombreuses dans cette ville du centre du Missouri.

« Ce qui va se passer va être désastreux. Les Blancs et les forces de police sont déjà effrayés par ceux qui ne leur ressemblent pas, et nous allons aux devants d’énormes problèmes », nous déclarait-elle au cours d’une longue interview en septembre dernier.

Ce sentiment, partagé par d’autres défenseurs des droits des minorités, résonne tout particulièrement avec le climat de tensions raciales qui culmine dans l’État depuis l’assassinat de Michael Brown et les émeutes de Ferguson en 2014 (Michael Brown, un jeune afro-américain non armé, avait été abattu par un officier de police). Un rapport de la Missouri State Highway Patrol estimait que les crimes de haine avaient doublé dans l’État entre 2014 et 2015.

« Le public ne comprend pas les responsabilités des propriétaires d’armes »

Au-delà de la question raciale, l’absence de formation obligatoire créée par la nouvelle loi est mal perçue, y compris du côté des défenseurs du port d’armes.

« Le public entend parler de la nouvelle loi, mais il ne comprend pas ses différentes ramifications et quelles sont les responsabilités qui incombent aux propriétaires d’armes », déplorait en décembre le gérant d’une armurerie que nous avions rencontré.

Ce commerçant proposait aussi des cours pour les nouveaux acheteurs.

 

Le Mid America Arms Gun Club, un club de tir à Saint Louis (Missouri). © Flickr / CC / Thomas Hawk

Le Mid American Arms gun club, où il est possible d’acheter des armes, est situé dans l’une des trois grandes villes du Missouri, Saint-Louis. © Flickr / CC / Thomas Hawk

 

« Je ne pense pas que les gens doivent avoir plus peur. Ma vraie inquiétude concerne les personnes qui ne s’entraînent pas de manière responsable avant de porter une arme », poursuivait-il lorsqu’on lui demandait si la loi devait être un sujet d’inquiétude.

Le plus inquiétant pour lui reste que de nombreux propriétaires agissent sans connaître leurs droits et leurs devoirs. Dans certains lieux – comme les bâtiments officiels ou les tribunaux – il est toujours interdit de porter une arme. Sans formation obligatoire, ceux-ci pourraient enfreindre la loi sans en avoir conscience.

« Nous sommes pour la protection par la Constitution des porteurs d’armes, mais nous voulons aussi que les gens soient formés. C’est plus sûr pour eux et pour le public. »

 

Julien Coquelle-Roëhm

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