Tous les articles par Cyndi Portella

Au Panama, femmes et représentation artistique du canal (4/4)

FEMMES DU CANAL (4/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

Le pinceau, la plume et la parole, autant d’armes pour mettre fin au machisme de la Zone du Canal

Quatre podcasts pour comprendre l'évolution de la place des femmes du canal de Panama lors de sa construction. © CrossWorlds / Judith Couvé

Quatre podcasts pour comprendre l’évolution de la place des femmes du canal de Panama lors de sa construction. © CrossWorlds / Judith Couvé

 

Dans le poème La mujer del patio (à écouter ci-dessous), Shirley Campbell dénonce les abus physiques d’un mari sur sa femme. Ces mots, récités par la poétesse costaricienne, ont été choisis par le Centre culturel espagnol et la branche de l’ONU dédiée aux Femmes à Panama pour protester contre la violence de genre. Interrogées sur l’expression de la subjectivité féminine à travers la poésie, les trois artistes présentes, Shirley Campbell, Corina Rueda et Lucy Chau ont souligné son importance comme outil de communication, et à ce titre de dénonciation et d’éveil des consciences.

Le podcast, dernier épisode :

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Éveiller les consciences, c’est aussi ce que cherche à faire la nicaraguayenne Virginia Paguaga à travers son projet vidéopoétique, né d’un métissage entre les arts du court-métrage et de l’envolée lyrique. Peu codifiés, ces courts-métrages poétiques laissent libre court à l’imagination de jeunes femmes qui retranscrivent par images leur lyrisme. Tous ont pour point commun de questionner la place des femmes dans la société, leurs rôles, la manière dont elles sont perçues, leurs réflexions ou encore leurs relations à l’altérité. Au micro de Daniel Alarco pour la Estrella de Panamá, la directrice de Videopoética s’exprime sur l’importance de positionner les femmes en première ligne dans le domaine de l’audiovisuel, un domaine encore trop gouverné par les hommes.

L’égalité professionnelle au Panamá

Miguel Trancozo Treviño, en charge de la Communication et de la Promotion des Femmes au siège régional des Nations Unies à Panamá, nous éclaire sur la situation toujours alarmante des femmes dans la zone du Canal.

      – Qu’en est-il de la condition féminine au Panamá? 

Il est certain que les  postes professionnels du Canal de Panamá ont été historiquement réservés aux hommes. Par exemple, le poste de contrôleurs, qui représente le poste le plus haut placé et le mieux rémunéré dans la hiérarchie professionnelle du Canal de Panamá, est occupé par 90 personnes dont seulement une femme. […]

Cela a à voir avec une vision imposée dans nos sociétés latino-américaines, occidentales et hispanophones dans lequel certaines capacités ou conditions académiques ont été distribuées par genre. 

Poétesses et engagement politique

Déjà en 1906, Amelia Denis de Icaza dénonçait l’occupation américaine dans la Zone du Canal, à travers son poème “Al Cerro Ancón”. Plus récemment, la poétesse Eyra Harbar a renforcé le rôle de la poésie comme outil d’engagement politique. Sa vision se résume par la conviction que la poésie est société et que la société elle-même est un argument poétique. Dans sa poésie Confesión du recueil Acopio de piezas, Harbar conte les événements populaires qui ont conduit à la rétrocession du Canal aux mains panaméennes (à écouter ci-dessus). 

Peindre et résister

Même lorsqu’elle n’évoque pas directement les violences faites aux femmes ou leur manque de visibilité, la création artistique permet à des artistes femmes de se démarquer et de s’imposer plus facilement que dans d’autres domaines, encore très fermés au Panamá. C’est le cas d’Olga Sinclair, apparue dans le World Guiness Record après avoir réuni plus de 5000 enfants de 1 à 18 ans pour peindre un tableau de 2000m² devant les bureaux des travaux d’agrandissement du Canal de Panamá. Entre un goût pour la peinture qu’elle apprend via les tableaux de Rembrandt et celui, plus récent de la sculpture, Olga Sinclair cherche à travers les défis qu’elle s’impose et à travers ses œuvres, à casser les codes de la société panaméenne qui reste machiste selon elle.

Judith Couvé

Au Panama, les femmes au devant des mouvements sociaux anti-impérialistes (3/4)


 

Au Panama, les femmes au devant des mouvements sociaux anti-impérialistes (3/4)

FEMMES DU CANAL (3/4). La manière dont on parle des femmes dans l’histoire influe sur la perception et les droits actuels de nos contemporaines. Notre correspondante au Panama vous propose un voyage dans le temps : quatre épisodes pour comprendre le rôle, la condition sociale et les combats des femmes lors de la construction du fameux canal de Panama.

Être femme avant tout, être panaméen.ne d’abord

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Quatre podcasts pour comprendre l’évolution de la place des femmes du canal de Panama lors de sa construction. © CrossWorlds / Judith Couvé

En Europe, la fin de la Première Guerre Mondiale fut un moment historique de mobilisations pour l’émancipation des femmes. L’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et la Russie accordèrent en 1918 le droit de vote aux femmes en “remerciement” de leurs services durant la guerre. L’achèvement de la construction du Canal de Panamá arriva en phase avec ce nouvel élan intellectuel, anarchiste et progressiste, favorisant les débats sur la situation de la femme.   

Le podcast, troisième épisode :

Ou préférez-vous lire ?

En 1920, les droits de femmes demeuraient tout de même limités au Panama. Un recensement montre que plus de 80% des femmes de l’époque étaient femmes au foyer et en 1923, l’Assemblée nationale du Panama vota une loi retirant aux femmes le droit d’être avocate.

Avocate pour le progrès

C’est justement une avocate tout juste diplômée, Clara Gónzalez, qui, indignée, créa “La société pour le progrès de la Femme panaméenne”.

Ces femmes s’inspirèrent du mouvement d’émancipation qui grandissait aux États-Unis et se rapprochèrent peu à peu des Américaines présentes dans la Zone du Canal. Rapprochement jugé antipatriotique par le dirigeant Arosemena, élu en 1936, mais qui n’empêcha pas le suffrage féminin d’être approuvé en 1938, et de devenir l’article 97 de la Constitution de 1946. La lutte pour l’émancipation des femmes passait donc avant tout intérêt territorial…. Mais pour un temps seulement.

Drapeau panaméen en l’air

De jeunes universitaires initièrent le mouvement de protestation contre la présence états-unienne dans la Zone du Canal : le 2 mai 1958, ils hissèrent, pour la première fois, le drapeau panaméen dans la Zone du Canal. Cet événement hautement symbolique est connu sous le nom d’Opération Souveraineté.

À partir de ce moment, la volonté de voir le drapeau panaméen flottant sur le territoire de la Zone devint un véritable symbole d’insurrection anti-impérialiste si bien qu’une deuxième opération fut lancée le 3 novembre 1959, mais très durement réprimée par balles et baïonnettes par la milice américaine.

Les « Zoneítas » 

En 1964, l’implantation du drapeau panaméen fut au cœur de vives tensions entre les Panaméens et, habitants la Zone du Canal, les Zoneítas. Le gouvernement panaméen avait en effet ordonné le lever de son drapeau dans 17 lieux publics de la Zone du Canal. Mais le 9 janvier 1964, les étudiants de la Zone du Canal, majoritairement américains, refusèrent que soit hissé le drapeau de Panamá dans leur Collège Supérieur Balboa.

Les étudiants panaméens de l’Institut National de Panamá se ruèrent sur place pour veiller à la bonne implémentation de la loi et au lever du drapeau. En peu de temps, une confrontation émergea, avant d’être dissoute par les gaz et armes d’assaut de la police de la Zone. Cet événement, photographié et partagé par la presse internationale, changera l’image de la relation américano-panaméenne aux yeux de la communauté internationale.

Nombreuses femmes prirent part à cette confrontation, dont Amalia Tapia, artiste peintre qui dédia sa vie artistique à la réalisation d’œuvres sur le Canal de Panamá. A découvrir dans notre quatrième épisode.

Judith Couvé

Panama : les Femmes du Canal, premier épisode

Au Panama, des Femmes du Canal « d’or » et « d’argent » (2/4)