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Diwali, quand l’Inde s’illumine

Alors que l’on célèbre Noël en France, évènement fédérateur bénéficiant d’un jour férié dans l’Hexagone, notre correspondante en Inde vous fait découvrir ce qui pourrait être compris comme son équivalent indien en termes d’engouement populaire : la fête de Diwali.

P1360191Durant tout l’automne, les rues indiennes sont ornées de guirlandes de lumières et de bougies pour Diwali © Crossworlds/ Cécile Marchand Ménard

Tous les ans, au cœur de l’automne, alors que les sapins de Noël sont encore enracinés, l’Inde toute entière est illuminée par des milliers de bougies et guirlandes de lumière. Pendant cinq jours, on fête le retour de Ram, roi de l’Inde antique après une victoire héroïque, en éclairant les rues, tandis que la lune n’occupe plus le ciel.

Dans un pays peuplé par plus d’un milliard d’êtres humains, parlant dix-huit langues officielles et pratiquant plus de huit cultes, un tel évènement semble fédérateur.

Vidhu, 21 ans, est christiano hindou. Rupinder, 32 ans, est sikh. Malgré leurs différences religieuses, ils fêtent tous deux Diwali.

Un évènement fédérateur dans une Inde plurielle

En Inde, la liberté de culte est garantie par les articles 25 à 28 de la Constitution. Un amendement de 1976 fait du sous-continent un Etat séculaire. Contrairement à la configuration française, en Inde, la subvention des cultes existe et les religions interviennent dans le droit civil.

L’Inde est le berceau de nombreuses religions toujours présentes aujourd’hui sur son territoire. Selon un recensement de 2011, rendu public en 2015, près de 80% d’Indiens pratiquent l’hindouisme, plus de 14 % pratiquent l’islam, plus de 2% pratiquent le christianisme, suivi de près par la pratique du bouddhisme et du sikhisme.

C’est dans ce contexte de diversité religieuse devenu structurel qu’est célébré tous les ans Diwali ou Deepavali (en sanskrit, rangée de lumières).

Dans un pays caractérisé par une diversité religieuse forte, la question du vivre ensemble se pose tout au long de l’Histoire. De la domination islamique de l’Empire moghol du XVIème siècle, à l’assassinat d’Indira Gandhi par ses gardes du corps sikhs en 1984, jusqu’aux attentats de Mumbai en 2008, l’unité nationale est mise à rude épreuve par des conflits religieux.

Les festivités de Diwali, fédératrices, s’étendent sur cinq jours, généralement à la fin du mois d’octobre, et marquent le début du calendrier hindou.

Bien souvent, les illuminations et le son des pétards s’étendent jusqu’au début du mois de novembre. Tout comme Noël, malgré son caractère religieux, cet événement fédère au-delà des cultes, comme l’illustrent Vidhu et Rupinder.

Avec ses vêtements à la pointe de la mode occidentale et son accent canadien, le premier est fier de son enfance passée en Amérique du nord. La seconde, née Penjab, porte le sari traditionnel. Les deux parlent librement de leur rapport personnel à la religion, sujet souvent tabou en Inde.

« Plus que le simple fait religieux »

Vidhu et Rupinder font partie de la classe moyenne indienne qui a prospéré lors de la libéralisation économique de 1991. Lui est fils d’un homme d’affaires et d’une mère au foyer. Il a passé dix ans de sa vie au Canada et étudie maintenant dans une des universités les plus prestigieuses du nord du pays. Elle a fait des études supérieures avant de devenir institutrice et présentatrice pour une radio locale.

S’ils sont proches socio-économiquement, ils ne le sont pas religieusement. Vidhu est issu d’une famille où christianisme et hindouisme s’entremêlent tandis que Rupinder est sikh. Néanmoins, ils reflètent une particularité indienne : l’importance accordée à la pratique religieuse. En Inde, la quasi-totalité de la population déclare appartenir à un culte.

En Inde, comme le souligne Vidhu, en expliquant la configuration particulière du droit civil indien vis-à-vis des cultes,

« La religion a une place dans les modes de vie, dans la société toute entière, c’est plus que le simple fait religieux ».

Malgré une laïcité de façade, le droit civil de l’Inde est souvent très relié à la religion ; en termes de mariage et de décès notamment. Il n’existe pas de législation universelle et générale en ce qui concerne le mariage, le décès et la succession. Ainsi, chaque communauté religieuse reconnue possède son code de statut personnel. Par exemple, le mariage civil est encadré de diverses façons selon la religion des mariés.

Une maison accueillante pour recevoir la déesse

La description de Diwali dans leurs familles par Rupinder, la Sikh, et Vidhu, l’Hindou, permet de faire ressortir des similitudes malgré des croyances différentes.

Vidhu explique que « la semaine avant Diwali, on nettoie nos maisons ». Rupinder ajoute :
« si la peinture est détériorée, c’est l’occasion de repeindre l’habitation ». Tous deux affirment qu’il est fréquent de refaire la décoration intérieure de sa maison en achetant de nouveaux meubles à l’approche du mois d’octobre, une caractéristique de la classe indienne moyenne et d’un certain culte de la consommation. Vidhu poursuit :

« Diwali est avant tout une fête d’amour et de joie. Tout ce qu’on veut c’est que les gens soient heureux ».

Ainsi, des millions d’Indiens et d’Indiennes se rendent chez leurs proches pour leur offrir toutes sortes de cadeaux ou offrandes. Le plus souvent, ce sont des fruits secs, précise Rupinder.

La semaine avant Diwali, les familles de Vidhu et Rupinder achètent des sucreries en tous genres, des feux d’artifice et de la poudre colorée. Avec cette poudre, les enfants confectionnent des rangolis, fresques colorées, devant et à l’intérieur des maisons. « Un jour avant Diwali, nous décorons le sol de nos maisons. Selon la croyance, le jour de Diwali, la déesse Lakshmi va venir. Il faut donc que la maison soit belle et accueillante pour la recevoir », explique Vidhu.

« Le jour de Diwali, qui est le nouvel an hindou, il n’y a pas de lune. Les gens allument donc des bougies et illuminent leurs maisons pour guider Ram qui rentre de la forêt. »

P1360357A Bundi, des enfants s’amusent avec des feux d’artifice pendant plusieurs jours suivant Diwali. C’est derniers peuvent être dangereux, leur usage est donc régulé. © CrossWorlds/Cécile Marchand Ménard

« La seule chose qui a peut être changé avec le temps, ce sont les feux d’artifices. Bien sûr, lors du retour de Ram, ils n’existaient pas », note Vidhu.

Cette remarque presque anecdotique a son importance puisque l’usage des feux d’artifices est, depuis quelques années, régulé. « Il est très fréquent que des gens perdent leurs mains ou se les brûlent à cause des feux d’artifices et des pétards. Cette année, mon oncle s’est brûlé une main ! » déclare Vidhu, à peine étonné.

Des significations et interprétations différentes

Malgré d’apparentes similitudes dans la manière de célébrer Diwali, les rituels tout comme la signification donnée à cette fête diffèrent selon l’appartenance religieuse.

« Ma grand-mère célèbre tout de la même manière que le reste de ma famille mais elle ne prononce pas les mêmes prières, et ne nous accompagne pas toujours au temple. Elle allume, comme nous, une bougie devant Ganesh. »

Certaines personnes ne prennent d’ailleurs pas part à Dusshera, comme l’explique Vidhu. Cette autre fête a lieu vingt jours avant Diwali, en mémoire de Ram qui a triomphé face à Ravana. Diwali célèbre alors son retour après cette bataille.

P1360346« Le soir, les femmes mettent leurs plus beaux saris et nous faisons la puja. Cette prière est dirigée vers Ganesh et Lakshmi. Cela est censé nous apporter prospérité et un futur heureux. Il est dit que quand une maison est illuminée par des bougies, alors elle est protégée. » © CrossWorlds/Cécile Marchand Ménard

Rupinder précise :

« Les sikhs ne célèbrent pas réellement Diwali. En fait, même si les célébrations se déroulent de la même manière, nous célébrons Bandi Chhor Divas [le jour de la délivrance des prisonniers] ».

Cette célébration correspond à l’arrivée du sixième guru, Hargobind, au temple d’or d’Amritsar. Ce dernier s’est échappé du Fort Gwalior en 1619 où il était prisonnier politique, permettant l’évasion de 52 rois hindous par la même occasion. Dans le jaïnisme, religion prenant racines en Inde, la signification de Diwali est également différente. Selon les jains, Diwali correspond au jour où Mahavira, un des 24 tirthankaras (disciples atteignant l’omniscience) a atteint le Nirvana en 527 avant Jésus Christ.

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Devant un temple jain, une femme dépose des bougies en hommage à Mahavira. © CrossWorlds/Cécile Marchand Ménard

Diwali, moment d’unité nationale, contraste avec les conflits inter-religieux perdurant en Inde jusqu’à récemment. Selon Vidhu, « depuis l’indépendance du pays, les choses ont tendance à s’apaiser entre les différentes religions. Le premier ministre Modi joue un rôle de modérateur dans ce processus ». Mais pour Rupinder, Narendra Modi est le représentant du parti nationaliste hindou, ce qui a tendance à biaiser le débat. Pour elle, Modi privilégie les hindou·es, « ralentissant l’accès à l’unité nationale forte ».

Reste que la fête de Diwali en Inde est l’occasion de faire ressortir une certaine unité du sous-continent indien le temps de quelques jours.

Cécile Marchand Ménard

Playlist : de l’Inde au Panama, un son par jour jusqu’en 2018 !

2018 approche à grands pas, et en prévision de la soirée du Nouvel An, l’équipe de CrossWorlds se mobilise pour vous offrir chaque jour un nouveau morceau international à ajouter à votre playlist !

Patea Māori Club – Poi E : JOUR J en Nouvelle Zélande !

Pour fêter le passage à la nouvelle année, nous clôturons cette playlist avec la contribution de Tom Février, correspondant en Nouvelle Zélande !

Poi E est la première (et seule) chanson māorie à être parvenue en tête des charts, et ce pendant tout le mois de mars 1984. Pourtant cela était loin d’être gagné, car aucune maison de disque n’avait voulu produire la chanson, et une fois cette dernière enregistrée avec les moyens du bord, aucune radio ou presque n’avait accepté de la diffuser.

Les paroles — en te reo, la langue māorie — ont été écrites par la linguiste Ngoi Pēwhairangi, et la musique a été composée par Dalvanius Prime.

La chanson et son clip sont un savant mélange de danses et chants traditionnels māoris (kapa haka), et de la culture hip-hop et breakdance très populaire au sein de la jeunesse des années 1980.

Un film documentaire sur la genèse du phénomène Poi E est même sorti au cinéma en 2016.

SANTA FERIA – Haciendo Nada : J-1 au Chili

Quentin Derobertmasure, correspondant à Valparaiso, fait découvrir un groupe de cumbia chilien !

Le groupe Santa Feria est très populaire ici. Leur musique représente bien l’ambiance de Noël à Valparaiso, sous le soleil et pendant les vacances d’été.

Le clip d’Haciendo Nada a été réalisé avec de nombreuses contributions personnelles, il illustre bien ce à quoi ressemble l’ambiance des fêtes de fin d’année au Chili !

CHILDISH GAMBINO – Me and your Mama : J-2 aux États-Unis

Raphaëlle Aubert, basée à Chapel Hill en Caroline du Nord, ambiance votre playlist avec un morceau à la frontière des genres.

Childish Gambino, de son vrai nom Donald Glover, est un acteur, réalisateur et musicien Américain. Il a été élevé dans la banlieue d’Atlanta (Géorgie, USA), berceau des musiques trap et rap américaines.

Donald Glover est d’ailleurs le créateur de la série Atlanta, qui met en lumière la scène musicale de cette mégalopole.

Awaken, My Love!, son dernier album en date de 2016, mêle rap, blues et gospel, et rappelle l’héritage musical Afro-Américain. La chanson Me and Your Mamma en est particulièrement représentative, et a connu un grand succès, notamment chez la jeunesse d’Atlanta.

ROMAN TAM – Lazerlights : J-3 à Hong Kong

Notre correspondant basé à Hong-Kong vous emmène faire un tour dans les années 80 !

À Hong Kong, le genre musical de référence est sans conteste la pop cantonaise, ou cantopop, ou même HK-pop.

Son plus célèbre interprète, le chanteur hongkongais Roman Tam, est devenu une véritable icône culturelle à Hong Kong. Pendant l’âge d’or de la cantopop, les années 1980, ses singles inondent les soirées festives hongkongaises, à l’image de Lazerlights (1983), curieux mélange de musique disco et chinoise.

EDUARDO PERALTA – El pornografo : J-4 au Chili

Adrien Urbin, l’un de nos correspondants au Chili fait un clin d’œil à la France en vous faisant découvrir un artiste de Santiago, passionné par un certain Georges…

Eduardo Peralta est un auteur-compositeur-interprète chilien qui se proclame « troubadour » dans un Français impeccable. Il découvre la langue de Molière lors de ses études au collège Notre-Dame de Santiago.

C’est avec le recteur de l’établissement qu’il prend plaisir à réciter, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, etc. Lors de son premier voyage en France en 1980, il tombe amoureux de la poésie, de l’humour et des mélodies de Georges Brassens.

Il se met d’ailleurs très tôt à traduire et adapter ses chansons en espagnol pour transmettre cette culture à ses compatriotes chiliens. Ce travail ne fut pas une mince affaire, car ces derniers n’étaient pas friands de la virulence envers le pouvoir politique et religieux chère à George Brassens.

Petit à petit Eduardo réussit son pari et se constitue un public. Il est très heureux de ses « étonnants lundis brasséniens », qu’il organise depuis 1999 au Meson Nerudiano, un Café-Concert style Rive Gauche des années 50. Il a fait participer plus de 180 artistes invités pour rendre hommage aux auteurs de la chanson poétique chilienne et ibéro-americaine, et aussi aux grands auteurs de la chanson francophone : Brassens, Brel, Ferré, Moustaki, Leclerc, Lapointe, et bien d’autres.

C’est un véritable bonheur de découvrir ses traductions et sa joie de chanter mais surtout de parfaire son Espagnol avec les airs de notre enfance. Et si au hasard d’une promenade dominicale à Santiago vous passez le long de Americo Vespucio, vous croiserez certainement Eduardo entrain de s’adonner à sa passion pour la pétanque avec ses amis !

IU – Palette : J-5 en Corée du Sud

Cyprien Miléa qui séjourne actuellement en Corée du Sud fait aujourd’hui honneur à la K-Pop !

Palette marque un puissant retour de IU, jeune chanteuse de K-pop, malgré un rythme relativement lent, grâce à son timbre profond et ses paroles matures.

IU nous invite à découvrir ses questionnements intimes, phénomène nouveau dans la K-Pop, tout en accueillant G-Dragon, figure à portée internationale.

Cette chanson a convaincu les jeunes Coréens, qui récitent religieusement ce léger « I’m fine, I’m twenty five ». IU est très acclamée en Corée, mais tout semble indiquer qu’elle le sera bientôt à l’étranger.

KANDIA KORA – Confirmer : J-6 en Guinée Conakry

Camille Russo, notre correspondante en Guinée Conakry, vous fait découvrir ou redécouvrir un artiste guinéen qui tourne déjà dans le monde entier à travers l’un des titres qui font danser ses compatriotes !

Kandia Kora, de son vrai nom Kandia Kouyaté, est issu de l’une des plus grandes familles de musiciens du pays : son père Mbady Kouyaté, lui-même descendant d’une longue lignée de griots, fut le directeur artistique du prestigieux Ensemble Symphonique Traditionnel National de Guinée dont la réputation s’est établie au-delà des frontières de la sous-région.

La musique de Kandia Kora puise ses racines dans la grande culture artistique madingue qui se transmet depuis le XIIIème siècle de génération en génération par les griots ou djélis. Ces derniers sont les « détenteurs et les conservateurs » de la tradition orale, les maîtres de la parole, souvent accompagnée de musique. En témoigne l’usage de la kora par le jeune artiste, instrument à corde harpe-luth au doux son caractéristique.

Kandia Kora connait aujourd’hui une carrière internationale : il accompagne en tournée le chanteur ivorien Tikken Jah Foly ou le groupe C2C, signe de nombreux duos avec le malien Sidiki Diabaté, et enregistre un morceau pour la BO du film Kirikou et les bêtes sauvages. Il n’en conserve pas moins un fort attachement pour sa terre natale, comme en témoigne ce hits des dancefloors guinéens : 224 est ma fierté !.

Vive le vent – Version chinoise: J-9 en Chine

A l’avant-veille de Noël, Laure Gutteriez, correspondante en Chine, vous propose la version chinoise de notre très célèbre Vive le vent : ou quand les mélodies qui ont bercé votre enfance passent le processus de mondialisation.

 

La majorité des Chinois pratiquant les religions traditionnelles du pays, Noël n’a jamais été une fête chinoise. Mais les enseignes ont compris que c’est une occasion qui fait vendre. Pour ce faire, malgré le très faible pourcentage de catholiques, les codes occidentaux sont repris dans le but de pousser à la consommation.

L’action, à l’origine commerciale, semble marcher. Aujourd’hui l’air de Vive le vent est très connu en Chine et a même sa propre traduction.

El tambor de la alegria – Musique traditionnelle : J-10 au Panama

Notre correspondante Judith nous embarque sur la piste de danse panaméenne !

El Tambor de la Alegria est l’illustration parfaite de la société traditionnelle panaméenne. On y trouve les rythmiques de percussions venues avec les esclaves africains ainsi que des chants criés et soudains qui illustrent la particularité de la chanson panaméenne.

El Tambor de la Alegria est une chanson connue par tous et entonnée par tous dès que l’occasion se présente. Bien que ses paroles soient simples et répétitives, elles sont là une retranscription de la société panaméenne de « l’Interior », le pays sans considérer sa capitale, vu par beaucoup comme le « vrai Panamá ».

Entre joie, pollera – l’habit traditionnelle des femmes panaméennes, et appel à la réunion entre Panaméens et Panaméennes autour d’une danse à la hanche cadencée, cet air est une légèreté entraînante et il est à découvrir ici !

ANDREAS BOURANI – Auf uns : J-11 en Allemagne

« Auf uns », littéralement « à nous ». Pour finir 2017 en beauté, Pauline Dumortier, nous présente le titre incontournable des soirées du Nouvel An en Outre-Rhin.

En avril 2014, l’artiste allemand Andreas Bourani sort son album pop Hey. Au mois de juillet, l’un de ses titres, « Auf uns », devient no 1 des ventes de singles en Allemagne et en Autriche et est nominé pour le prix de la meilleure chanson internationale.

Le tube est rendu célèbre dans toute l’Allemagne grâce à son utilisation comme générique pour la Coupe du monde de football au Brésil par la chaîne de télévision ARD. Après la victoire de l’Allemagne en finale contre l’Argentine , Andreas Bourani joue « Auf uns » en live au stade Maracana à Rio de Janeiro. Au retour de l’équipe à Berlin, il l’interprète cette fois devant la porte de Brandebourg. Le tube devient alors un hymne à la victoire et à la vie et le symbole de l’unité allemande;  le « I will survive » français de l’été 98.

Connu de tous les allemands, « Auf uns » est la chanson incontournable de toutes les fêtes.

MASHROU’ LEILA – Roman : J-12 au Liban

Pour commencer 2018, Wendy Trogneux, notre correspondante au Liban, nous propose d’allier tonalités envoutantes et paroles fortes.

Mashrou’ Leila, groupe de rock indie Libanais, sort l’été dernier une vidéo accompagnant une de leurs dernières chansons.

Roman, en Arabe, renvoie aux Romains, donc non-musulmans, et plus tard deviendra un mot désignant les Européens et l’Ouest. Cette chanson et vidéo remettent en cause les stéréotypes souvent créés par rapport aux femmes Arabes : voilées, opprimées par leur culture et religion. Ainsi, sur la vidéo, des femmes voilées et non voilées dansent, courent, mettent en valeur un féminisme qui se veut intersectionnel, en opposition au « white feminism » qui souvent remet les femmes Arabes au statut de victimes.

Le groupe de musique, entièrement masculin, chante en cœur « À l’attaque » au refrain : c’est, l’appellent-ils, un « cri de réalisation de soi-même », en traitant « l’oppression non pas comme une source de victimisation mais comme un terrain fertile duquel la résistance peut pousser ».

5K HD – What if I : J-13 en Autriche

Lorraine Vaney nous présente « une énigme sonore » autrichienne, pour teinter de jazz la soirée du 31 !

Quand il ne s’agit pas d’opéra, la scène musicale autrichienne se distingue par son atmosphère planante et mélancolique, influencée par le trip-hop, le jazz et post-rock.

En tête, le nouveau quintet 5K HD qui a sorti son premier album And to in A en Septembre dernier sous les applaudissements des viennois, conquis.

Fruit de l’alliance entre la vocaliste Mira Lu Kovacs et des jazzmen de Kompost 3, 5K HD se décrit comme un groupe de jazz avant-garde ; un genre suffisamment large pour leur permettre d’explorer de nouveau ensembles, puissants et fragiles à la fois.

LA SARITA – Identidad : J-14 au Pérou

Notre correspondante au Pérou, Lola Moinard, nous invite à commencer l’année sur du rock péruvien !

Chanson du groupe de Rock fusion La Sarita, Identidad, est issu du quatrième album du même nom édité en 2012.

Une chanson aux influences diverses, choisie parmi la richesse qu’offre le rock péruvien !

NUCLEYA – DHOOP feat. Vibha Saraf : J-15 en Inde

On démarre en beauté avec la contribution de Cécile, en Inde.

Dhoop (hindi pour soleil) est le dernier titre en date de l’artiste Nucleya. Celui-ci est devenu très populaire auprès de la jeunesse indienne après son premier album en 2015.

Son style unique est appelé « desi bass », mélange de bass et de sons et textes traditionnels et populaires indiens. Il est un des rares artistes du sous-continent à s’exporter tout en s’imposant face à l’industrie musicale de Bollywood qui bénéficie d’une quasi-hégémonie dans le pays.

Entre l’Inde et le Pakistan, la frontière transformée en piste de danse

« Mon corps est politique » : au Chili, Paz transcende les frontières

Le corps des femmes, politique ? A Valparaiso, deuxième ville du Chili, rencontre avec Camila Paz, 26 ans, qui transcende les frontières du corps et des nations grâce au cirque et au voyage.

Camila Paz, Chilienne de 26 ans, se revendique féministe. Photo prise un jour de de pluie à Valparaiso, au Chili (2017) © CrossWorlds / Cyndi Portella

Camila Paz, Chilienne de 26 ans, se revendique féministe. Photo prise un jour de de pluie à Valparaiso, au Chili (2017) © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Le Chili et ses femmes en 3 chiffres

  • Selon une étude statistique publiée par l’INE en 2012 : 35,1% des femmes déclarent avoir vécu une ou plusieurs situations de violence conjugale et/ou familiale.
  • Le ministère de la femme reconnaît, pour l’année 2015, 45 victimes de féminicide.
  • Les estimations de l’Université du Chili annoncent un minimum de 100 000 avortements illégaux par an.

Camila Paz et les frontières

Camila Paz a vingt-six ans, elle est chilienne et on l’appelle Paz. Elle a toujours une boîte sous le bras dans laquelle elle range les gâteaux vegan (sans protéine animale) qu’elle vend sur son chemin et ses quelques accessoires de cirque, pour s’exprimer.

Il y a trois mois, elle s’est installée à Valparaiso après un voyage de deux ans. Elle a parcouru seule plusieurs pays d’Amérique latine en finançant ses déplacements sur la route grâce à l’art de rue. Lors de son voyage, elle se rend compte que les frontières nationales n’ont aucun sens pour elle. Elle s’imagine alors que tout ce qu’elle ressent et perçoit comme une frontière est fait pour être transcendé. Sur ce continent où les violences faites aux femmes sont quotidiennes, voyager seule est un acte politique.

– Quel a été l’itinéraire de ton voyage ?

Je voulais connaître entièrement le Chili, du désert en passant par la cordillère, l’océan et les bois natifs et arriver en Patagonie. Je n’avais jamais mis les pieds dans la partie sud alors je suis partie à Chiloé, puis j’ai voyagé jusqu’à Ushuaia. Après, j’ai traversé toute l’Argentine, l’Uruguay et une partie du Brésil.

Je me suis rendue compte que peu importe où tu veux aller, tu n’as pas besoin d’argent. La seule chose dont tu as besoin pour voyager de manière indépendante en t’auto-gérant, c’est d’énergie. Tout au long de mon voyage, j’ai cuisiné et pratiqué l’art du cirque pour subvenir à mes besoins. L’art de rue m’a appris que l’on peut vivre avec peu.

– Qu’as-tu appris sur ton corps grâce au cirque et à l’art de rue ?

Pour apprendre à jongler tu dois connaître en détails ton corps et jouer en permanence avec les limites de celui-ci. Les exercices que tu te sens incapable d’exécuter, à force d’entraînement, deviennent une routine acquise avec laquelle tu peux composer. C’est un combat constant et très enrichissant car cela te pousse à ne pas rester dans ta zone de confort. Je cherche toujours à en apprendre plus sur mes limites corporelles, et à les dépasser. Je pense aussi à ce que je veux transmettre comme message, comme dans une représentation artistique.

Je crois que cet apprentissage m’a donné la force de m’affranchir du rôle de femme dans lequel on voulait m’enfermer.

Paz et son hula hoop à Valparaiso. Un jour de de pluie, 2017. © CrossWorlds / Cyndi Portella

Paz et son hula hoop à Valparaiso. Un jour de de pluie, 2017. © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

– Comment vois-tu ton corps de femme aujourd’hui ?

L’art du cirque et le voyage ont changé mon regard : mon corps transcende les barrières, celles de mes propres pensées. C’est lui qui m’a permis de m’émanciper à travers le voyage, l’art de rue et la cuisine vegan pour arriver à être auto-suffisante.

Le corps est ce qui permet de se mouvoir en fonction des idéologies auxquelles on s’identifie.

Le voyage et l’art du cirque m’ont permis de rencontrer de nombreuses femmes ; nous avons traversé ensemble nos frontières physiques et mentales. Je crois que j’ai toujours été interpellée par ces frontières qu’on nous impose : quelqu’un qui vit de l’autre côté est confrontée aux mêmes obstacles que toi mais il existe la nécessité de défendre un territoire qui à mon sens n’appartient à personne.

Propos recueillis par Cyndi Portella (Valparaiso, Chili)

En Irlande, rencontre avec celles qui militent pour la légalisation de l’avortement

Et si nous n’avions pas eu Simone Veil ? Et si avorter était toujours puni par la loi ? Et si nous n’avions pas la possibilité de décider pour nous-mêmes ? Et si notre corps appartenait à l’Etat ou à l’Eglise ? Cette réalité, qui en France a été changée en 1975 par la promulgation de la loi Veil, est aujourd’hui encore celle des femmes irlandaises. Notre correspondante a rencontré trois militantes qui la combattent.

Rassemblement pro-choix à Dublin. © Flickr / CC / William Murphy

Rassemblement pro-choix à Dublin. © Flickr / CC / William Murphy

 

Ce week-end s’est tenu un grand rassemblement anti-avortement, nommé le Rallye for Life (Rallye pour la vie), à Dublin. Selon la police, 10 000 à 20 000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale, menées par des associations anti-avortement telles que Life Insitute (L’institut de la vie), Youth Defence (Défense de la jeunesse, qui se revendique comme étant le premier groupe pro-vie irlandais) et l’organisation d’Irlande du Nord Precious Life (Précieuse vie). Leur but : préserver le huitième amendement pour maintenir l’interdiction d’avorter.

Ce que dit la loi irlandaise

« L’Etat reconnaît le droit à la vie des enfants à naître, et en tenant dûment compte du droit égal à la vie de la mère, garantit dans ses lois et, dans la mesure du possible et de la loi, de défendre et justifier ce droit. »

Voici le huitième amendement de la constitution irlandaise établie en 1983. Ce laïus juridique signifie simplement que la vie d’un embryon ou d’un fœtus est tout aussi importante que celle de la mère qui le porte.

Ainsi, par ce texte de loi, voté par référendum avec 67% d’approbation dans les années 80, l’avortement reste illégal en Irlande. Bien qu’aujourd’hui ce ne soit plus la peine de mort ou la prison à perpétuité que risquent les femmes se faisant avorter sur le sol irlandais, elles encourent toujours jusqu’à 14 ans d’emprisonnement.

Nous sommes allées à la rencontre de trois militantes en faveur de l’avortement. Elles viennent de Tralee et de Galway, deux villes de l’ouest du pays, ont des parcours différents mais toutes luttent pour une même cause : le retrait du huitième amendement de la constitution irlandaise.

Roesia Foley : « Je veux décider pour moi-même »

Roesia est une étudiante irlandaise de vingt ans. Le regard doux, la voix basse, elle semble bien loin des « barbares hérétiques » décrits par certains membres des groupes « pro-vie » (groupes anti-avortement). Il y a bientôt un an, elle a décidé de s’engager pour la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et a ainsi rejoint l’association « Kerry for Choice » (Le Kerry pro choix). Lorsqu’on lui demande pourquoi, elle répond du tac au tac :

« Je veux décider pour moi-même. Il est complètement injuste que cette loi ait été votée à un autre siècle par des personnes très âgées et souvent du sexe opposé. »

Avoir la possibilité d’être maîtresse de son destin sans risquer de mourir. Pour Roesia, cela passe par l’organisation d’un nouveau référendum. En Irlande, de nombreuses femmes approuvent et haussent le ton pour une légalisation de l’interruption volontaire de grossesse en cas de handicap avéré du foetus ou de risques pour la mère. Il y a déjà eu quelques changements : en 2013, l’avortement a été légalisé dans les cas de mort imminente (ceci incluant le risque de suicide).

Les femmes qui s’engagent comme militantes en faveur de la dépénalisation de l’avortement vont plus loin et demandent le retrait de l’intégralité du huitième amendement, espérant ainsi donner aux femmes un accès sans restriction à l’IVG. Roesia veut mobiliser les troupes pour faire pression sur le gouvernement. Dès qu’elle peut, elle passe son samedi sur la place principale de la petite bourgade de Tralee pour distribuer des tracts et discuter avec les habitants. « C’est un par un que ça se fait. Il faut prendre le temps de discuter, d’argumenter mais surtout d’écouter. »

« Parfois des gens qui se disent contre l’interruption volontaire de grossesse, nous racontent leur histoire, nous donnent leurs arguments, mais finissent par se contredire eux-mêmes. Ils se rendent compte tout seul de l’importance de la légalisation de cet acte. »

D’après elle, toucher le plus de personnes possible est essentiel afin d’avoir une chance de faire retirer le huitième amendement, le jour où le référendum se tiendra.

Le trac remis par Roesia lors de notre rencontre. Il appelait à se mettre en grève le 8 mars dernier, journée internationale des droits de la femme, et à lutter ainsi pour le retrait du huitième amendement de la constitution irlandaise. © CrossWorlds / Olga Lévesque

Le tract remis par Roesia lors de notre rencontre. Il appelait à se mettre en grève le 8 mars dernier, journée internationale des droits de la femme et à lutter ainsi pour le retrait du huitième amendement de la constitution irlandaise.

 

Les échanges virtuels font écho à ces discussions de vive voix. Les réseaux sociaux jouent un rôle essentiel dans l’avancée de la question des droits des femmes. En 2012 est créée la Campagne pour le Droit à l’Avortement (Abortion Rights Campaign). Plus de 23 000 personnes suivent la page Facebook de la campagne pour le droit à l’IVG le hashtag #repealthe8th (révoquer le huitième amendement) ne cesse d’être utilisé sur Twitter.

Lisa : « En Irlande, j’ai parfois du mal à assumer mes convictions, alors je me tais »

Lisa, 40 ans est aussi une bénévole de l’association « Kerry for Choice ». Elle a rejoint ce jeune groupe dès sa formation en 2016. Grande, brandissant les tracts noirs floqués du slogan « Strike 4 repeal » (la grève pour l’abrogation), elle ne passe pas inaperçue sur la place principale de Tralee. Mais ce combat ne semble pas si facile à mener à visage découvert, nous révèle-t-elle. « Être ici [sur la place] c’est plus facile, parce que nous venons en groupe. C’est dans mon village que les choses se corsent.  »

« Mes voisins sont âgés et catholiques et je ne voudrais pas entrer en conflit avec eux, alors je me tais. »

C’est pour cette raison, que nous ne mentionnerons pas son nom de famille. Lisa accepte toutefois que l’on publie sa photo.

 

 De la gauche, Roesia et Lisa, derrière le stand de Kerry for Choice lors de la journée internationale des droits de la femme / Crédits : Kerry for Choice


De la gauche, Roesia et Lisa, derrière le stand de Kerry for Choice lors de la journée internationale des droits de la femme / Crédits : Kerry for Choice

 

Lisa ressent le poids du tabou sur l’avortement. Elle l’associe à la forte présence catholique (84% des Irlandais se revendiquent comme tels) qui entraverait tout changement en faveur du droit à l’interruption volontaire de grossesse. Les « pro-vie », comme il se définissent eux-mêmes, invoquent le droit à la vie pour tout être humain, déjà né, ou pas encore. Pour eux, toute personne a un potentiel et mérite donc d’être accueilli sur Terre. Un argument souvent entendu dans les rangs des opposants à l’avortement est : « Qui sommes-nous pour décider quand la vie doit s’arrêter ? Nous ne sommes pas Dieu. »

Avorter à l’étranger n’est pas illégal. Sur Internet, des cliniques britanniques privées proposent des informations détaillées sur leurs prix, leurs conditions d’intervention et des conseils pour les femmes venant d’Irlande et d’Irlande du Nord spécialement pour une interruption de grossesse. En 2016, elles étaient 3 265 a en avoir bénéficié.

Le Brexit ajoute à la complexité. Les hôpitaux britanniques seront-ils toujours accessibles pour les Irlandaises souhaitant interrompre une grossesse non désirée à la suite de la sortie de l’Angleterre de l’Union européenne ?

Surtout, une inégalité sociale divise les femmes.

« En pratique, très peu de femmes peuvent se permettre de voyager pour un avortement. » 

« Entre le temps que cela prend [21 jours entre la première consultation et celle post-intervention], plus le coup du voyage, de l’hébergement, etc. seules les plus aisées peuvent avoir recours à ce moyen », détaille Lisa. Des pilules abortives sont disponibles illégalement sur internet pour les femmes n’ayant pas les moyens de financer l’intervention en Angleterre. Mais sans suivi médical et sans contrôle des conditions de fabrication, elles peuvent nuire à la santé de celles qui en usent, tout en leur faisant risquer 14 ans d’emprisonnement.

Mathilde Chanfreau : « L’Irlande est paradoxale »

« Pourquoi une telle retenue sur l’avortement alors que l’Irlande a légalisé le mariage pour tous en 2015 ? » Cette question Mathilde Chanfreau se l’est posée maintes fois. 23 ans, ouvertement féministe et pro-choix, elle est venue de France sur l’île émeraude pour suivre un cursus en droit des femmes à l’université de Galway. « Avant de venir en Irlande, je m’étais renseignée, je connaissais les restrictions concernant l’avortement. » Mathilde était donc préparée. Mais les récentes avancées votées par le parlement irlandais suscitent son approbation et son incompréhension.

« Légaliser le mariage pour tous en 2015, mais continuer de bloquer l’accès à l’IVG en 2017, je trouve ça vraiment paradoxal. »

 Mathilde tenant un panneau « abrogez le huitième amendement – pro choix » lors de la marche « pro choix » du 24 septembre 2016 à Dublin / © avec l autorisation de Mathilde Chanfreau


Mathilde tenant un panneau « abrogez le huitième amendement – pro choix » lors de la marche « pro choix » du 24 septembre 2016 à Dublin / © avec l autorisation de Mathilde Chanfreau

 

En septembre dernier, elle a participé à une marche organisée contre le huitième amendement de la constitution. Elle raconte avoir vu dans le cortège de 20 000 personnes, des femmes et des hommes de tout âge, ainsi que des familles. « Des militants des militants du mouvement « pro-vie » arboraient des photos de Jésus en priant pour que les manifestants rentrent dans le droit chemin », raconte-t-elle avec un sourire moqueur au coin.

Mathilde dit ne pas avoir de leçon à donner aux Irlandais mais se sent investie d’un devoir : leur montrer les répercussions positives sur la santé des femmes que la loi Veil a pu avoir en France.

Slogans arborés par des Irlandaises lors de la marche « pro choix » du 24 septembre 2016 à Dublin : « Si je voulais le gouvernement dans mon utérus, je coucherai avec Enda Kenny [Premier Ministre irlandais de 2011 à juin 2017] » - « Jésus n’est pas un pénis, donc gardez-le hors de mon vagin ». © avec l'autorisation de Mathilde Chanfreau

Slogans arborés par des Irlandaises lors de la marche « pro choix » du 24 septembre 2016 à Dublin : « Si je voulais le gouvernement dans mon utérus, je coucherai avec Enda Kenny [Premier Ministre irlandais de 2011 à juin 2017] » – « Jésus n’est pas un pénis, donc gardez-le hors de mon vagin ». © avec l’autorisation de Mathilde Chanfreau

Une avancée prochaine ?

Depuis quelques mois, le nombre d’actions en faveur de la légalisation de l’IVG organisées par les associations féministes étudiantes et les bureaux régionaux de la Abortion Rights Campaign semble augmenter.

Dernièrement des informations de plus en plus précises sur un possible référendum courant 2018 ont été relayées dans les médias irlandais, à la suite d’une déclaration du Premier Ministre Irlandais Leo Varadkar. Sermonnée de nombreuses fois par les Nations Unies ainsi que par la Cour de Justice européenne, l’Irlande se trouve au pied du mur. La récente nomination de la député Catherine Noone, ouvertement « pro-choix », à la tête du comité en charge de la question de l’avortement au Parlement laisse entrevoir un grand débat public qu’elle devra mener. Deux jours après la disparition de Simone Veil, les Irlandaises auraient-elles trouvé leur éclaireuse ?

Olga Lévesque (Tralee, Galway)

#MenAreTrash : les Sud-Africaines s’élèvent contre les violences genrées

Depuis quelques jours, le hashtag #MenAreTrash (les hommes sont des ordures) agite les réseaux sociaux sud-africains. Notre correspondante vous explique pourquoi.

Ce hashtag, populaire au sein de la communauté féministe connectée dans le pays, a pris une ampleur massive à la suite du meurtre de Karabo Mokoena, une Sud-Africaine de 22 ans, par son petit ami. Portée disparue le 28 avril 2017, elle a été retrouvée morte brûlée, comme l’a annoncé son père sur Facebook. La médiatisation sur les réseaux sociaux de cet événement morbide a amorcé une vague de colère quant aux violences que subissent les femmes en Afrique du Sud.

Dans un pays où une femme meurt sous les coups de son conjoint toutes les huit minutes (selon le South African Medical Research Council en 2009), l’événement est loin d’être anecdotique pour les Sud-Africaines. La même semaine, une étudiante de l’Université du Western Cape a été violée sur le campus, rejoignant la longue liste de victimes d’abus sexuels (53 617 cas de viols recensés par la police en 2014-2015, bien plus en réalité car toutes les femmes ne portent pas plainte). Pour Candice Chirwa, étudiante en relations internationales à l’université du Witswaterand, la situation est effrayante :

« Les femmes ne sont en sécurité nulle part : ni à l’école, ni dans la rue, ni même chez elles. Je pense que la mort de Karabo Mokoena a permis de réaliser cela. »

Sous le hashtag #MenAreTrash, des femmes ont partagé des histoires personnelles, des photos de femmes battues et des récits glaçants sur les abus dont elles ont été les victimes. Quelques Sud-Africains l’ont aussi relayé.

« Voici des tweets à dérouler sur comment j’ai survécu à la mort. #MenAreTrash.
Photo 1, le matin d’après.
Photo 2, le matin d’avant. »

#NotInMyName

D’autres hommes ont préféré réagir en créant leur propre hashtag, #Notinmyname (pas en mon nom), reconnaissant l’oppression et la gravité du problème. Une marche est même organisée le 20 mai à Johannesburg avec pour nom « Men March Against Women Abuse » (Les hommes marchent contre les abus faits aux femmes).

Marche prévue le 20 mai pour les hommes qui s'élèvent contre les violences faites aux femmes en Afrique du Sud.

Marche prévue le 20 mai pour les hommes qui s’opposent aux violences faites aux femmes en Afrique du Sud.

 

Certaines Sud-Africaines n’approuvent pas cette démarche qui implique, qu’encore une fois, les hommes doivent secourir les femmes. Toutefois, l’initiative reste saluée : elle montre qu’il est possible d’être un homme conscient du privilège d’être né homme.

#NotAllMen

Mais beaucoup d’hommes y voient une tendance « anti-homme » et en réponse, les hashtags #NotAllMen (pas tous les hommes) et #WomenAreTrash (les femmes sont des ordures) ont fleuri, une façon de dire pour beaucoup : « Moi je ne suis pas comme ça, ne nous accusez pas tous. » 

https://twitter.com/TheExoticDj/status/862682814482968576

« Dites que #CetHommeEstUneOrdure pas que #LesHommesSontDesOrdures. Vous commencez à nous ennuyer. »

Cela a pour conséquence de révolter encore davantage de nombreuses Sud-Africaines :

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« Ca traite les femmes de #bitches et de #salopes dans tous les hits mais le hashtag #MenAreTrash vous offusque tous. »

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« Pourquoi est-ce que #MenAreTrash vous met davantage en colère que la mort de nombreuses femmes ? »

Les arguments du type #NotAllMen sont difficilement recevables pour les Sud-Africaines puisqu’elles y voient l’outil pour dénoncer « une oppression systémique et globale ». Pour Mbalenhle Moloi, étudiante en histoire : « l’idée n’est pas de dire que chaque homme, individuellement, est une ordure mais bien de dénoncer un système ».

Dans un pays où l’apartheid a été aboli en 1994, certaines femmes ont répondu à ces hommes indignés qu’elles agissent avec la même logique que lorsque les Sud-Africains se battent contre un système de suprématie blanche : il ne s’agit pas d’accuser chaque personne blanche, mais de dénoncer l’oppression systémique qui réside dans le racisme et dans ce qui est aujourd’hui nommé le « white prilevege » (le privilège blanc). De même avec #MenAreTrash : il ne s’agit pas d’accuser chaque homme, mais de dénoncer l’oppression systémique qu’est le système patriarcal.

C’est d’ailleurs ce qu’un internaute tentait d’expliquer à travers ce post relayé par la suite par des femmes sur Twitter :

« Laissez moi expliquez « Men are trash » avec l’exemple des serpents de façon à ce que tout le monde puisse comprendre (et aussi parce que nous sommes des serpents). On sait que tous que les serpents sont dangereux, même si certains ne représentent pas un danger mortel. Cependant on n’entend jamais personne dire « certains serpents sont dangereux, d’autres ne le sont pas », ils disent juste « les serpents sont dangereux » parce qu’il est difficile pour une personne lambda de dire quels serpents sont dangereux et lesquels ne le sont pas, donc on demande aux gens de faire attention aux serpents en général. Donc même si on vous présente un serpent en vous disant qu’il n’est pas dangereux du tout, vous ne serez pas forcément à l’aise avec et vous allez prendre beaucoup de précautions parce que vous savez ce dont les serpents sont capables. C’est ce que les femmes ressentent à propos des hommes, et pourtant vous êtes toujours là à vous plaindre parce qu’elles n’ont pas spécifié que vous étiez un mec bien (vous PENSEZ que vous l’êtes). »

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« Tous les hommes ne sont pas des violeurs, mais tous les hommes bénéficient ou participent au système patriarcal », explique encore Mbalenhle Moloi. « C’est souvent de façon inconsciente. Dommage qu’ils aient autant de mal à l’admettre et à lutter contre. »Finalement, ce que beaucoup espèrent aujourd’hui, c’est que la lutte s’étende au delà des réseaux sociaux.

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« Un statut facebook ne changera rien aux violences contre les femmes. Nous devons faire plus », affirme Mbalenhle Moloi. Cette dernière a déjà entamé la démarche : elle veut créer un groupe de self-defense pour les étudiantes de l’université de Wits à Johannesburg.

Coline Pélissier


>> La situation des femmes en Afrique du Sud vous intéresse ? Retrouvez nos autres articles sur le sujet :

 

Escale à l’Ouest : « Bonne arrivée » en Guinée !

En Guinée, l’épisode d’Ebola a fait fuir les touristes, aggravant la situation économique d’un pays meurtri par l’épidémie (au moins 2500 morts). Mais les choses semblent changer. Notre correspondante, Camille Russo, a posé ses valises à Conakry en début d’année et liste, photos à l’appui, les atouts touristiques de son pays d’accueil.

Coucher de soleil sur le lac de Koba, avril 2017Coucher de soleil sur le lac de Koba, avril 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

 

« La Guinée ? Mais c’est où ? En Afrique. Ah bon ! Mais au fait, c’est quelle Guinée ? La Guinée équatoriale, la Nouvelle-Guinée ? Non, non c’est la Guinée ‘tout court’, enfin, la Guinée Conakry… ».

« Ces questions mille fois entendues par ceux qui parlent de ce pays sont révélatrices du manque total de visibilité à l’échelle internationale de la Guinée. Et pourtant ! » C’est en ces termes que débute le Petit Futé, seul guide touristique francophone disponible sur le pays parmi pléthore de livres de voyages en vente en France pour d’autres destinations.

Lac de Koba, avril 2017Lac de Koba, avril 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

Plage de l'île de Kassa, mai 2017Plage de l’île de Kassa, mai 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

Il est vrai que le pays doit encore faire avec un certain nombre de handicaps au développement de son potentiel touristique : des infrastructures encore balbutiantes, le souvenir récent et traumatisant de l’épidémie d’Ebola qui a tué au moins 2500 personnes en Guinée, la pauvreté qui demeure.

Les concessions dans le quartier de Camayenne (Conakry), février 2017Les concessions dans la quartier de Camayenne (Conakry), février 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

Piroguier en partance pour l'île de Kassae _ la pirogue est le moyen de transport le plus commun pour rejoindre les îles en face de Conakry (mars 2017)Piroguier en partance pour l’île de Kassa. La pirogue est le moyen de transport le plus courant pour rejoindre les îles en face de Conakry. Mars 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

Mais ses atouts pour devenir un lieu de villégiature pour vacanciers n’en sont pas moins nombreux : il y a ses îles à la faune encore sauvage dont on raconte qu’elles auraient servi d’inspiration à Louis Stevenson pour L’Île au trésor, sa nature majestueuse et florissante dans le Fouta-Djallon où l’on tente de développer un tourisme éco-responsable, ou encore l’émergence de Conakry en tant que capitale culturelle avec son statut de Capitale mondiale du livre pour 2017-2018.

Pirogue face à l'île de Kassa, mars 2017Pirogue face à l’île de Kassa, mars 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

La presqu'ile attenante à Room, avril 2017La presqu’île attenante à Room, avril 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

La fin de l’épidémie d’Ebola a été officiellement annoncée deux fois en Guinée par l’OMS (fin décembre 2015 et début juin 2016). L’une des conséquences économiques de cette épidémie est la chute du nombre de visiteurs en Guinée. Depuis peu, les choses semblent changer. En témoignent les chiffres encourageants de 2016, qui font état de 60 000 personnes ayant foulé le sol du pays.

Coucher de soleil sur Camayenne, avril 2017Coucher de soleil sur Camayenne, avril 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

La végétation de l'île de Room, mars 2017La végétation de l’île de Room, mars 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

Soleil couchant sur le lac de Koba, avril 2017Soleil couchant sur le lac de Koba, avril 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

 

Le secteur touristique guinéen s’active pour attirer de nouveau : en deux ans, ce ne sont pas moins de deux nouveaux hôtels de haut standing qui ont vu le jour. A côté de ces établissements luxueux qui profitent essentiellement au tourisme d’affaires, l’ambition est de développer une capacité hôtelière de moyenne gamme pour attirer une plus grande clientèle et encourager un tourisme de découverte, selon RFI. En parallèle, de nouvelles compagnies aériennes ont ajouté Conakry à leurs destinations proposées.

Palmiers à Room, avril 2017Palmiers à Room, avril 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

Les défis pour pérenniser les débuts du secteur touristique sont nombreux : il faudra encore régler la question des axes routiers, dans un état de délabrement avancé, ainsi que celle de la gestion des déchets à Conakry.

Les plages des îles de Loos, avril 2017Les plages des îles de Loos, avril 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

 

Mais avec le temps, la Guinée pourrait bien arriver à se faire un nom propre au rayon des guides de voyage.

Coucher de soleil depuis l'île de Room, avril 2017Coucher de soleil depuis l’île de Room, avril 2017. © CrossWorlds / Camille Russo

 

Camille Russo

En Israël, les Bédouins luttent pour leur reconnaissance

En Israël, notre correspondante a travaillé pour la campagne d’Amnesty International pour la défense des droits de la communauté bédouine. Elle illustre ce billet d’opinion d’un reportage photos réalisé au moment de sa mission sur place, au sud du pays.

Sous la tente, deux tables basses, trois matelas et quelques chaises. Sur le côté, grand format et mis en évidence, le titre de propriété du village datant de l’Empire Ottoman. Je suis à Al Araqib, village « non-reconnu » détruit plus de 100 fois par les autorités israéliennes depuis juillet 2010. Activiste et représentant du village, Aziz al-Touri témoigne :

« Le gouvernement nous laisse dans l’espoir d’un jour reconnaître nos terres, nos villages. Et nous vivons avec cet espoir : celui d’être un jour reconnus ».

Sur les routes du Néguev/Naqab, difficile d’ignorer les villages bédouins aux allures de bidonvilles. Pourtant, ces villages faits de bric et de broc n’apparaissent pas sur les cartes officielles. 11 villages seulement ont été reconnus par le gouvernement, tandis que 35 restent non-autorisés et susceptibles d’être démolis par les autorités israéliennes.

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Dromadaire. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016 © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Région désertique du sud d’Israël, le Néguev couvre 66% des terres du pays pour 10% de sa population. À la veille de la création de l’Etat d’Israël, entre 65 000 et 100 000 Bédouins vivaient sur ces terres. Après la guerre de 1948, seuls 11 000 restaient, la plupart d’entre eux ayant fui ou été expulsés vers la Transjordanie, l’Egypte ou Gaza. Aujourd’hui, du fait d’une forte croissance démographique de la communauté bédouine, le Néguev compte près de 230 000 Bédouins. Plus de la moitié vivent en milieu urbain, dans sept villes planifiées et créées par le gouvernement à partir de 1969.

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Résidente de Bir Hadaj, village bédouin reconnu, au lendemain de démolitions de maisons par les autorités israéliennes. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016 © CrossWorlds / Camille Lévy

Le 18 janvier dernier, un résident du village bédouin d’Umm al-Hiran et un policier israélien mouraient dans des circonstances incertaines lors d’affrontements suscités par la mise en œuvre d’ordres de démolition du village. Au-delà de la communauté bédouine, ces morts ont provoqué l’émoi au sein de la population israélienne qui s’est largement mobilisée dans les rues de Tel Aviv pour protester contre le racisme. Ainsi, le 4 février 2017, juifs et Arabes défilaient dans les rues pour dénoncer les démolitions de maisons arabes et témoigner son soutien à la communauté bédouine du pays.

De retour sous les projecteurs, la question de la condition bédouine en Israël mérite davantage d’explications. Citoyens d’Israël, les Bédouins du Néguev constituent une minorité au sein de la minorité arabe palestinienne du pays. Ils font l’objet, selon Amnesty International et d’autres organisations, d’une politique discriminatoire claire de la part du gouvernement, en particulier en termes de droit au logement.

 

Politique discriminatoire et plans d’urbanisation forcée

Considérée par le droit international comme « groupe » ou « peuple autochtone », la communauté bédouine du Néguev devrait, en théorie, bénéficier de droits particuliers. Entre autres, l’ONU  et sa Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones (2007) entend garantir la pleine participation des peuples autochtones aux prises de décisions concernant « leur mode de vie, leurs terres et territoires traditionnels, leur intégrité culturelle ou tout autre aspect de leur vie. »  Pourtant, la communauté bédouine et en particulier les représentants des villages non-reconnus sont exclus des prises de décisions qui les concernent.

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Dromadaire, Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Depuis la création de l’Etat d’Israël, les gouvernements successifs ont élaboré divers plans d’urbanisation forcée des populations bédouines du Néguev, faisant fi de la volonté d’une grande partie de la communauté de conserver un mode de vie traditionnel rural. Il s’agit officiellement de « moderniser » la communauté bédouine – officieusement de mieux la contrôler, selon un processus propre à tout Etat centralisé moderne.

Jusqu’en 1966, le gouvernement israélien regroupe et déplace les populations bédouines dans une zone sous administration militaire connue sous le nom de « Al-Siyaj ». En 1965, la « Loi sur la Planification et la Construction » déclare « agricoles » la plupart des terres de cette région, rendant illégale toute construction – passée ou future – entreprise par les résidents bédouins. Originellement nomade, la population bédouine s’est progressivement sédentarisée à partir du 19e siècle.  Sous l’Empire ottoman puis sous mandant mandat britannique,  la distribution tribale des terres du Néguev/Naqab est progressivement enregistrée dans des registres cadastraux qui seront ignorés par l’Etat d’Israël.

Alors que l’Etat autorisait dans les années 1970 les citoyens bédouins à revendiquer leurs droits et titres de propriété sur leurs terres ancestrales, le processus est gelé au cours des décennies suivantes. En effet, les terres occupées par les Bédouins sont désormais considérées comme terres étatiques par la justice israélienne.

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Décombres au lendemain de démolitions de maisons ordonnées par le gouvernement israélien dans le village reconnu de Bir Hadaj. En 2016, l’association Dukium comptait davantage de démolitions de maisons dans les villages reconnus que dans les villages non-reconnus. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

En 2005, le Plan National Stratégique pour le Développement du Néguev donne le ton pour la décennie à venir : les terres occupées illégalement, selon la loi, par les Bédouins peuvent et doivent être utilisées de manière productive par l’Etat.

En 2011, et malgré les recommandations de la Commission Goldberg – nommée en 2008 par le gouvernement – de « reconnaître autant que possible chacun des villages non-reconnus », le Plan Prawer-Begin entend déplacer 30 000 citoyens bédouins de villages non-reconnus vers des villes planifiées par l’Etat. Approuvé par le gouvernement en 2011 et voté en première lecture à la Knesset en 2013, le projet de loi est abandonné suite à de nombreuses manifestations contre son implantation. Alors que des militants de droite et d’extrême droite protestent contre ce qu’ils considèrent comme un cadeau trop généreux fait à la communauté bédouine par l’Etat, une large partie de la gauche manifeste contre ce qu’elle perçoit comme un plan d’urbanisation forcée profondément discriminatoire.

Placée sous l’autorité du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, la communauté bédouine est au cœur des préoccupations de l’actuel ministre Uri Ariel, issu du parti d’extrême droite Foyer Juif. Précisément, celui-ci projette de relancer sous une forme nouvelle le Plan Prawer Begin afin de déplacer la communauté bédouine en zone urbaine. Cette fois encore, aucun représentant de la communauté bédouine n’a été invité à rejoindre le comité en charge du projet de loi.

 

Les villages non-reconnus : démolitions et expulsions forcées

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Décombres au lendemain de démolitions de maisons ordonnées par le gouvernement israélien dans le village reconnu de Bir Hadaj. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Aujourd’hui, des dizaines de milliers de citoyens bédouins vivent dans des villages non-reconnus par le gouvernement. Certains sont le résultat de constructions spontanées et illégales de la part de citoyens bédouins au cours des dernières décennies. D’autres cependant précédaient l’existence-même de l’Etat d’Israël ou sont le fruit de déplacements forcés conduits au cours de la guerre de 1948. Pourtant, le gouvernement israélien refuse indistinctement de reconnaître les droits des populations bédouines sur ces terres.

L’argument avancé par l’Etat est simple : la communauté bédouine serait une communauté nomade qui n’aurait, par conséquent, aucun droit sur les terres d’Israël. Pourtant, le processus de sédentarisation des bédouins du Néguev précède largement la création de l’Etat d’Israël en 1948.

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Résidente de Bir Hadaj, village bédouin reconnu, au lendemain de démolitions de maisons par les autorités israéliennes. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Dans ces villages, l’Etat manque à son devoir et ne fournit pas les services de base tels que l’accès à l’eau, l’électricité ou la construction de routes. La plupart des villages n’ont d’ailleurs ni école, ni cabinet médical, ni système d’évacuation des eaux usées.

Reconnus ou non, les villages bédouins font régulièrement l’objet de démolitions et d’expulsions forcées. Saturées, les villes bédouines planifiées et créées par l’Etat depuis 1969 sont les plus pauvres du pays et manquent cruellement d’infrastructures.

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Un enfant dans le village de Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

L’un des membres du Conseil Régional des Villages Non-Reconnus, habitant de Wadi al-Na’am, m’expliquait :

« Nous souhaitons nous moderniser, bien sûr. Mais pas comme ça, pas si brutalement. Mais avant tout, nous devons prendre part aux décisions qui nous concernent et l’Etat doit reconnaître nos droits sur ces terres. »

Il ajoute : « Cela prend du temps. Et puis nous avons nos traditions ».

Condition féminine : la ville libératrice ?

Parmi ces traditions, la claustration des femmes – remarquablement exposée par Germaine Tillion dans Le Harem et les Cousins publié en 1966 au sujet de certaines tribus du Maghreb. La condition des femmes au sein de la communauté bédouine du Néguev est déplorable. Précisément, l’une des raisons pour lesquelles les Bédouins refusent de s’installer en ville est la promiscuité imposée par le milieu urbain. Dans ce système patriarcal, polygame et endogame, une femme appartient à son mari et ne saurait être vue par des hommes extérieurs à la famille.

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Deux des 14 enfants du chef du village. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

 

Du fait même de cette promiscuité, la ville semble dans une certaine mesure être un élément libérateur pour ces femmes prisonnières d’un système de  mœurs extrêmement sexiste. Force est de constater que la très large majorité des organisations féministes bédouines sont le fruit du travail de femmes installées dans les villes et confrontées à un mode de vie différent de celui des villages.

Mais la tentative étatique de passage forcé vers la « modernité » par un gouvernement parfaitement extérieur au groupe et ignorant de son mode de vie constitue une violence aux yeux de cette population autochtone, entraînant résistances psychologiques et sociales dans les villages.

Pris au piège d’une forme de mission civilisatrice menée par le gouvernement, les Bédouins du Néguev vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Les agissements du gouvernement constituent de graves violations des droits humains contre lesquelles de nombreux citoyens israéliens se battent chaque jour. Nombre d’organisations locales travaillent d’arrache-pied pour défendre la cause des Bédouins du Néguev. Parmi elles, Adalah, Dukium (the Negev Coexistence Forum for Civil Equality) et A New Dawn in the Negev fournissent un travail formidable. Observations de terrain, recueil de témoignages et rédaction de rapports, ils œuvrent aussi à la compréhension de l’autre pour la construction d’un rapport de confiance intercommunautaire à travers l’art et l’éducation.

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Enfant du village bédouin de Bir Hadaj. M’invitant à boire le thé, sa mère s’excusait de me recevoir dans de telles conditions. Quelques jours plus tôt, sa maison était démolie par les autorités israéliennes. Bir-Hadaj, Israël, Novembre 2016. © CrossWorlds / Camille Lévy

Ces photos ont été prises en novembre 2016 dans le village bédouin de Bir-Hadaj (6000 habitants) où des démolitions de maisons venaient d’avoir lieu. Pourtant reconnu par le gouvernement en 1999, le village ne dispose toujours pas d’accès à l’eau courante et à l’électricité. 

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Pour aller plus loin :

Carte interactive des villages bédouins par Dukium – Negev Coexistence Forum

Arik Rudnitzky, Dr. Thabet Abu Ras. The Bedouin Population in the Negev. The Abraham Fund Initiatives, March 2012

Amnesty International Israel – Campagne pour la défense du droit au logement de la communauté bédouine[/box]

Camille Lévy

CONCOURS — Gagne un kit de cuisine d’ailleurs avec Kitchen Trotter !

Ce mois-ci, CrossWorlds vous emmène dans les ventres du monde. En Italie, aux Etats-Unis, au Burkina Faso, en Chine, au Mexique… Nos correspondants ont enquêté, filmé, dessiné dans les cuisines de 19 pays. Nos articles vous ont mis l’eau à la bouche ? Nous vous proposons d’apaiser votre faim de saveurs nouvelles. Participez à notre jeu et gagnez un kit culinaire, avec des ingrédients et des recettes venues d’un pays gardé secret, concocté par notre partenaire Kitchen Trotter !

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© Kitchen Trotter

Que pouvez-vous gagner ?

Le kit de cuisine contient :

  • 6 ingrédients
  • 4 recettes pour un menu complet pour 4 à 6 personnes
  • Un livret qui contient les recettes, une carte postale, des infos sur le chef qui a concocté les recettes, une playlist, des suggestions pour utiliser les restes…

Comment jouer ?

Pour participer, il faut

Qui est notre partenaire Kitchen Trotter ?

A l’origine de Kitchen Trotter, il y a Aïcha, Pierre et Kenza. Amoureux de cuisine et de voyages, les trois amis décident à la sortie de leur école de commerce de lancer une start-up de livraison de kits de cuisine du monde, disponibles par abonnements.

« Chaque mois le kit contient des ingrédients difficiles à trouver en France, pour composer quatre recettes : entrée, plat, dessert et un bonus selon la destination du moment », explique Masha, qui travaille pour la start-up.

Les destinations sont choisies en équipe, à la fois selon les tendances comme le Brésil pendant la Coupe du Monde, mais aussi selon les affinités de l’équipe qui veut surprendre ses clients :

« Parfois on choisit des destinations moins connues au premier abord mais qui ont un véritable succès finalement, comme l’Autriche ! »

Par exemple, ce kit contenait de l’huile de pépins de courge, du spaetzel, des épices pour goulash, une préparation pour kaiserschmarrn, du sirop de fleur de sureau et un moule à kouglof ! Quant à la facilité de réalisation des recettes, elles sont censées être accessibles à tous.

« On travaille en collaboration avec un chef spécialiste de la destination choisie. […] Ensuite, les recettes sont testées trois fois : par le chef lui-même, l’équipe de Kitchen Trotter, et enfin un blogueur culinaire qui travaille avec nous. »

Jouez à notre jeu pour remporter le kit et devenir le quatrième testeur !

PARTENARIAT — Pour Noël, gagne un appareil Lomography avec CrossWorlds !

Pour les fêtes de Noël, CrossWorlds a le plaisir de s’associer à la marque Lomography dans le cadre d’un jeu pour vous faire gagner un appareil photo argentique !

© Lomography

Acteur majeur sur le marché de la photographie argentique, Lomography conçoit et produit des appareils photos argentiques et instantanés ainsi que des objectifs artistiques depuis plus de vingt ans. Derrière la marque autrichienne et son importante communauté : une passion commune pour le medium photographique, mais surtout une philosophie de vie et une manière de capturer le monde « intense, flou et folle ».

Forcément, ça nous parle.

Depuis quatre ans, nous décryptons le monde à travers les regards de nos correspondants, cette année répartis dans 21 pays.

Notre objectif ? Dans un monde globalisé, où l’on entend parler de tout sans parfois rien saisir, nous voulons aider à la compréhension de notre époque, des évolutions sociétales et favoriser la rencontre des cultures. Comment ? En questionnant le quotidien, ce qui ne fait pas la Une, et qui pourtant en dit long sur les sociétés du monde. Chaque mois, nos correspondants croisent leurs regards sur des objets du quotidien, trouvent l’histoire originale et vraie de cet objet dans leur pays et vous invitent ainsi à poser un regard neuf sur ce que l’on croît déjà connaître en France. Bref, changer de perspective et élargir les horizons.

C’est donc avec plaisir que nous vous proposons, à l’occasion des fêtes de fin d’année, de remporter un appareil argentique et panoramique 35 mm signé Lomography : le Sprocket Rocket ! Grâce à lui, vous aussi, capturez le monde dans ses détails captivants et réalisez des clichés uniques grâces aux perforations de la pellicule qu’il laisse apparaître sur vos images développées !

Pour participer, il vous suffit :

Partagez cet article sur Twitter avec le hastag #LomoxCrossWorlds pour avoir encore plus de chances de remporter l’appareil ! Et n’hésitez pas à visiter notre compte Instagram pour admirer les photos de nos correspondants… avant qu’on ne vienne admirer les vôtres !

© Lomography / @nataliesena

« Zuma must fall » : la colère des Sud-africains contre leur président

Le 16 décembre est férié en Afrique du Sud et placé sous l’aura de la réconciliation depuis la fin de l’apartheid. Mais aujourd’hui, la foule gronde. Les Sud-africains ont manifesté ce 16 décembre pour dire leur mécontentement à l’égard de leur président, Jacob Zuma, et scandent des slogans comme : « pas de réconciliation avec la corruption ».

Plusieurs milliers de personnes ont marché à Johannesburg, Pretoria et au Cap, une semaine après qu’ait débuté un feuilleton au ministère des finances sud-africain, qui a vu trois ministres différents se succéder en cinq jours et a fait fortement chuter le rand, la monnaie locale.

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Les manifestants réunis au pied du Mandela Bridge. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

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Sur la pancarte, Nene. Il est le premier des ministres à avoir été limogé, remplacé par David van Rooyen, relativement inconnu, conduisant le rand à atteindre un taux historiquement bas vendredi 11 décembre. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 « Pas de réconciliation avec la corruption »

L’exaspération des Sud-africains a été alimentée par différents scandales, le dernier en date étant celui de Nkandla, où il a été révélé que de l’argent public avait servi à rénover la résidence personnelle du Président Zuma.
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A l’avant du cortège, un bandeau « Pas de réconciliation avec la corruption ». 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Le président est la première cible des manifestants. Le slogan « Zuma Must Fall » fait référence aux précédents mouvements « Rhodes Must Fall » pour la désinstallation d’une statue du colonisateur Rhodes dans l’université de Cape Town et « Fees Must Fall » contre l’augmentation des frais d’inscription dans l’enseignement supérieur.
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Les manifestants, défilant sur le Mandela Bridge. 16 décembre 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Le limogeage du ministre des finances sans raisons officielles et la confusion qui s’en est suivie a été la goute d’eau qui a fait déborder le vase. Les manifestants regrettent que l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, ait néanmoins soutenu le Président lors d’une conférence de presse donnée mardi 15 décembre alors même que le parti pourrait le destituer. Après les discours, ils ont symboliquement traversé le Mandela Bridge.
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Après les discours, les manifestants ont symboliquement traversé le Mandela Bridge. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Certains manifestants, chantent également en zulu que « Zuma est un traître ». Beaucoup de discours dénoncent l’abandon de l’héritage des leaders anti-apartheid tels que Mandela, Steve Biko et bien d’autres. Cependant l’esprit de la réconciliation est bien présent, selon une manifestante qui assure que « nous sommes multi-raciaux, ce n’est pas à propos de ça ». La foule des manifestants était en effet arc-en-ciel ce mercredi.
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Une foule arc-en-ciel en colère ce 16 décembre 2015, lors de la manifestation contre le président Zuma en Afrique du Sud. 16 décembre 2015, Johannesburg. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

 

Esther Meunier

En cinq jours, trois ministres des Finances se sont succédé en Afrique du Sud

Ce 14 décembre, un nouveau ministre des Finances, Mr Pravin Gordhan, a été intronisé en Afrique du Sud. En cinq jours, le pays a vu se succéder trois hommes à la tête de ce département, suite à quoi l’économie du pays déjà fragile a vacillé et le rand, la monnaie sud-africaine, a plongé.

Une du Times sud-africain le vendredi 11 décembre : "Donc aide-nous Dieu".

Une du Times sud-africain le vendredi 11 décembre : « Donc aide-nous Dieu »

 

Jamais deux sans trois

Le feuilleton démarre mercredi soir avec un coup de théâtre du Président Jacob Zuma. Il limoge son ministre des finances Nhlanhlah Nene, un homme respecté et reconnu pour ses compétences, sans donner de raisons officielles. Dès lors, les spéculations vont bon train. La principale explication implique la compagnie aérienne South Africa Airline, dont la présidente, une proche de Zuma, se serait vu opposée un refus de la part du ministre dans la renégociation d’accords avec Airbus. D’autres médias sud-africains, tels que News24, pointent un désaccord sur le projet de développer le nucléaire en Afrique du Sud pour faire face à la demande d’électricité, notamment au niveau du montant engagé et de la transparence exigée dans la signature d’un tel projet.

Le successeur désigné, David van Rooyen, alimente la polémique. Comparé à Nene, van Rooyen fait figure d’inconnu et est perçu comme largement inexpérimenté par la population, les médias et… les marchés qui accueillent sa nomination de manière plus que frileuse : dès mercredi soir, le rand perd brutalement de sa valeur face au dollar et à l’euro. En deux jours, il atteint des niveaux historiquement bas avec une chute de 8%, et s’établit à 1 euro pour 17,58 rands vendredi.

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Une de journaux sud-africains divers, le dimanche 13 décembre 2015 , Afrique du Sud, décembre 2015. Crédits photos : Crossworlds/Esther Meunier

Dans une économie déjà morose où le taux de chômage atteint 25% selon l’agence statistique officielle nationale Statistics South Africa, et où la croissance est très faible, c’est un nouveau coup dur. En quelques jours, le mécontentement se fait sentir de manière croissante. Une pétition #ZumaMustFall qui réclame la démission du Président est lancée dès vendredi 11 décembre. Elle atteint aujourd’hui plus de 163000 signatures…

C’est face à ces nombreuses critiques que Jacob Zuma retourne sa veste dans la soirée de dimanche, annonçant dans un communiqué qu’ « en tant que gouvernement démocratique, [ils] insistent sur l’importance d’écouter le peuple et de répondre à ses inquiétudes ». Pravin Gordhan est nommé en lieu et place de David van Rooyen, comme une valeur sûre revenant à l’exercice de fonctions qu’il avait déjà exercé entre 2009 et 2014.

 

#Zuma must fall

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Le nouveau ministre des Finances sud africain, Pravin Gordhan, lors de sa conférence de presse d’intronisation le lundi 14 décembre. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

Ce lundi, lors de sa conférence de presse d’intronisation,  le nouveau ministre a tenté de rassurer les marchés autant que possible, assurant « [qu’ils n’allaient] pas prendre de décisions irréfléchies » et que « le plafond de dépense est sacro-saint ». Cela a fonctionné dans une certaine mesure, le rand reprenant quelques couleurs en ce début de semaine, à 16,59 pour un euro.

Pour autant, la confiance n’est pas entièrement regagnée. FitchRatings, une agence de notation internationale, déclare ainsi dans un communiqué que  « la nomination de Gordhan ne fait pas disparaître toute l’incertitude sur l’efficacité du gouvernement et sur la cohérence et la crédibilité de sa politique économique qui résulte de cette semaine agitée.

Jacob Zuma pourrait payer cher cette valse des ministres des Finances, si l’on considère le mécontentement grandissant de la population. Des manifestations sont prévues mercredi prochain, réclamant sa destitution.

Esther Meunier