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Randonnée champêtre au bord des falaises irlandaises

L’été pointe timidement le bout de son nez en Irlande. Olga Lévesque, notre correspondante en Irlande, vous emmène à la découverte de paysages célestes, où terre et ciels se côtoient dans une effusion de couleurs rafraîchissantes.

 

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Le Château de Bunratty. Crédits photo: CrossWorlds/ Olga Lévesque

 

Le Château de Bunratty s’élève sur ce qui était autrefois un camp viking. Construit par des Normands au XIIIè siècle puis successivement agrandi et fortifié par de grandes familles irlandaises, telles que les O’Brien et les Cromwell, la forteresse est aujourd’hui la mieux restaurée et la plus authentique d’Irlande.

 

 

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La tour O’Brien. Crédits photo: CrossWorlds/ Olga Lévesque

 

La tour O’Brien construite en 1835 par le propriétaire du même nom sert de point d’observation pour les touristes voulant admirer les falaises de Moher d’un nouvel angle. A l’époque de sa construction, on y trouvait même un salon de thé pour les gentlemen et ladies venus de loin.

 

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Les falaises de Moher. Crédits photo: CrossWorlds/  Olga Lévesque

 

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Les falaises de Moher. Crédits photo: CrossWorlds/  Olga Lévesque

 

Les falaises de Moher s’étendent sur 8 kilomètres de long et s’élèvent jusqu’à 214 mètres au dessus de l’océan atlantique. On estime qu’elles ont 320 millions d’années. Malgré leur grand âge, elles restes le site naturel le plus visité d’Irlande.

Olga Lévesque

 

 

Brexit : quelles conséquences pour la République d’Irlande ?

Le mardi 17 janvier, la Première ministre britannique Theresa May exposait pour la première fois son plan de sortie de l’Union européenne suite au vote en faveur du Brexit. Dans un discours ferme, la Première ministre a présenté ses douze objectifs. En République d’Irlande, aussi connue comme l’Irlande du Sud ayant acquis son indépendance par rapport au Royaume-Uni, cette allocution a été suivie attentivement. Le maintien de la Zone Commune de Voyage (Common Travel Area) avec l’Irlande du Nord, le contrôle de l’immigration et la sortie du marché unique, ont suscité le plus d’interrogations.

 

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Entre petits chemins et petites routes: à 10 minutes à pied de Tralee, la capitale du comté Kerry qui compte près de 25 000 habitants, on est déjà en pleine campagne. Crédits photos: CrossWorlds/ Olga Lévèsque

La Zone Commune de Voyage, ou une frontière presque fictive entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord

 

Aujourd’hui, il est très simple de passer d’une Irlande à l’autre. Theresa Regner et Janine Hellwig, toutes deux assistantes d’allemand dans le nord de la République d’Irlande, racontent que lorsqu’elles traversent la frontière pour se rendre au Royaume-Uni, rien n’indique le changement de pays, à l’exception d’un panneau annonçant l’entrée dans un nouveau county (comté) et l’affichage des limitations de vitesse en miles par heure.

Si se rendre d’un pays à l’autre est aussi facile, c’est grâce à l’accord sur la Zone Commune de Voyage (Common Travel Area). Mis en place en 1923, juste après l’indépendance officielle de la République d’Irlande du Royaume-Uni, cet accord permet aux citoyens irlandais de se déplacer sur le territoire britannique avec un minimum de contrôle aux frontières même si la paix ne sera véritablement établie qu’en 1998. Ils n’ont pas besoin de disposer d’un passeport, expliquant ainsi l’absence de démarcation visible entre les deux Irlande, dont la jonction est la seule frontière terrestre entre le Royaume-Uni et la République irlandaise (et aujourd’hui avec l’Union Européenne).

Ainsi la déclaration de Theresa May mardi 17 janvier 2017, qui affirme vouloir « travailler pour arriver à délivrer une solution qui permette le maintien de la Zone Commune de Voyage avec la République » apparaît comme une bonne nouvelle pour les Irlandais du Nord. Comme l’avaient relevé certains journaux, ces derniers avaient pris d’assaut les mairies afin de se faire délivrer un passeport irlandais suite à l’annonce du Brexit, de peur de ne plus pouvoir se rendre en Irlande du Sud. En effet, après des décennies de guerre entre les royalistes protestants du Nord et les républicains catholiques du Sud, l’accord de Good Friday (Vendredi Saint), signé en 1998 et assurant en premier lieu la paix, permettait également aux Irlandais du Nord de jouir de la double nationalité irlando-britannique. La détention d’un passeport issu de la République d’Irlande, leur garantirait la possibilité de passer d’un pays à l’autre sans besoin de visa en cas de suppression de la Zone Commune de Voyage et de ré-instauration d’un contrôle strict à la frontière.

 

Le contrôle de l’immigration : « Ce qui me préoccupe, c’est de voir une nouvelle barrière réapparaître »  

Cependant, lors de son discours, Theresa May a réaffirmé son projet de régulation et de « protection de l’intégrité du système de l’émigration au Royaume-Uni ». Ces mots inquiètent les Irlandais résidant actuellement sur l’île voisine.

Depuis la crise économique de 2008, les jeunes Irlandais du Sud sont de plus en plus nombreux à quitter leur terre natale dans l’espoir de sortir d’un environnement très rural et de trouver un emploi plus facilement (en Irlande, sur la période 1983-2016, le taux moyen de chômage des jeunes actifs s’élève à 18,5%).

 

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Entre petits chemins et petites routes: à 10 minutes à pied de Tralee, la capitale du comté Kerry qui compte près de 25 000 habitants, on est déjà en pleine campagne. Crédits photos: CrossWorlds/ Olga Lévèsque

 

De plus, cette affirmation inquiète l’industrie du tourisme. Mary, employée à l’office de tourisme de Tralee (comté Kerry) raconte :

« Près d’un huitième des visiteurs qui foulent le sol de la République d’Irlande sont d’Irlande du Nord. Et si on regarde plus globalement, un tiers des touristes sont citoyens du Royaume-Uni. » Les migrations ne sont pas unilatérales. « Avant l’été, beaucoup de gens d’ici [Tralee], viennent me voir pour préparer leurs vacances en Irlande du Nord. » Elle ajoute sur un ton fataliste :

« Ce qui me préoccupe avec le contrôle de l’immigration qui va être mis en place, c’est de voir une nouvelle barrière réapparaître. »

Interviewés par Rté, la première chaîne d’information irlandaise, certains parlementaires de la République décrivent les mesures annoncées comme « un pas agressif » à l’encontre de leur pays, certains d’entre eux attendaient même un statut spécial en faveur de l’Irlande du Nord.

 

La sortie du marché unique européen et de l’union douanière de l’Union européenne et ses conséquences pour la République d’Irlande 

 

Le huitième point abordé par Theresa May dans son discours concerne la sortie du marché unique européen, ainsi que la fin de l’adhésion britannique à l’union douanière de l’Union européenne. Selon Rté, les échanges économiques entre les deux Irlande représentent jusqu’à 80% du marché dans certains domaines. Ainsi, le rétablissement d’une douane entre l’Union européenne et le Royaume-Uni signifierait probablement une baisse des échanges commerciaux entre les deux pays en raison de la concurrence de niveau international. De plus, afin de contrôler l’entrée et la sortie de biens et de marchandises sur le territoire britannique, l’instauration d’une frontière physique entre le nord et le sud de l’île verte semble être une possibilité à envisager. Pour la plupart des citoyens de la République irlandaise à qui nous avons posé la question, cette idée reste impensable. Ils évoquent le long et sanglant combat de leurs parents et grands-parents (3 480 morts entre 1969 et 1998) qui a mené à l’indépendance irlandaise en 1920, puis à la paix entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande en 1998.

 

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« Mon sang d’Ulster est mon héritage le plus précieux ». L’Ulster est la province irlandaise correspondant à l’Irlande du Nord. Fresque murale dans le quartier Sankhill de Belfast. Crédits photos: Flickr/ CC/ Suart Caie

 

En attendant l’avancée de négociations concernant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, Sinn Féin, le parti républicain irlandais guidé par l’ancien premier ministre d’Irlande du Nord Martin McGuinness, appelle à un référendum sur la réunification de l’île « considérant que […] le vote des gens du Nord était à 55,77% de rester dans l’Union européenne, ce serait la prochaine étape logique ».

 

Les Irlandais du sud interviewés évoquent quant à eux de trop grandes différences avec les Irlandais du nord et rejettent les valeurs auxquelles ils les associent (comme le catholicisme qu’ils jugent exacerbé). Le projet de réunification des deux Irlande, tout comme le Brexit à ses premières heures, semble donc actuellement n’être qu’une irréaliste chimère.

Olga Lévesque.

 

Emmène-moi en Crimée

 

Le 16 mars 2014, la petite péninsule de Crimée décide de changer d’air. Elle ne change ni de nom, ni d’emplacement. La Crimée change de drapeau, de langue, de loi, de frontières, de monnaie. La Crimée change de pays. Deux ans après l’un des plus gros conflits diplomatiques opposant Moscou au monde occidental, notre correspondante en Russie s’est rendue sur cette île.

Sur la vitre des caisses de la gare routière de Yalta, des autocollants sur lesquels sont inscrits "J'ai voté pour", témoignent du soutien en faveur du rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Sur la vitre des caisses de la gare routière de Yalta, des autocollants sur lesquels sont inscrits « J’ai voté pour », témoignent du soutien en faveur du rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie. Crédits photo: CrossWorlds/Jeanne Richard.

 

Depuis mon arrivée en Russie, je ne sais plus vraiment qui croire. L’un diabolise l’autre, tandis que l’autre discrédite l’un dans un discours de sourd cacophonique. Je voulais voir la réalité que l’on dépeint dans les grands discours, celle des articles accusateurs et des bulletins d’informations alarmistes.

La Crimée, péninsule russe ?

Petite remise en contexte. Historiquement, nombreuses furent les puissances à se disputer les 26 000 kilomètres carrés de reliefs montagneux qui forment la Crimée, et ce bien avant la Russie. Grecs, Romains, Bulgares, Tatares, Mongols, Goths et Ottomans se succèdent au fil des siècles. Ce n’est qu’à la fin du 18ème siècle, suite à la défaite de l’Empire Ottoman dans la guerre russo-turque, que le destin de la Crimée se scelle à celui de l’Empire tsariste. A l’issue de la guerre de Crimée de 1853-1856, l’Empire Ottoman et ses alliés européens reprennent le contrôle du territoire, désormais ravagé. La Crimée devient autonome en 1921 et signe son ralliement à la République Socialiste Soviétique Autonome de Russie (RSFSR), pour en devenir une simple région administrative vingt-quatre années plus tard.

L’année 1954, clé de voute des événements actuels, marque un moment charnière dans l’Histoire contemporaine de la Crimée. D’un simple traité -de huit lignes seulement-, Khrouchtchev, alors Secrétaire général du Parti, fait don de la Crimée à l’Ukraine, à l’occasion du tricentenaire du traité de Pereäslav, déclarant l’allégeance des cosaques d’Ukraine à Moscou. Ce don, alors symbolique entre deux Etats de l’URSS, ne va poser problème qu’à l’éclatement de cette dernière, en 1991, avec l’apparition d’une forte contestation de l’appartenance politique à l’Ukraine des russes « ethniques ». La réalité démographique est telle, que la Crimée se compose en majorité de russes « ethniques », dont la nationalité (russe) diffère de la citoyenneté (ukrainienne). En langue russe, on distingue en effet национальность (nationalité au sens ethnique) de гражданство (nationalité au sens citoyen). La suite, nous la connaissons… Les forces pro-russes s’emparent du parlement, l’armée russe est dépêchée en Crimée et un référendum d’autodétermination est organisé le 16 juin 2014.

Des tanks, et un calme ennuyeux

A peine arrivée sur le territoire de Crimée, dans le bus rejoignant Feodosia à Simferopol, je dois avouer que ce que j’ai vu ne m’a pas rassurée. Du tout. Croisant notre chemin, pas moins de vingt tanks se suivent à la queue-leu-leu, suivis de près par une dizaine de camions de l’armée. Je ne suis visiblement pas la seule que cela inquiète. Samson, un jeune aspirant à la milice, effectuant son premier séjour en Crimée laisse entendre entre deux rires nerveux : « Je veux déjà rentrer à la maison ». Le voisin de Samson, Sacha, un Russe « ethnique » de 28 ans habitant Simferopol, déclare (non sans amusement) :

« La Crimée entière est une base militaire ! ».

Étrangement, j’ai trouvé la Crimée d’un calme presque ennuyeux. Les sueurs froides engendrées par cette rencontre fortuite se sont avérées être totalement isolées. Même à Sébastopol, où se trouve la base navale de la flotte de la Mer Noire, l’atmosphère est on ne peut plus paisible. A 300 roubles la place (3,75 euros), de petites embarcations proposent une excursion dans la baie : 3 sous-marins nucléaires d’attaque émergés, une dizaine de navires de guerre et de luxueux yachts se font face. Et c’est tout ! En un quart d’heure, l’affaire est bouclée. Pour un petit quart d’heure, la Russie s’est mis le monde occidental à dos. D’autant plus que, depuis 1954, les Russes n’ont en fait jamais quitté la base navale de Sébastopol.

Excursion dans la base navale militaire de Sébastopol. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard

Excursion dans la base navale militaire de Sébastopol. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard

 

En effet, la ville s’étant détachée de l’oblast de Crimée quelques années avant le rattachement de cette dernière à l’Ukraine, elle répondait de jure à l’autorité de la RSFSR, ouvrant ainsi l’accès aux flottes soviétiques toutes confondues. En 1992, l’importance stratégique de la ville lui confère un statut spécial, indépendant de la République autonome de Crimée, nourrissant ainsi les ambitions de la Russie. Cinq années plus tard, le traité « Paix et Amitié » institutionnalise un système de bail, permettant à la Russie de maintenir sa flotte, en cohabitation avec la flotte ukrainienne.

Pourquoi la Russie a-t-elle donc risqué autant pour ce port, alors qu’elle y était déjà implantée ? La réponse repose dans l’analyse du comportement ukrainien, qui, des années durant, ont brandi la menace de mettre fin au bail comme une arme afin de peser dans les négociations avec la très puissante voisine. Malgré la reconduite du bail jusqu’en 2042 en 2010, les Russes ont saisi l’opportunité de s’y implanter pour de bon. Le drapeau russe flotte aujourd’hui fièrement sur l’ensemble des pavillons du port de Sébastopol. Mais ce n’est pas le plus surprenant.

Poutine, ce héros

Particulièrement apprécié par les habitants de Crimée, le Président Poutine est omniprésent, quitte à frôler le culte de la personnalité. On boit Poutine, on porte Poutine, on vote Poutine. L’omniprésence de l’image présidentielle, bien plus importante qu’à Saint-Pétersbourg ou Moscou, ne peut que surprendre un non-averti.

A Sébastopol, les statuette à l'effigie de Vladimir Poutine s'arrachent dans les échoppes longeant la promenade du bord de mer. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

A Sébastopol, les statuette à l’effigie de Vladimir Poutine s’arrachent dans les échoppes longeant la promenade du bord de mer. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

Il est là, sur d’énormes panneaux publicitaire, le menton entre les doigts, un sourire bienveillant au coin de la bouche. Sur la moitié gauche de l’affiche, trois mots et un drapeau suffisent : « Crimée. Russie. Pour toujours. ». Sur les routes, à l’entrée des gares, en plein milieu du centre-ville, l’affiche a autant de tailles que d’emplacements. Sébastopol dispose d’ailleurs de son affiche personnalisée : le même Poutine mais avec ces mots : « Sébastopol. Russie. Pour toujours. ».

Devant la gare routière de Kertch, "Crimée. Russie. Pour toujours." Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Devant la gare routière de Kertch, « Crimée. Russie. Pour toujours. » Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

A Sébastopol, dans les échoppes du bord de mer, les « fans » peuvent se procurer une ribambelle de produits à l’effigie de Poutine. Tasses, T-shirts, aimants, pulls, statuettes et même serviettes de bain, tout y passe. Au milieu des traditionnelles images de Poutine chevauchant un ours, tenant un petit chien dans ses bras ou encore muni de ses lunettes de soleil, la collection du printemps 2014 connaît un succès particulier. Elle oppose d’un côté l’image de Khrouchtchev, sur fond de drapeau soviétique et de l’autre Poutine, sur fond de drapeau russe. La punchline est sans équivoque :

« [Khrouchtchev] a livré la Crimée, [Poutine] a repris la Crimée ».

A Sébastopol, les petits magasins du bord de mer proposent un vaste choix de T-shirt à l'effigie de Vladimir Poutine. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

A Sébastopol, les petits magasins du bord de mer proposent un vaste choix de T-shirt à l’effigie de Vladimir Poutine. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

A l’entrée du port de Yalta, un pan de mur est décoré en son honneur. Le Président, tenant la barre d’une main ferme observe serein l’horizon qui se reflète dans ses lunettes de soleil, devenues mythiques depuis le International Aviation and Space Sow de 2011. A sa gauche, un avion de chasse semble le dépasser, laissant échapper les couleurs de la Russie. En bas à gauche, le #НАШ, signifiant «le nôtre» fait référence au slogan «Крым наш » (la Crimée est à nous).

Une fresque portant l'inscription #НАШ fait référence au slogan "Крым наш" (la Crimée est à nous). Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

A Yalta, une fresque portant l’inscription #НАШ  fait référence au slogan « Крым наш » (la Crimée est à nous). Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

Enfin, chaque ville a vu s’installer en son cœur un nouvel arrivant. Russie Unie, le parti majoritaire de Vladimir Poutine a investi de nombreux nouveaux locaux à travers la Crimée. A nouveau pays, nouveau paysage politique ! Il semble alors tout à fait normal de croiser des minibus, entièrement décorés aux couleurs de Russie Unie.

A Yalta, un minibus porte les couleurs de Russie Unie. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

A Yalta, un minibus porte les couleurs de Russie Unie. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Les plaques d’immatriculation, seules traces de l’Ukraine

« On n’efface pas soixante ans d’appartenance à un pays en à peine deux ans », pensais-je, persuadée d’être le témoin d’une constante opposition de symboles russes et ukrainiens. A peine sortie du port de Kerch, d’où arrivent les ferrys en provenance de Russie continentale, le drapeau russe flottant sur le port se voit rapidement chassé par deux drapeaux ukrainiens, accrochés aux vitres d’un poste de sécurité ferroviaire abandonné.

A Kerch, le drapeau russe flotte au dessus de l'inscription "République de Crimée". Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

A Kerch, le drapeau russe flotte au dessus de l’inscription « République de Crimée ». Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

Je réalise plus tard que si ces-derniers sont encore là, c’est bien parce que le bâtiment est déserté. Après quelques heures en Crimée, je ne m’extasie pas devant les drapeaux russes, omniprésents, mais plutôt devant les rares signes attestant du passé ukrainien de la péninsule. Les plaques d’immatriculation ukrainiennes, amenées à disparaître, en sont avec les affiches publicitaires délaissées, les seules traces. Présomption erronée donc : on peut bel et bien effacer soixante ans d’appartenance à l’Ukraine.

Une plaque d'immatriculation ukrainienne est recouverte d'un autocollant aux couleurs du drapeau russe. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Les plaques ukrainiennes font partie des rares indices attestant du lien unissant la Crimée à l’Ukraine. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

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Une plaque d’immatriculation ukrainienne est recouverte d’un autocollant aux couleurs du drapeau russe. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

Des noms de rues, aux menus dans les restaurants, la Crimée se veut russe. Consciente qu’il existe en Crimée une majorité ethnique russe (65% de la population), je n’imaginais pas son ampleur. Je me sens en Crimée comme en Russie.

Jeanne Richard.

Du religieux et du nationalisme : pèlerinage dans l’Anneau d’Or russe

« L’Anneau d’Or » a tout d’un titre de roman fantastique. Rien qu’à l’entendre, on se méprendrait aisément pour Frodon Sacquet en route vers le Mordor afin de détruire le précieux. Mais comme à son habitude, la morne réalité, cette rabat-joie, vient nous rappeler que, jusqu’à preuve du contraire, les Hobbits n’existent pas. Dans ce monde bien terre-à-terre, l’ « Anneau d’Or » n’est autre que le nom poétique donné à un circuit touristique au nord-est de Moscou.

En 1967, Youri Bytchkov, littéraire et historien de l’art, publie une série d’essais sur les anciennes villes à la périphérie de Moscou sous le titre d’Anneau d’Or dans le journal « Culture soviétique » – devenu « Culture » aujourd’hui. Berceau de la Russie contemporaine, bordé par la Volga, la Kliazma et la Moskova, l’Anneau d’Or renvoie, à coup de kremlins (fortifications à vocations politiques et militaires) et de coupoles dorées, à l’inestimable richesse du patrimoine historique et religieux, avant que que Moscou ne devienne la capitale d’une monarchie autocratique à la fin du 15ème siècle.

Les huit pierres de l’Anneau que sont ces villes, tantôt ternes, tantôt étincelantes, tantôt démesurées tantôt étriquées constituent un pèlerinage historique et religieux, où nationalisme embrasse à bras portants les coupoles des églises.

J’en ai sélectionné trois aux ambiances bien différentes. En leur sein, des églises. Chaque bâtiment présente un intérêt particulier pour souligner le nationalisme et pour illustrer l’importance de l’Eglise orthodoxe au sein de la société.

A Pereslavl-Zalessky, le panneau officiel du circuit de l'Anneau d'Or indique le chemin vers la place Rouge, "musée à ciel ouvert" grâce aux quatre églises que l'on y trouve.

A Pereslavl-Zalessky, le panneau officiel du circuit de l’Anneau d’Or indique le chemin vers la place Rouge, « musée à ciel ouvert » grâce aux quatre églises représentées.  Crédits Photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Les conditions au voyage

Avant d’entamer ce pèlerinage, partons avertis. L’Anneau d’Or apporte dans toute sa diversité une vue d’ensemble sur l’état du nationalisme et de la foi orthodoxe russe. Et pour mieux le saisir, rien de tel qu’un décryptage de ce dernier hiver 2016.

Le 6 janvier dernier, la Russie célébrait le Noël orthodoxe. Les églises faisaient salle comble, et sur le canal Россия 1, chaine très proche du pouvoir, on pouvait visionner la retransmission de la messe à laquelle Vladimir Poutine assistait. Entouré d’enfants, au milieu de ses concitoyens bien distraits, l’homme politique affichait ouvertement sa foi. Bien que l’Eglise et l’Etat soient séparés depuis la révolution d’Octobre 1917, le concept de laïcité tel que nous le connaissons en France ne s’applique pas en Russie. La religion orthodoxe n’a pas le statut de religion d’Etat mais elle est reconnue comme religion dominante et le pouvoir n’a pas peur de travailler main dans la main avec cette dernière.

Avec la chute de l’URSS, l’ensemble de la société russe s’est vue dépourvue de valeurs, de codes et d’idéologie du jour au lendemain, ce qui explique ce retour vers l’ « opium du peuple » de la société post-soviétique. Aujourd’hui, la classe politique russe, de plus en plus encline au conservatisme, va dans la lignée de la nouvelle identité russe, définie comme puissance conservatrice.

I étape : Soudzal, la touristique

Difficile de croire que la petite bourgade de Souzdal et ses quelques 12.100 habitants furent un jour la capitale de la Russie. Centre religieux proéminent et puissance politique incontournable, Souzdal, à la manière du village gaulois de Goscinny, s’est relevé des invasions tatares-mongoles de la fin du 13ème siècle pour devenir une principauté indépendante jusqu’au 14ème siècle.

L’église Saint-Nicolas, d’une sobriété apaisante, dépeint parfaitement l’atmosphère de Souzdal, ville classée monument historique depuis 1967 . Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

Suite à son annexion par Moscou, la ville reste néanmoins centre épiscopale de la Russie du Nord-Est et les églises poussent à tire-larigot. Le village n’entame son déclin qu’au milieu du 19ème siècle, alors que le tracé de la voie ferrée reliant Moscou à Nijni-Novgorod, la cinquième plus grande ville du pays, la contourne. Epargnée par l’industrialisation, Souzdal est un musée à ciel ouvert où les coquettes « isbas », maisons rurales traditionnelles construites en rondins de bois, côtoient monastères, bulbes et clochers sous le regard émerveillé des nombreux touristes.

Une isba bleue à Kostroma. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Une isba bleue à Kostroma. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Une isba traditionnelle de Pereslavl-Zalesski. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Une isba traditionnelle de Pereslavl-Zalesski. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Un monastère recyclé en prison, puis en musée

Inscrit au patrimoine Mondial de l’UNESCO, le monastère du Sauveur Saint-Euthyme, fondé au 14ème siècle, fait partie des attractions principales de la ville. Comme de nombreux monastères, il fut, dès les années 1920, transformé en prison à vocation d’isolation politique, pour le plus grand malheur des libre-penseurs.

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, le monastère devint un camp de prisonniers de guerre pour se transformer jusqu’en 1967 en camp de rééducation et de travail pour les jeunes délinquants. Depuis, le monastère est un musée, abritant une exposition permanente consacrée à Dmitri Pojarski, héros national, originaire de Souzdal. On y trouve aussi une exposition consacrée à la vie au monastère, ainsi que de nombreux éléments relatifs à l’époque communiste.

Un magasin de souvenirs à Souzdal. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Un magasin de souvenirs à Souzdal. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Les touristes, plus ou moins appréciés

Vitrine de l’ « Anneau d’Or », les touristes affluent à Souzdal et transforment ses édifices en parc d’attraction à la découverte du berceau de la nation. Derrière ce village aux apparences bucoliques, un vrai débat fait rage.

Les villes de l’Anneau d’Or misent beaucoup sur le tourisme et tentent d’améliorer leur ouverture à l’internationale en implantant des panneaux en anglais, en soutenant l’ouverture d’offices du tourisme dans chacune des villes étapes. Comme le démontre un article paru en 2011 dans le journal « Anneau d’Or » de la région de Yaroslavl, une des régions que couvre l’Anneau d’Or, cette volonté des autorités à vouloir absolument développer le secteur du tourisme n’est pas soutenue par tous : « les villes de l’Anneau d’Or sont avant tout pour les habitants, par pour les touristes« .

II étape : Rostov, en attendant le réveil

Rostov-le-Grand est une des plus anciennes villes de Russie, mentionnée dans des chroniques datant de 862. Bâtie sur les vestiges d’un village païen, la ville se construit autour du monastère Saint-Abraham. Comme sa copine Souzdal, Rostov a un passé de village gaulois : elle se refuse à la principauté et créé sa propre assemblée du peuple.

Les fortifications du Kremlin de Souzdal. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Les fortifications du Kremlin de Souzdal. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Tous les chemins mènent… au kremlin

Au 13ème siècle, Rostov la rebelle devient Rostov-le Grand mais la fête sera de courte durée puisque la ville est annexée par Moscou puis anéantie par les troupes polono-lithuaniennes au début du 17ème siècle. Lors de la reconstruction de la ville, Catherine II ordonna que l’on bâtisse la ville, de telle sorte que toutes les rues mènent au kremlin. Cet ensemble de fortifications des villes de l’ancienne Russie abritait en son sein le siège du pouvoir politique et spirituel. A l’intérieur des murailles, percées de meurtrières, on y trouve églises, chapelles, palais et clochers.  Aujourd’hui, le kremlin est le cœur battant de la ville à l’apparence bien morte. Lorsque les températures s’y prêtent, petits et grands investissent la cour intérieure et déboulent à toute vitesse d’un toboggan sur une piste de glace.

Quelques isbas, blotties sur le bord du lad Néro, laissent apparaître la silhouette enchanteresse des bulbes du Kremlin de Rostov-le-Grand. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Quelques isbas, blotties sur le bord du lad Néro, laissent apparaître la silhouette enchanteresse des bulbes du kremlin de Rostov-le-Grand. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

L’église de la Dormition, au cœur du cœur, précède la construction du kremlin d’un siècle. Édifiée au 16ème siècle, ses murs de pierres reposent sur les cendres de trois prédécesseurs, toutes détruites par des incendies. Après la Révolution bolchévique, l’église perdit son statut de propriété de l’Eglise pour être ensuite fermée et fort heureusement épargnée. En 1953, une violente tempête lui arrache les coupoles ; on s’empresse donc de la recoiffer. Mis à part ce passage chez le coiffeur, les dégâts causés par tant d’années d’abandon ont poussé l’Eglise orthodoxe à entamer des travaux de réparation en 2004.

L’église fait aujourd’hui peine à voir. Comme figée dans son sommeil, l’église pourrait passer pour morte si ce n’était pour les quelques cierges attestant des visites de quelques croyants. Les boiseries ternes, dépouillées de leurs dorures semblent attendre la fin des interminables travaux sans trop d’espoirs. Condamnée aux ténèbres pour encore quelques années, l’église de la Dormition attend son heure de gloire.

L'église de la Dormition dort, dépourvue de ses dorures. Quelques cierges brûlent au fond, elle n'est pas morte. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

L’église de la Dormition dort, dépourvue de ses dorures. Quelques cierges brûlent au fond : elle n’est donc pas morte. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

III étape : le « Vatican » orthodoxe

 A deux heures en train de Moscou, Sergueï Possad est la last but not least de l’Anneau d’Or, classée patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1993. Cerise sur le gâteau, on la surnomme même le « Vatican » orthodoxe, tant elle symbolise le patriotisme et la foi orthodoxe. A l’instar de Rostov, la ville de Sergueï Possad (le bourg de Serge) se développa autour d’un monastère, ici celui de la Trinité Saint-Serge.

Le monastère devenu « laure »

Dès sa fondation, le monastère se positionne en fervent soutien de l’Etat, accédant ainsi à une sécurité financière inégalée, lui permettant de faire appel à certains des plus grands peintres russes pour la décoration de ses édifices. En 1744, la fille de Pierre le Grand, fondateur de la ville de Saint-Pétersbourg, élève le monastère au rang honorifique de « laure ». Reconnus pour leur spécificité historique ou spirituelle, seuls deux monastères en Russie ont acquis ce titre de « laure »: la laure de Sergueï Possad et celle d’Alexandre Nevsky à Saint-Pétersbourg.

Suite à la révolution bolchévique, la laure est fermée, son patrimoine est nationalisé et ses moines sont pourchassés. Elle ne rouvrira qu’en 1940, après avoir subi de vastes travaux de restauration.

La Chapelle sur la Source, d'un rose éclatant, laisse entrevoir la Cathédrale de la Trinité aux coupoles dorées. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

La chapelle sur la Source, d’un rose éclatant, laisse entrevoir la cathédrale de la Trinité aux coupoles dorées. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

 

La laure est aujourd’hui un lieu de pèlerinage incontournable. Devant la somptueuse cathédrale de la Dormition, dont on distingue les bulbes bleus étoilés de l’autre bout de la ville, les pèlerins viennent boire l’eau miraculeuse de la chapelle de la Source. Certains, bouteilles de cinq litres en main, en ramènent même chez eux.

Dans la cathédrale de la Trinité, perle de l’architecture moscovite du 15ème siècle, les pèlerins attendent en ligne pour se recueillir autour des reliques de Saint-Serge, fondateur du monastère. La douce lumière des cierges et des veilleuses multicolores, vacillant au rythme des psalmodies de moines et de chants religieux, illumine le baldaquin qui recouvre la sépulture. Difficile de ne pas se laisser emporter par la spiritualité des lieux, par le calme et la sérénité qui, comme la neige tombante, recouvrent l’ensemble des cinquante bâtiments affiliés à la laure.

Dans la Cathédrale de la Trinité de Sergueï Possad, les pèlerins embrassent les reliques de Saint-Serge, sous la douce lumière des veilleuses multicolores. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Dans la Cathédrale de la Trinité de Sergueï Possad, les pèlerins embrassent les reliques de Saint-Serge, sous la douce lumière des veilleuses multicolores. Crédits photo: CrossWorlds/ Jeanne Richard.

Des moines en 4×4

Outre sa fonction de lieu de pèlerinage incontournable, la laure de la Trinité Saint-Serge est également le monastère le plus actif de Russie, où quelques 300 moines et 50 novices se forment à l’Académie théologique. Omniprésents, les moines en toge noir, souvent vêtus de gros manteaux et de polaires et coiffés en fonction de leur rangs grouillent dans les enceintes de la laure. En centre-ville, on en croise fréquemment, téléphone en main et/ou au volant d’un gros 4×4.

Si au terme de ce curieux pèlerinage, le voyageur, comme tombé dans une marmite d’iconoclastes, succombe à la lassitude devant tant d’icônes, cet étrange mélange de tourisme, de spiritualité et de pouvoir lui donne le sentiment de repartir un peu plus russe qu’il ne l’était en arrivant. L’anneau d’Or, ce précieux.

Jeanne Richard

Ces villes russes où « il n’y a rien à voir » : Teriberka

A deux heures de route de Mourmansk, je poursuis mon voyage à Teriberka, village connu pour avoir accueilli le tournage des scènes extérieures du film « Léviathan » d’Andrey Zvyagintsev.

Comme appartenant à une autre époque, le village n’a que la beauté de ses paysages à offrir. Ici, pas de monument, pas d’église aux coupoles colorées : les seules traces de présence humaine semblent être les datchas délabrées, les épaves à moitié immergées et la taule rouillée des garages de fortune.

Les quelques habitants vivent de la pêche, comme en témoignent les nombreuses embarcations de fortune dispersées dans le village. Une Babouchka sort par une petite porte en bois, secoue un tapis et donne quelques miettes de pain aux pigeons. Au loin, un homme dans la force de l’âge promène son chien. Dans ce qui semble être une rue, trois jeunes filles en baskets marchent bras dessus, bras dessous. Dans le magasin censé ravitailler la ville en vivres, une femme fait ses courses tandis qu’une télé datant des années 2000 diffuse un soap-opéra russe. Ces fantômes sont les âmes de Teriberka, ceux qui vivent quotidiennement avec le « rien à voir et rien à faire ».

Teriberka m’apparaît comme une sorte de néant inquiétant à couper le souffle. Je me sens comme seule au monde. Seuls le bruit des vagues, le sifflement du vent et le craquement de mes propres pas sur un mélange de neige et de sable sont à distinguer. Calme et volupté. Les couleurs délavées répondent au ciel grisâtre des premières nuits polaires. Teriberka offre le spectacle saisissant de la beauté à l’état pur.

Malheureusement, le village, très convoité par les compagnies d’exportation de gaz, est destiné à devenir un point de passage stratégique. Ses paysages et son atmosphère seront amenés à changer dans les années à venir.

Sur la route menant à Teriberka, dans un désert de neige blanchâtre – Teriberka, Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Une barque abandonnée- Teriberka, Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Une maison à Teriberka. Il n’y a pas de fumée dans la cheminée, on pourrait penser qu’elle est abandonnée – Teriberka, Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Le cimetière de Teriberka. Teriberka- Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Le cimetière de Teriberka. Teriberka- Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Des épaves sur une petite plage non loin d’un petit port. Teriberka- Décembre 2015 /Jeanne Richard.

« Chaussures pour femmes » : à l’intérieur, un atelier de bricolage sous le regard protecteur de Marx – Teriberka, Décembre 2015/ Jeanne Richard.

Des maisons abandonnées, comme enfouies sous un mélange de sable et de neige – Teriberka, Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Une habitation- Teriberka, Décembre 2015/ Jeanne Richard.

Un magasin abandonné – Teriberka, Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Le spectacle de la nature. La beauté du néant – Teriberka, Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Le spectacle de la nature. La beauté du néant – Teriberka, Décembre 2015 /Jeanne Richard.

Ces villes russes où « il n’y a rien à voir » : Mourmansk

Porté par un besoin presque vital de s’échapper du brouhaha incessant de la grande Venise du Nord, le train 022 ча m’emmène où personne ne souhaite aller : à Mourmansk.

Outre les haussements de sourcils interrogatifs et les « mais pourquoi » incrédules, cette ville n’inspire rien aux Russes de Saint-Pétersbourg. Pourtant, dans le wagon de train où je m’installe, il y a foule. 80 personnes pour au moins autant de couchettes. On y rencontre des Russes de tout âge, s’arrêtant dans quelques villes désertes en chemin, ou voyageant jusqu’à Mourmansk, le terminus.

Une fois arrivés après vingt-six heures de voyage, une odeur d’huile nous embaume. Le port de Moursmank est une illustration parfaite de la contribution de la Russie à la globalisation. Dans la ville, les trains et les grues bougent en cadence, comme pour ventiler ses 30.5000 habitants, qui font d’elle la plus grande ville au nord du cercle polaire arctique.

Animé par l’exportation de poisson, de gaz et d’activités portuaires, le port de Mourmansk a la particularité de ne jamais être incommodé par les glaces grâce aux courants chauds venus du Gulf Stream. Nuit et jour, été comme hiver, rien n’arrête l’activité de Mourmansk, qui figure parmi les cinq ports les plus importants de la Fédération de Russie.

La vie à Mourmansk est bien loin de celle des mégalopoles. Les cafés mondains laissent place aux cantines et aux bars à bières. Les centres commerciaux inexistants font le bonheur des échoppes militaires, spécialisés dans les uniformes et produits militaires. Les bâtisses colorées s’écrasent face aux imposantes barres d’immeubles soviétiques.

Objectivement, Mourmansk n’est pas une belle ville. Elle n’offre ni la grandeur ni les couleurs de Saint-Pétersbourg. Au cours de conversations avec les rares visiteurs de Mourmansk, je suis forcée de constater que l’adjectif qu’inspire la ville se résume à « moche ». Personnellement, j’y ai trouvé une beauté plus sincère, plus représentative de la vie en Russie.

Bienvenue.

L’inscription « Mourmansk- ville héros » est un titre honorifique datant de l’Union Soviétique visant à rendre hommage aux habitants morts pendant « la Grande Guerre Patriotique » (terme employé par l’Union Soviétique pour désigner la Seconde Guerre Mondiale). Crédits photo : CrossWorlds/Jeanne Richard

« Monument aux défenseurs de l’Arctique soviétique pendant la Grande Guerre patriotique », également appelé Statut d’Aliocha. Crédits photo : CrossWorlds/Jeanne Richard

Vue sur le port de la ville de Mourmansk. Crédits photo : CrossWorlds/Jeanne Richard

Des garages enneigés à Mourmansk. Crédits photo : CrossWorlds/Jeanne Richard

Lu sur une voiture à Mourmansk : « La Russie est invincible. Obama imbécile ». Crédits photo : CrossWorlds/Jeanne Richard

Un bar à bière à Mourmansk. Crédits photo : CrossWorlds/Jeanne Richard

Tag représentant un soldat soviétique dans un quartier résidentiel à Mourmansk. Crédits photo : CrossWorlds/Jeanne Richard

15:00, il fait nuit noire. Lors des nuits polaires (de début décembre à fin janvier), le soleil ne se lève plus et la ville de Mourmansk est plongée dans une constante pénombre. Crédits photo : CrossWorlds/Jeanne Richard

Jeanne Richard