Aux Etats-Unis, des cours pour survivre à une fusillade

C’est la rentrée des classes. Dans les universités américaines, la saison des « add and drop » et du choix des disciplines suivies est lancée. Parmi les options, des cours de… survie, en cas de fusillade.

Etudiante de la prestigieuse Université du Missouri, dans le Midwest, Maria Fernanda a assisté à l’un de ces cours. Pour se rassurer, et se sentir prête, au cas où. La jeune femme vénézuélienne et espagnole avoue souvent penser à la possibilité d’une fusillade sur le campus.

« Certains jours plus que d’autres, mais c’est toujours quelque chose que j’ai en tête. »

Le campus de l'Université du Missouri, à l'automne 2014. © Flickr/CC/Kyle Spradley - Curators of the University of Missouri.

Le campus de l’Université du Missouri, à l’automne 2014. © Flickr/CC/Kyle Spradley – Curators of the University of Missouri.

 

En octobre dernier, lors d’une alerte de menace imminente, il y avait eu un moment de confusion à l’Université du Missouri. Une personne armée avait été signalée sur le campus. Elle avait finalement été arrêtée, et selon la police, était suicidaire et  ne prévoyait pas de tuer d’autres personnes. Pour Maria Fernanda, la « situation, une fusillade potentialle, a été mal gérée« . « Personne ne comprenait ce qui se passait, les professeurs réagissaient tous différemment, j’ai dû aller en cours alors que nous étions en confinement… Donc un meilleur protocole et une bonne communication avec les étudiants me paraissent essentiels. »

D’où son inscription aux cours de survie. Qu’a-t-elle appris lors de ces sessions ? « C’était comme une conférence donnée par deux policiers. Ils nous ont montré des vidéos qui présentaient des scénarios à risques et les réactions correctes. On a eu des mises en situation. »

« Par exemple, on a dû prétendre être dans une situation d’attaque et devoir bloquer les portes et entrées. On a appris à désarmer un tireur. »

Les policiers encouragent les étudiants à avoir des réflexes : appeler la police, prendre une photo de l’assaillant, de la plaque de sa voiture, quoi que ce soit qui peut aider les autorités à identifier l’individu au plus vite.

En partenariat avec la police

« Ces cours ont lieu à l’Université du Missouri depuis plusieurs années, ce n’est pas nouveau. Ils sont basés sur le programme national A.L.I.C.E., qui est mis en place dans d’autres universités  et dans des lycées », nous explique Brian Weimer, officier de police et porte-parole du département de police de l’Université. « Les participants apprennent à développer des idées pour réagir en présence d’un tireur. »

« On les encourage à s’éloigner de la zone, si c’est possible. Sinon on les pousse à se cacher, se barricader, et si cela n’est pas possible non plus, à savoir comment se battre pour sa vie. »

Le programme A.L.I.C.E. (Entraînement à Réagir en cas de Tireur Actif) n’est pas nouveau. Il a été créé par le policier Greg Crane après la fusillade à Columbine en 1999. Depuis, il a été adopté par des institutions publiques et privées pour apprendre à se défendre, et plus d’un million de personnes ont été formées.

« Les membres de la faculté, les employés et les étudiants peuvent accéder aux cours, nous les avons aussi ouverts à toute personne associée à l’Université », ajoute Brian Weimer. 

Comment une arme peut-elle arriver sur un campus américain ?

C’est la question épineuse, au coeur des débats. L’année scolaire passée a notamment été marquée par la forte mobilisation, inédite, de lycéens après la fusillade de Parkland en Floride, qui exigeaient alors et continuent de lutter pour un meilleur contrôle des armes à feu.

Réponse : tout dépend de l’Etat dans lequel est situé l’université. Le Missouri est un red state à ce jour, un état qui soutient majoritairement le parti républicain : les armes y sont populaires. En théorie, un background check, c’est-à-dire une vérification des antécédents judiciaires et médicaux, est requis pour acheter une arme dans un magasin dédié dans le Missouri.

Mais cette obligation est très facilement contournable, en achetant une arme à une foire ou à un particulier. Pas de permis requis alors. Depuis janvier 2016, plus besoin de permis pour avoir le droit au « concealed carry », c’est à dire le port d’arme dissimulé (autrement dit, vous pouvez avoir une arme non pas à la main, mais dans votre voiture). Le port d’arme non dissimulé est légal également dans tous les endroits où ce n’est pas interdit de manière explicite : si un lieu privé ou fédéral interdit expressément de porter une arme visible, c’est interdit, autrement, c’est autorisé.

“Gun Free Campus”

Dans cette mer rouge républicaine, la ville de Columbia est une tâche bleue, démocrate. L’Université du Missouri est un « gun free campus », c’est-à-dire qu’il est interdit de porter une arme sur le territoire appartenant à l’école.

Cela étant dit, c’est aussi un « dry campus », c’est-à-dire que la possession et la consommation d’alcool sur le campus sont aussi interdites, et il arrive pourtant de voir des étudiants s’échanger clandestinement quelques bouteilles. Aucune vérification n’est faite, et le campus étant gigantesque, il est tout à fait possible d’introduire une arme malgré l’interdiction. Une interdiction qui ne fait pas que des heureux, puisqu’elle a été contestée par un professeur, qui réclame le droit… d’amener son arme sur le campus.  

Astrig Agopian

 

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