CANADA – Vancity, l’un des berceaux du 420

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014).

Une rue a ses odeurs, l’odeur du pain chaud, le parfum des premières clopes, les effluves devant les bouches de métro… À Vancouver, ça sent la « weed » ou le « pot », comme ils disent ici ; et le 20 avril, encore plus que d’accoutumée.

Vidéo prise le 20 avril 2014. Le jour du « 420 », pour 20 avril, les fumeurs fument toute l’après-midi, mais à 16h20, un compte à rebours est lancé pour allumer un joint. Sur la façade de la Vancouver Art Gallery, vous pouvez voir le visage de Marc Emery.
(CrossWorlds/Clara Wright)

420 et « the Prince of Pot », Marc Emery

C’est à Vancouver que la toute première journée 420 fut organisée. En 1995, le 20 avril, un peu plus de deux cent personnes se rassemblèrent autour du square Victory pour fumer de l’herbe ensemble.

« C’était une belle journée ensoleillée (…) La fête commença autour de midi, mais comme c’était tout nouveau, il n’y avait que 150 personnes à 14heures, puis 250 à 16h20. Mais quoiqu’il en soit, on a fumé pendant six heures sans aucune intervention de la police, d’autant plus surprenant que l’on était seulement à 8 mètres de l’une des plus grandes intersections de la ville, entre Hastings et Cambie. Tous ceux qui sont venus semblent avoir passé une après-midi merveilleuse. » décrit Marc Emery dans un éditorial pour le Huffington Post, en 1995. 

Marc Emery, de son affectif surnom « the Prince of Pot » est le propriétaire d’un magazine intitulé Culture Cannabis et d’une boutique, the HEMP BC Store. Cette boutique promeut justement la culture du cannabis. Elle est située sur Hastings, au coude-à-coude avec le « New Amsterdam Coffee », au nom évocateur, et en face du Victory Square, où le premier 420 fut organisé.

On m’a un jour dit que lorsqu’un chat hume les effluves du cannabis, il reste perché toute sa vie. Je pense en avoir eu la preuve lorsque je suis entrée dans cette fameuse boutique : sur le comptoir de la caisse, des Aristochats version How High m’ont souhaité la bienvenue.

On ne vend pas d’herbe ou de graines ici, mais les clients fument tranquillement en faisant leurs emplettes. On peut acheter des pipes, des t-shirts à l’effigie de Marc Emery, des jeux de société dont les règles m’ont échappé mais dont le titre contenait forcément le mot « weed ». Une salle au fond, à droite, a suscité ma curiosité, tout était fait pour, vous me direz : lumière tamisée, pancarte à l’entrée « You must be 19 to enter this place »… C’était l’antre de « l’Urban Shaman ».

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La façade de la boutique de Marc Emery, à Vancouver, au Canada, en avril 2014. (CrossWorlds/Clara Wright)

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Des chats sous l’effet des effluves du joint dans la boutique de Marc Emery à Vancouver au Canada, en avril 2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

Pas de gêne ici quant au joint. Les employés ont volontiers accepté que je prenne des photos, du moment que je ne photographiais aucun client.

« Qui est Marc Emery ? » leur ai-je demandé.

« C’est un activiste, il est aujourd’hui en prison aux Etats-Unis pour avoir vendu des graines [par voie postale] », répond une employée.

En une phrase tout était dit : Marc Emery est un héros, voire un martyr, puni pour avoir combattu et rendu possible ce en quoi il croyait. En sortant du magasin, je m’attarde sur les posters le représentant – ce n’est pas tous les jours que l’on entre en communion avec une légende urbaine et vivante.

La naissance du 420

Néanmoins, ce n’est pas Marc Emery qui eut l’idée de célébrer le 420 le 20 avril. Ce sont Danna Rozek, alors manager de sa boutique, et Cindy Lassu, l’une de ses employés. Le code ‘420’ était déjà largement connu mais aucun événement de la sorte n’avait été organisé.

Pour la petite histoire, et parmi d’autres versions, on raconte que dans les années 70, un groupe de cinq étudiants californiens de San Rafael, appelés les Waldos, eurent vent d’une plantation de marijuana délaissée et se donnèrent rendez-vous à 16h20 (soit 4:20pm) tous les jours, après les cours, pour partir à sa recherche. Des semaines s’écoulèrent, ils ne trouvèrent jamais la plantation mais le code ‘420’ entra dans leur vocabulaire: un code pour la fumette, puisque leur quête infructueuse s’accompagnait toujours de plusieurs joints.

Mais on attribue son succès mondial au groupe de musique The Grateful Dead qui quitta le quartier de Haight-Ashbury (San Francisco) pour s’établir à quelques blocs du lycée des Waldos. Après des répétitions enfumées, auxquelles les Waldos assistaient, le groupe et sa communauté de fans se seraient appropriés le code. Selon le Huffington Post, le magazine HighTimes eut aussi un rôle majeur puisqu’il construisit ses articles, ses événements autour de 420 et acheta le domaine 420.com dans les années 90.

A Haight-Ashbury, on trouve aujourd’hui une pendule dont les aiguilles sont restées bloquées sur l’heure 4 :20, nul ne sait comment ni pour quoi mais l’horloge a désormais sa page dans les guides touristiques.

La pendule arrêtée à 4:20, dans Haight à San Francisco. © Clara

La pendule arrêtée à 4:20, dans Haight à San Francisco, en février 2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

420, vingt ans plus tard

En 2014, Marc Emery, Danna Rozek, Cindy Lassu et leurs camarades peuvent être fiers : l’événement a conquis le cœur des Nord-américains et sa notoriété n’est plus à faire dans le monde anglo-saxon. A Vancouver, le spectacle s’est déplacé devant, derrière, sur les marches de la Vancouver Art Gallery – des marches connues pour être la tribune de manifestations en tout genre.

Les marches derrière la Vancouver Art Gallery, vers 18h. 20/04/2014

Les marches derrière la Vancouver Art Gallery, vers 18h. 20/04/2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

Il y a des vieux, des jeunes, des premiers joints éclatés à 16h20, d’autres fumés toute l’après-midi. Il y a des spécimens, ici une fanfare ou quelque chose qui y ressemble, des femmes avec des masques à gaz, des hippies et leurs dreadlocks mais aussi des hommes en costard cravate, des mères de famille, des monsieur-et-madame-tout-le-monde, des enfants. Tout autour de la galerie d’art, des stands vendent des gâteaux agrémentés de quelques herbes. Des indépendants opportunistes sont aussi venus écouler leur marchandise, l’un d’eux fait monter les enchères. Une scène a également été aménagée pour laisser les militants en faveur de la légalisation prendre la parole, parler de consommation responsable et des chanteurs et musiciens s’y succèdent.

Faire son marché. 20/04/2014 à Vancity.

Faire son marché. 20/04/2014 à Vancity. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

Une fanfare déjà loin. 20/04/2014

Une fanfare déjà loin. 20/04/2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

Chanter pour légaliser le cannabis. 20/04/2014

Chanter pour légaliser le cannabis. 20/04/2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

Pour vendre son cannabis, il fait monter les enchères. 20/04/2014

Pour vendre son cannabis, il fait monter les enchères. 20/04/2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

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Des vendeurs ambulants.

Le 20 avril 2014, à Vancouver, devant la Vancouver Art Gallery, des vendeurs ambulants de weed pour le 420. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

La foule regroupant des milliers de personnes n’a, donc, rien d’homogène. Cela paraît logique : nous sommes à Vancouver, là où les styles les plus différents se côtoient chaque jour dans les rues, où l’on ne voit pas une crotte de chien malgré le nombre de canins mais où le bling-bling, le hipster, le rien-du-tout croise le SDF sans s’en préoccuper mais sans s’en écarter sur des artères larges dessinées par des blocs à identité définie. « Vancity » où deux tendances semblent se dégager : celle du « chill » aux effluves de cannabis, avec une tolérance quasi générale envers les fumeurs, et celle plus alarmante de la danse morbide des seringues, dans l’Est du centre-ville.

 

Elle pose pour la photo. 20/04/2014

Elle pose pour la photo à Vancouver, devant la Vancouver Art Gallery, pour le 420. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

On ne pourrait imaginer un tel spectacle dans les rues de notre douce France. Ici, les jeunes fument leur premier joint vers l’âge de 14 ans mais pas la cigarette. La réglementation stricte et conservatrice autour de l’alcool empêche les jeunes d’apprécier un verre de vin les soirs d’été, disons qu’ils se consolent avec un « pur » en regardant l’océan et les montagnes au loin. D’ailleurs, le 420 est encadré par des policiers qui veillent au bon déroulement de la journée.

Les policiers encadrent l'événement. 20/04/2014 © Clara

Les policiers encadrent l’événement. 20/04/2014. Crédits photo: CrossWorlds/ Clara Wright

 

Sur Craig’s List, le « 420 friendly » constitue même un critère de recherche d’amis ou d’âme soeur. Le livre This day in Vancouver de l’historien Jesse Donaldson, qui raconte l’histoire de Vancouver à travers ses dates, réserve une page entière à l’événement 420 pour parler du 20 avril; celui de l’auteur Charles Demers Vancouver special consacre un chapitre entier au « Pot ». 

Une annonce sur Craig's List. L'homme recherche une femme "sportive" et "420 friendly".

Une annonce sur Craig’s List. L’homme recherche une femme « sportive » et « 420 friendly ». Capture d’écran.

Et puis, il y a ceux qui ne vont pas au 420

Mais qu’on ne se méprenne, tout le monde ne participe pas au 420. Trois de mes amies canadiennes y sont d’ailleurs allées une fois « pour voir et fumer pour l’occasion » mais n’y retourneront pas. Non par hostilité mais parce qu’elles ne se retrouvent pas dans ce mouvement de fumette générale.

En effet, l’ambiance étonnerait un touriste fraîchement débarqué. Au compte à rebours, à 16h20, la foule est euphorique, le portrait de Marc Emery dressé sur la façade de la Vancouver Art Gallery majestueux; mais quelques heures plus tard, les rues paraissent sales, les passants de plus en plus défoncés et il faut avoir vécu à Vancouver pour ne plus s’en étonner. A deux blocs de là, la vie poursuit son cours et le nuage de fumée s’évapore.

Le vendeur n'a pas réussi à faire monter les enchères. Déception. 20/04/2014. (CrossWorlds/Clara Wright)

Le vendeur n’a pas réussi à faire monter les enchères. Déception. 20/04/2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

Clara

 

 

 

Une réflexion au sujet de « CANADA – Vancity, l’un des berceaux du 420 »

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