Cracovie, polluée, se rebelle contre son « smog »

 

« Majchrowski, arrête de nous empoisonner » : plusieurs centaines de jeunes se sont réunis sous ce mot d’ordre, jeudi 10 mars, pour protester contre la mauvaise qualité de l’air à Cracovie.

20160310_121909-1Manifestation du 10 mars 2016 de Logiczna Alternatywa (Logique Alternative) sur la place Wszystkich Swiętych de Cracovie. Crédits photos: CrossWorlds / Valentin Jedraszyk

Cette manifestation, organisée à l’appel de l’association Logiczna Alternatywa (Logique Alternative), visait le président de Cracovie, Jacek Majchrowski, accusé par les manifestants dans leurs tracts d’avoir récemment déclaré que le problème du « smog » dans la ville était résolu. Cette association, créée en 2014 après la défaite d’un candidat indépendant à l’élection municipale de Cracovie, se présente comme une initiative citoyenne composée « d’individus voulant travailler ensemble pour Cracovie ».

Sur les tracts, l’on pouvait lire « SMOG = CANCER ». Pour l’occasion, les manifestants avaient revêtu des masques de protection et portaient des tee-shirts ornés de photos de poumons noircis. Image choc phare de nos compagnes anti-tabac françaises. Exagéré ? Pour les activistes polonais, non. Selon une campagne de sensibilisation en ligne, « l’Alarme du Smog de Cracovie », respirer l’air de Cracovie équivaut à fumer 2500 cigarettes par an.

Sans titreRespirer l’air de Cracovie, c’est fumer plus de 2500 cigarettes par an ». Capture d’écran du site Krakowski Alarm Smogowy, un groupe d’activistes

 

La troisième ville la plus polluée d’Europe

Selon une enquête de l’Agence Européenne de l’Environnement parue en 2013, Cracovie était la troisième ville la plus pollué dans l’Union Européenne en 2011. Lors de l’hiver 2015-2016, les chiffres de l’Organisme de surveillance de la qualité de l’air (System monitoringu jakości powietrza), qui dispose de plusieurs stations de prélèvement à Cracovie, ont montré que les taux de benzo(a)pyrene, de dioxyde d’azote et de particules fines dans l’air dépassent régulièrement la norme en vigueur recommandée.

Le problème du « smog » à Cracovie, empoisonne le quotidien des habitants. Ce brouillard de pollution, en plus de couvrir le ciel d’un gris cafardeux, réduit la capacité respiratoire des citadins et provoque de nombreux problèmes de santé. Comme le rappelle le tract de l’association organisatrice, une exposition au smog multiplie les risques d‘asthme, d’allergies respiratoires, du cancer des poumons, de problèmes de cœur. Ce smog cracovien serait à l’origine de plus de 600 décès par an. Une enquête publiée par l’Organisation mondiale de la santé a établi un lien clair entre la pollution de l’air et le risque de développer un cancer.

Pour limiter les risques d’exposition au smog, les habitants cherchent de nouveaux moyens. Comme l’application « Krakow Smog » qui permet de suivre en temps réel la qualité de l’air dans plusieurs quartiers de la ville. Ainsi, l’on peut s’informer d’un pic de pollution et éviter de passer trop de temps à l’extérieur. Dans la rue, l’on rencontre fréquemment des personnes portant des masques anti-pollution. Surtout en hiver.

IMG_8138Cracovie et son « smog » sous son ciel gris. Crédits photos : CrossWorlds/Clément Drouhard

 

Le charbon, premier responsable du « smog »

Pourquoi Cracovie est-elle si polluée l’hiver ? Lorsque le froid arrive,  dans un pays où les températures peuvent descendre sous les -20°C, les Cracoviens remettent en route leurs chauffages. Or, en Pologne certains habitants sont encore équipés de poêles à charbon. Le charbon, qui est toujours extrait dans les mines du pays, est responsable du rejet de nombreux polluants dans l’atmosphère.De plus, des individus brûlent leurs déchets pour se chauffer (ce qui est interdit). Selon le site Radio Poland, plus de 50% de la pollution hivernale provient de la combustion du charbon et d’autres objets dans les poêles.

La situation géographique de la ville ne joue pas en sa faveur. Située dans une vallée, Cracovie est donc rarement balayée par les vents permettant de renouveler l’air.

Interdire la combustion du charbon ? Pas si facile

Pour lutter contre ce problème, le récemment élu président polonais, Andrzej Duda, a, en octobre 2015, signé une loi permettant aux autorités locales de prendre des décisions visant à interdire la combustion du charbon. C’est ce qu’a fait l’assemblée régionale de la province de Małopolska (où se trouve Cracovie) : à partir de 2019, la combustion du charbon devrait être interdite.

Il faut donc remplacer tous les poêles à charbon encore en fonctionnement par de nouvelles sources de chaleur. La ville, qui a déjà lancé un programme de remplacement, est confrontée à la réticence de certains de ces habitants qui craignent l’augmentation des factures de chauffage… Tandis que dans les rangs des manifestants ce jeudi, on craignait que le facteur économique ne fasse reculer la prise de conscience sanitaire .

Valentin Jedraszyk

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