Argentine : « Plus jamais une femme n’avortera seule », par Margaux Belanger

Jeudi 9 août 2018. Au petit matin, l’Argentine apprend le vote des sénateurs : ces derniers rejettent le projet de loi donnant libre accès à l’avortement. Notre lectrice, Margaux Belanger, arrivée en Argentine cet été, raconte l’après. 

C’est un non.

Avec 31 voix pour, 38 voix contre et deux abstentions, le projet de légalisation de l’interruption volontaire de grossesse, approuvé par les députés le 14 juin dernier, est rejeté par le Sénat argentin dans la nuit.

Le Sénat argentin au lendemain du rejet du projet de loi sur le droit à l'avortement, décoré des affiches bleues, placardées par les pro-vie, contre le droit à l'avortement. Crédits : CrossWorlds / Margaux Belanger

Le Sénat argentin au lendemain du rejet du projet de loi sur le droit à l’avortement, décoré des affiches bleues, placardées par les pro-vie, contre le droit à l’avortement. Crédits : CrossWorlds / Margaux Belanger

 

Les militants anti-IVG fêtent le résultat avec allégresse tandis que, accentué par la pluie glaciale qui balayait la Place du Congrès depuis plusieurs heures, le désespoir des milliers de militants pro-IVG est immense face à l’annonce du résultat à 02 :44 du matin.

Le lendemain, dans une rue proche du Congrès, tapissée d’affiche pro-IVG couleur verte, symbole de l’avortement légal, libre et gratuit, je discute avec des militantes pro-IVG qui m’affirment que « la situation aujourd’hui, le jour d’après, reste la même, il n’y a eu aucun changement, nous continuerons à avorter dans la clandestinité ».

Le Sénat argentin au lendemain du rejet du projet de loi sur le droit à l'avortement, décoré des affiches bleues, placardées par les pro-vie, contre le droit à l'avortement. Crédits : CrossWorlds / Margaux Belanger

Le Sénat argentin au lendemain du rejet du projet de loi sur le droit à l’avortement, décoré des affiches bleues, placardées par les pro-vie, contre le droit à l’avortement. Crédits : CrossWorlds / Margaux Belanger

 

Malgré tout, ce projet de loi a été l’occasion d’ouvrir le débat sur la question de l’avortement en Argentine, notamment chez la jeunesse, ce dont les militantes se félicitent.

Le vote contre le droit à l’avortement est souvent expliqué par l’attachement aux valeurs chrétiennes des Argentins. Pourtant, ce n’est pas l’avis de cet homme d’une soixantaine d’années, que je rencontre quelques rues plus loin. Lui précise qu’en tant que catholique, et ayant suivi toute sa vie une éducation très religieuse, il est pour la légalisation de l’avortement car « ce n’est pas un combat de la vie contre la mort mais bien celle de la liberté de choisir contre la contrainte de subir ».

 

Quant aux militants contre-IVG, aucun de ceux que j’ai croisé n’ont accepté de répondre à mes questions. Sur la place du Congrès, déserte ce vendredi 10 août, seuls survivent les foulards bleus (pour les anti-IVG) et verts (pour les pro-IVG), accrochés de part en part au mobilier urbain de la place, témoignant du débat virulent et de la mobilisation sans précédent qu’a connue l’Argentine cet hiver.

Cependant, malgré ce résultat, comme le clame fièrement Natalí, partisane de la légalisation de l’avortement :

« Il ne faut pas avoir peur les filles, c’est une défaite aujourd’hui mais, tôt ou tard, va a ser ley ! ».

Margaux Belanger (Buenos Aires, Argentine)

Avortement en Argentine: retour sur l’histoire d’une loi, rejetée par le Sénat

 

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