Le Quidditch au Canada : quand le sport dépasse la fiction, par Nadim Bel Lallahom

Etudiant français en échange à Simon Fraser University (SFU), dans la banlieue de Vancouver, Nadim a rejoint l’équipe de Quidditch de son université, le célèbre sport pratiqué à Poudlard par Harry Potter. Témoignage.
  • SFU, une université sportivement américaine

Une piste d’athlétisme surplombant le mont Burnaby, un traditionnel et incontournable terrain de football américain, quelques discrets terrains de soccer/baseball, deux gymnases. Ce ne sont donc pas les installations sportives qui manquent à SFUtown. Pourtant, la politique sportive développée par l’université a ses particularités qui font le bonheur des uns tout autant que la désillusion des autres. C’est en effet la seule université canadienne à faire partie du prestigieux championnat américain de la NCAA (pour National Collegiate Athletic Association). Autant vous dire qu’ici on ne rigole pas avec le sport de haut-niveau.
 Pour la petite anecdote, en début d’année je me suis retrouvé par erreur dans le bureau de LA coach de l’équipe d’athlé NCAA à lui détailler mes « performances », dans un bureau on ne peut plus terrifiant : autour de moi, les récompenses de « Best US coach of the year » parsemaient les meubles de l’office avec au mur les photos des équipes pro et pour en rajouter une couche, un article relatant les aventures d’une des athlètes aux J.O de Londres … Bref, j’ai frappé à la mauvaise porte. (Pour infos, les mecs courent le 1500m en 3’50).
 Du fait de son appartenance à la NCAA, SFU investit massivement dans ses équipes pro en recrutant des athlètes dans toute l’Amérique du Nord et en leur versant des bourses qui peuvent s’élever à plusieurs dizaines de milliers de dollars.

  • Brooms up ! Rejoindre une équipe de Quidditch
Logo de l'équipe de Quidditch de SFU.

Logo de l’équipe de Quidditch de SFU.

 

Renonçant à mes rêves de sportif de haut niveau, je découvre au détour d’un post Facebook la toute jeune équipe de Quidditch de SFU. Et là, c’est la Révélation !

Curieux de voir ce que cet univers me réserve, je me rends à un des premiers entrainements le pas hésitant. M’attendant à y trouver un regroupement de Potter-maniaques obnubilés par la fiction à succès, j’y découvre un véritable sport qui mixe le rugby, le handball et le dodge ball (balle aux prisonniers version compétitive), le tout accompagné d’une once de magie avec ce vif d’or humain tout de jaune vêtu, ces balais que chacun chevauche et ces anneaux qui font office de goal. J’y découvre un sport physique et rythmé, où les plaquages sont fréquents, les joueurs passionnés et animés par un même esprit compétitif et un grand fair-play.
 Après trois semaines d’entrainements, notre équipe a un nom, un logo, chaque joueur connaît sa position : les SFU Marauders sont nés !

 

  • Notre premier tournoi et notre première victoire

Tout juste un mois après la création de notre équipe, un premier tournoi s’offre à nous : le « Deathly Hallosween Tournament » organisé par UBC, l’autre université de Vancouver. Ce sera notre premier test pour évaluer notre potentiel face à des équipes de Colombie-Britannique et une équipe américaine qui ont pour la plupart déjà participé au moins à une édition de la mythique World Cup, tournoi annuel se tenant à New York et réunissant près d’une centaine d’équipes du monde entier.

Les équipes pendant le tournoi.

Les équipes pendant le tournoi.

 

8h30 – Nous sommes le Samedi 26 octobre, il est 8h30 et je viens d’arriver sur le lieu du tournoi. Au milieu d’un terrain de baseball, la couleur rouge des SFU Marauders tranche nettement avec les nuances de bleu des deux équipes de UBC, et celles de UVictoria et de University of Western Washington. L’échauffement commence, la pression se fait sentir dans nos rangs mais la bonne humeur règne : nous faisons office d’underdog dans ce tournoi et tout le monde a bien en tête que cela ne tient qu’à nous de créer la surprise.

9h30 – Nous sommes désormais 7 joueurs sur le terrain, face au 7 de UVictoria. Têtes baissées, yeux fermés, le snitch (vif d’or) s’envole rapidement hors du terrain pour une course poursuite qui ne s’achèvera qu’à la fin de ce premier match. 30 secondes s’écoulent et l’arbitre finit par lâcher le « Brooms up » tant attendu. Les 3 poursuiveurs (chasers) de SFU, suivis des 2 batteurs (beaters) et du gardien (keeper) s’élancent à l’assaut du souaffle et des cognards. Quant à moi, mon poste d’attrapeur (Seeker) m’amène à patienter cinq minutes supplémentaires sur le côté du terrain avec le seeker adverse, le temps de laisser le jeu s’engager et le vif d’or se cacher à l’écart du terrain.

De loin, je ne perds pas de temps et parcourt des yeux les alentours dans l’espoir de repérer cette tâche jaune qui une fois attrapée mettra fin au match tout en attribuant 30 points aux Marauders. Pendant ce temps, les Marauders mettent la pression sur l’équipe Uvic. Si les positionnements sont encore incertains, l’engagement physique et la motivation de ceux-ci leur permettent de percer les lignes adverses et d’enchaîner les buts. Les cinq minutes sont maintenant écoulées et avec l’attrapeur adverse nous nous lançons dans cette folle de partie de cache-cache avec le vif d’or. Joueur facétieux et élément-clé de ce sport, il peut évoluer hors du terrain où bon lui semble … Bref, on galère !

Le Snitch, alias le vif d'or

Le Snitch, alias le vif d’or 

 

Après quinze minutes de recherche infructueuse, nous retournons rapidement sur le terrain de Quidditch et l’agitation des SFU Marauders au loin, criant mon nom, me confirme que le vif d’or est déjà revenu : le sprint peut donc commencer. Coup d’oeil sur le score : 80-30 pour SFU, je peux donc me lancer à la poursuite du snitch alors que le second attrapeur ne pourra pas faire gagner son équipe avec les 30 points que rapportent la saisie du vif d’or.
 Homme courant avec un balai (moi) vs Homme courant sans balai (le vif d’or), l’équation est vite faite. Plusieurs possibilités pour s’en sortir : tout donner sur un sprint/rester au contact en attendant que le snitch s’arrête de courir, lui faire face et lutter pour choper la chaussette contenant la balle de tennis accrochée à son short. Assez crevé par la course-poursuite, je tente le tout pour le tout lorsque, à un ou deux mètres du snitch je plonge balai en main et parvient à saisir la fameuse chaussette en retombant. Le plongeon éclair a payé et pour son premier match depuis sa création les Marauders l’emportent 110 à 30.

Un coup d’oeil au match, pour se faire une idée des Moldus sur leurs balais: 

Les matchs qui suivirent furent une toute autre paire de chaussettes. Ecrasé par le physique et l’expérience de UWWashington, nous ne déméritons pas face aux équipes de UBC mais sans succès. La revanche remportée contre UVic avec un nouveau vif d’or attrapé nous permet d’accéder à la demi-finale où nous rencontrons une nouvelle fois UWW. Même si nous n’accédons pas à la finale, le score s’est bien amélioré sur ce match retour. Avec autant de victoires que la 2ème équipe de UBC mais meilleurs au goal average, nous finissons sur le podium avec une belle et surprenante troisième place.

  • Les Marauders à la conquête de l’Amérique 

Un peu moins d’un mois après notre premier match, le 23 novembre nous débarquons en terre américaine dans la ville de Bellingham pour notre second tournoi. Désormais, plus d’effet de surprise puisque UBC et University of Western Washington (UWW) nous ont déjà affrontées. Pour l’occasion, les deux équipes de UWW sont largement composées de footballeurs américains, ce qui ne laissent rien présager de bon pour nos matchs à venir. Et si cette composition d’équipe peut surprendre (qu’est-ce que des footballeurs pourraient bien venir faire dans une équipe de Quidditch ?), elle permet de mieux comprendre sur quelles bases s’est construit ce sport un peu particulier.

Oui le Quidditch reste une pratique adaptée d’un roman fantastique, mais pour en faire un sport de ce qu’il y a de plus sérieux, Alexander Manshel – connu pour avoir établi les règles de ce qu’il appelle le Muggle Quidditch (Quidditch pour moldus) – a eu l’ingéniosité de faire appel à différents sports pour en construire les bases. Ainsi, regarder un match de Quidditch vous fera rapidement penser à un mélange équilibré de handball, de football américain et de dodgeball. De part ce mélange, les joueurs doivent s’entraîner aussi bien aux plaquages et à chuter, autant qu’à atteindre leurs adversaires avec des balles de dodgeball et à se faire passer avec précision une balle de volley.

Ce sont donc quatre balles qui évoluent simultanément sur le terrain – trois de dodgeball et une de volley pour le souaffle – auxquelles vient s’ajouter un joueur-vif d’or à la fois gymnaste, sprinteur et lutteur, et des adversaires qui essaient de vous plaquer à la moindre occasion. Plus que dans cette contrainte de chevaucher un balai, la folie de ce sport réside donc dans ce mélange improbable et original, dans cette intensité physique avec des matchs qui peuvent aussi bien durer 15 minutes qu’une heure.

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Pour revenir au tournoi, nous avons fait cinq matchs pour près de quatre heures d’efforts. L’expérience et la cohésion des équipes de UBC et de UWW ont parlées et nous terminons donc ce second tournoi en bon dernier, heureux d’avoir encore une fois progressé. Les différentes blessures, plus ou moins graves, qui ont ponctué la soirée nous rappellent que l’intensité de ce sport pourtant encore trop souvent pris à la légère nécessite un entrainement et une préparation bien spécifique.

Alors que les championnats régionaux continuent sur tout le continent et que la tant attendue Coupe du Monde se profile peu à peu, une certitude s’installe dans mon esprit, confortée par le soutien d’une amie de l’équipe de Quidditch de UBC : l’an prochain, ce ne seront plus deux mais trois équipes parisiennes qui se présenteront au championnat européen, bien décidées à faire respecter le dicton. Vous l’avez donc compris, l’an prochain mon université d’origine, Sciences Po, recevra aussi sa once de magie.

 

Nadim Bel Lallahom.

 

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