En Corée du Sud : Non, ne touchez pas à mon visage ! par Claire Thomas

J’ai passé un semestre en Corée du Sud. Ce qui m’a le plus troublée dans ce pays passionnant, c’est leur culture de l’apparence. Celle qui est décrite par les statistiques – une femme sur cinq a eu recours à de la chirurgie esthétique en Corée du Sud – mais surtout, celle que j’ai pu observer quotidiennement.

Lorsque j’allais faire des courses, au GS 25 par exemple, ou encore dans un Mc Do, les calories des aliments étaient écrites de manière visible, voire ostentatoire, sur les paquets, ce qui m’a freinée de nombreuses fois. Les « gros » sont, eux, invisibles dans Séoul : dans une société collectiviste, se plier à la règle est une nécessité, toute personne différente des autres est en quelque sorte rejetée.

Innisfree, The Bodyshop, Too cool for school et autres marques de cosmétiques envahissent la ville. Pour attirer les clients, leurs vendeuses travaillent dans la rue, portent des micros et proposent des promotions. Parmi d’autres lots, elles vous offriront des stylos mais vous devrez ensuite entrer dans le magasin. J’ai, un jour, moi aussi, accepté le stylo. J’ai alors eu le droit à une leçon d’application de cinq crèmes en cinq étapes. Chaque crème devait être appliquée sur le visage d’une certaine manière : l’une était tapotée, l’autre étalée, la troisième pénétrait grâce à des massages circulaires… C’est tout un art ! Les coréennes utilisent cinq crèmes par jour et s’étalent par-dessus du fond de teint très clair pour paraître plus « occidentales ».

Crédits photo - Claire Thomas.

Sinchon. Crédits photo – Claire Thomas.

 

D’ailleurs, à Séoul, les publicités pour la chirurgie esthétique sont omniprésentes. La personne est montrée « avant » puis « après » sa métamorphose. Dans les quartiers huppés, tels que le fameux Gangnam, c’est le paradis de la chirurgie et l’on trouve des cabinets à chaque coin de rue. De nombreuses jeunes femmes reçoivent, comme cadeau de fin d’étude, l’argent pour se faire débrider les yeux. C’est comme aller chez le dentiste, avec un petit coup de scalpel en plus. Elles sont à la recherche de la perfection c’est-à-dire qu’elles souhaitent ressembler aux chanteuses de « K-pop » ou aux actrices. L’idéal est un visage avec les traits fins, de grands yeux et une peau claire.

Crédits photos – Claire Thomas.

Le soir, je pouvais visionner l’émission de télé-réalité « Let me in », qui connait un franc succès : des femmes ayant un réel handicap physique se font opérées et s’exposent à de graves conséquences pour devenir belles et désirables. Bilan : les personnes autour d’elles les considèrent autrement et les jeunes femmes ressortent éclatantes.

Moins radicale mais tout aussi parlante, l’application « Photowonder ». Elle retouche les photos : les visages sont lissés, les imperfections corrigées, les yeux agrandis. C’est pratique pour retoucher les photos destinées aux CV. La société coréenne est si compétitive que l’on ne demande pas seulement aux postulants d’être les meilleurs intellectuellement, ils doivent aussi être les plus attirants.

Un dernier exemple, le téléphone portable. Ce n’est plus seulement un outil de communication mais un véritable miroir de 5.3 pouces qui leur sert à faire des « selfies » à tout moment durant la journée. Cela m’a paru très déroutant et narcissique au départ, mais je me suis vite habituée à sourire sur ces photos avec les doigts en V et à essayer d’être aussi mignonne que mes amies coréennes.

Cette obsession de la perfection est imposée aux Coréens par des normes culturelles ancrées dans la société. Pour éviter d’être rejetés, pour avoir plus de chance dans leur vie professionnelle et leur vie amoureuse, ils préfèrent avoir recours à la chirurgie esthétique. En France, cette dernière porte une connotation négative. On préfère le « naturel » à la retouche ; et si notre « naturel » n’est pas authentique, au moins on le prétend. En Corée, l’obsession de la retouche concerne la société entière, filles comme garçons, et semble sans limite. Mais, toute règle a ses exceptions : j’ai rencontré plusieurs Coréennes, dont Sun, qui, elle, acceptait ses défauts et se moquait de la mentalité actuelle coréenne. Cet effet de mode n’est donc pas suivi par tout le monde, heureusement.

 

Claire Thomas.

Une réflexion au sujet de « En Corée du Sud : Non, ne touchez pas à mon visage ! par Claire Thomas »

  1. La Corée du Sud est classée parmi les pays où la chirurgie esthétique se pratique le plus. Le résultat est assez remarquable sur la photo. Avouez quand même que la fille s’est embellit. Mais le risque réside dans le fait qu’après les enfants ne ressemblent plus aux parents. Ce cas s’est déjà posé en Chine et le mari a divorcé car son enfant était laid alors que les époux sont d’une grande beauté. Ce n’est qu’après qu’il a découvert que son épouse a eu des interventions chirurgicales pour obtenir son visage.

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