Péripéties d’un piéton à Beyrouth, par Inès Khaldi

« Une famille libanaise de quatre personnes possède en moyenne quatre voire cinq voitures », confie une habitante du quartier de Zarif. Après quelques mois à Beyrouth, à être confronté aux véhicules en mouvement et ceux entassés sur la chaussée, on est tenté de la croire.

 

Le piéton, une espèce en voie de disparition

Dans cette ville grouillante de monde, l’abondance de véhicules explique l’absence de piétons, fuyant la pollution ambiante causée par les innombrables pots d’échappement. Les habitants préfèrent prendre leurs voitures plutôt que de se déplacer à pied. Une jeune étudiante en Histoire explique : « Pourquoi marcherais-je alors que j’ai une voiture ? ». Le Beyrouthin, aisé comme modeste, ne marche pas. Il préfère le confort de sa voiture climatisée ou d’un taxi pour le prix de quelques 2 000 à 10 000 livres libanaises (entre 1,20 et 6 euros). On comprend donc plus facilement comment en été, malgré les 33 degrés et les 80% d’humidité ambiants, les épaisseurs de fond de teint appliquées soigneusement sur les visages des citadins tiennent si bien. De même, il n’est pas surprenant de voir la plupart des locaux s’étonner au passage d’un touriste égaré. Un ami libanais barman déclare, amusé : « Quand je vois une personne marcher, je sais que c’est soit c’est une personne pauvre soit un Français… ».

 

Beyrouth, la ville de tous les contrastes. ici une voiture de luxe devant la grande mosquée Mohammad Al-Amîn. Crédit photo : Alexis Malou

A Beyrouth, les voitures de luxe côtoient la grande mosquée Mohammad Al-Amîn. Crédit photo : Alexis Malou

Un instinct de survie, le piéton développera

Beyrouth connait une « sur-automobilisation » qui engendre un risque pour la vie du piéton. Ainsi, par habitude, ce dernier développe un véritable instinct de survie face aux voitures en mouvement et aux scooters se faufilant entre deux véhicules. Son esprit d’aventurier aiguisé, il peut se retrouver dans des situations lui imposant de traverser une autoroute ou une voie rapide – le concept de passage piéton n’existant presque pas. Dès lors, la grande question est : qui du passage ou du piéton était absent le premier ?

A force d’entendre le bruit intempestif des klaxons, le piéton est sujet à des crises de colère. L’automobiliste beyrouthin y recourt pour signifier sa présence aux rares piétons mais surtout aux autres automobilistes, en sachant qu’aucun conducteur ne respecte le code de la route. Enfin, le piéton se doit de développer des qualités d’analyse car, même sur les trottoirs, il n’est pas au bout de ses surprises.

 

La Maison Jaune, Sodeco Square. Crédits photo : CrossWorlds / Camille Gerber

Un carrefour devant la Maison Jaune, Sodeco Square. Crédits photo : CrossWorlds / Camille Gerber

Les ordures, le piéton affrontera

Les automobilistes ne sont pas les seuls ennemis du piéton. Ce dernier doit aussi éviter les poubelles qui pullulent sur les trottoirs. En proie à l’odeur, aux chats errants et aux rats qui ont établi leur demeure dans les détritus suite à la crise des déchets, la vigilance est de mise. Une étudiante française en échange explique que « le bon côté avec l’hiver, c’est qu’on a toujours une écharpe à remonter sur son nez près des poubelles ».

 

Contre le climat, le piéton luttera

Les conditions météorologiques ne lui facilitent pas la vie non plus. Outre la chaleur étouffante de l’été, Beyrouth connait des hivers pluvieux, ponctués d’averses surprises, presque diluviennes, pouvant durer quelques jours. Or, les routes et les trottoirs ne sont pas adaptés à ce type de climat. Le piéton doit éviter les flaques, les trottoirs glissants ainsi que les éclaboussures éventuelles causées par le passage d’une voiture.

Il n’est par conséquent pas aisé de choisir la marche à Beyrouth. Dès l’instant où l’on sort de chez soi, il faut s’armer de patience et de courage, être prêt à affronter la pollution, la chaleur, les pluies torrentielles, les détritus, les animaux (presque) sauvages et le bruit infernal du trafic. Il faut faire face aux automobilistes tantôt fatigués de se trouver constamment dans les bouchons, tantôt inattentifs à la route ou encore à ceux qui ne comprennent pas la présence d’un piéton. Une fois préparé, marcher deviendra (presque) un plaisir !

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