Deux mois après Haiyan aux Philippines, par Simon Savry-Cattan

Le 3 novembre dernier, le typhon Haiyan traversait les Philippines d’Est en Ouest au centre du pays. Catégorisé comme l’un des plus violents de l’histoire, Haiyan a fait plus de 5.000 morts. Deux mois plus tard, Simon revient sur la catastrophe et nous livre son ressenti sur place.

Crédits photos – pinnacle.ph

Crédits photos – pinnacle.ph

Tout le monde a entendu les terribles nouvelles suite au passage du typhon Haiyan sur les Philippines. Un mois après, la situation commence enfin à s’améliorer. Le bilan est toujours terrible, dramatique. Mais petit à petit, les secours se mettent en place et les zones touchées récupèrent lentement.

Si on a beaucoup parlé de ce typhon en particulier du fait de sa taille et de ses conséquences, il faut savoir que les Philippines, comme de nombreux pays dans la région d’Asie du Sud-Est tels que l’Indonésie, le Vietnam, la Thaïlande, sont très souvent touchées par toutes sortes de tempêtes tropicales, tremblements de terre et autres cataclysmes naturels.

Les conséquences sont évidemment nombreuses : les tempêtes de grande ampleur, surtout pendant la saison des pluies, entraînent destructions d’infrastructures à grande échelle et inondations dévastatrices. Mais n’importe quel typhon de petite taille peut aussi être désastreux pour les zones sur lesquelles il s’abat : souvent et sans difficultés, les pluies peuvent causer la destruction d’habitations et constructions de pauvre qualité, mais encore, elles peuvent ruiner les récoltes pour des populations rurales extrêmement pauvres et dont l’agriculture représente souvent le seul moyen d’existence.

De manière générale, la population des Philippines est très souvent menacée par des catastrophes naturelles de nombreuses façons. Comment vivre en craignant de voir sa maison engloutie à chaque averse ? Comment fait-on face à la catastrophe ?

  • Une volonté nationale solidaire …

De notre point de vue d’étudiants en échange ici, on constate tout d’abord, en en parlant avec les philippins, une certaine acceptation : en effet, il n’y a pas grand chose d’autre à faire, quand une tempête se déclare, que  de s’y préparer comme on peut et attendre que ça passe en espérant que ça ne tombe pas sur nous. Ce qui compte vraiment, c’est l’après. Récupérer du choc.

Et c’est là qu’en tant qu’observateur extérieur, j’ai été surpris de constater l’ampleur d’une solidarité aux échelles locale et nationale très impressionnante.

Ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’ici, lorsqu’une catastrophe s’abat, tout le monde se sent concerné. Quand on voit à quel point la société philippine peut être divisée entre une classe d’élites politique et économique et une énorme partie de la population vivant dans l’extrême pauvreté, entre une majorité catholique et séparatistes musulmans, ou tout simplement entre communautés de langue et de culture différentes entre chaque région, il est très intéressant de se rendre compte que tout le monde se retrouve dans l’effort commun pour aider les victimes. Car ici, on sait qu’une catastrophe ne fera pas de différence entre ta religion, ta langue ou ton portefeuille. Tu peux être un businessman habitant une jolie maison art-déco au centre du CBD et être frappé par un flash flood. Tu peux être musulman dans les îles du Sud ou catholiques des montagnes du Nord et voir tes récoltes ravagées par les pluies. Alors tout le monde donne un coup de main, à la hauteur de ses moyens. Car au final, ça pourrait être toi.

  • … mais un manque cruel d’organisation.

Mais évidemment, la bonne volonté, qui est sûrement la ressource la plus abondante ici, ne suffit pas. Il faut être organisé pour être efficace. Et là, ça capote. Les Philippines ont beaucoup de mal à s’organiser. Bien sûr, il y a des unités gouvernementales qui essayent comme elles le peuvent de gérer la situation. Mais elles sont vites dépassées par les événements, et c’est plutôt de multiples initiatives de la part d’ONG et d’organismes publics et privés, nationaux et internationaux qui se déploient. Du coup, ça devient vite le bazar.

Communications coupées et infrastructures de transport détruites ont fait qu’en pratique, on ne sait ce qu’il se passe dans les zones touchées par le typhon que lorsque des gens en reviennent. Des tonnes de vivres s’accumulent dans des entrepôts en attendant de pouvoir être transportées. Les gens envoient des milliers de packs de riz ou de nouilles, seulement les victimes n’ont même pas assez d’eau pour boire. Même au niveau des initiatives à plus petite échelle, c’est un cauchemar organisationnel complet. Dans notre université, une grande opération de soutien a été menée, en comptant sur le volontariat des étudiants pour venir aider à empaqueter des vivres et toutes sortes d’autres dons avant de les envoyer. Alors on a vu les gymnases engloutis par les dons et les volontaires. Tellement de dons et de volontaires que personne ne savait ce qu’il se passait et comment aider. En une demi-heure, on se retrouve à bouger un même carton à trois endroits différents avant de comprendre que là, ça ne va pas être possible. Puis on nous annonce qu’il y a bien assez de dons, mais plus de sacs plastiques pour les emballer, du coup on va devoir arrêter pour aujourd’hui. Mince.

Voilà. Maintenant ça fait deux mois. Les opérations de soutien continuent, les aides continuent heureusement d’affluer, car sans elles la situation serait déjà perdue. La vie se remet donc en place comme elle peut. Tout le monde essaye d’aider, autant que possible, à sa manière. Et c’est difficile, car les Philippines restent un pays très pauvre et en mal de bonne gouvernance sur de nombreux plans. Mais au final, un coup de main, un sourire, un merci: c’est là où l’on trouve l’espoir.

  

Simon Savry-Cattan.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *