Les JO à la russe : Sochi’ll ?, par Elliot Charpentier

Alors voilà, Vlad’ a une p’tite amie… Elle est belle et son prénom c’est… Sochi.

Ce week-end s’achèvent à Sochi, en Russie, les Jeux Olympiques d’hiver. « Ses Jeux Olympiques », comme la presse occidentale à l’habitude de les présenter, en parlant de Vladimir Poutine. Ce projet, c’est lui qui l’a voulu, qui l’a porté jusqu’en 2007 et la désignation de la ville-hôte par le Comité Officiel Olympique, et qui l’a défendu depuis, contre les critiques incessantes liées au choix du pays, à la ville et son climat, au financement, aux méthodes de construction, etc… Les russes nous promettaient les Jeux les plus gais de l’histoire et pourtant, dès la nomination, le doute l’habite, l’occidental. A l’heure du bilan, penchons-nous sur le « plus grand évènement organisé sur le sol russe depuis la fin de l’ère soviétique », et les JO d’été de Moscou en 1980, selon le président de la Fédération.

Crédits photo : Damien Meyer (AFP) pour huffingtonpost.fr

Crédits photo : Damien Meyer (AFP) pour huffingtonpost.fr

 

Le monde a découvert il y a deux semaines le visage moderne de la petite station balnéaire très prisée des russes – elle fût la préférée de Staline, et les chefs d’Etats soviétiques puis russes y ont pris leurs habitudes. Il aura fallu sept ans de travaux sans interruption sur ce qui fut l’un des plus grands chantiers du monde pour transformer le visage du littoral. Il faut dire qu’aucune infrastructure sportive, hôtelière, ferroviaire n’était adaptée à la venue de dizaines de milliers d’intermittents et de contemplateurs sur une période aussi courte. Ceci explique notamment le coût de l’évènement, le record pour des Jeux Olympiques : 40 milliards. Mais n’oublions pas que le rouble est une monnaie faible, le chiffre en devise sérieuse doit-être bien moindre, j’en suis sûr. Le russe est perfectionniste et généreux, il a donc fallu que tout le monde participe et que les choses soient faites plusieurs fois pour parvenir au résultat optimal, rien de plus.

Hormis quelques détails révélés via Touiteur grâce aux internets surveillés du site, et aux journalistes scrupuleux, tout était achevé le 7 février, date du lancement des Jeux. Un lancement auquel n’assistaient pas nombre de chefs d’Etats occidentaux, profitant de cette occasion pour montrer un rare courage politique et dénoncer, par le boycott, les récentes lois sur la famille à la sauce russe. En réalité il est rare que les chefs d’Etats assistent aux Jeux Olympiques d’hiver. Beaucoup de russes nous ont fait part de leur incompréhension, puisque ces mêmes dirigeants étaient présents en Chine six ans plus tôt, et que M. Obama venait de réaffirmer « l’amitié proche qui unit les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite », sensiblement moins libérale, nous en conviendrons, puisque l’homosexualité y est punie de mort. S’il n’y a pas d’arc-en-ciel à Sochi, c’est probablement qu’il y fait beau, mais qu’il ne pleut pas.

Crédits photo : AFP

Crédits photo : AFP

 

La cérémonie d’ouverture débutait donc à 20:14 heure locale, grandiose. Soudain, et sans crier gare, tous étaient gais et les vrais n’allaient pas tarder à voir le bout du tunnel.  Deux heures durant, la Russie regardait droit dans les yeux son Histoire, passant du blanc de la période tsariste au rouge coco, sur Channel 1, qui avait tout de même masqué la petite erreur lors de l’ouverture des anneaux, symbole représentant les cinq continents unis par le sport. Rendant hommage aux grands noms de la culture russe, des compositeurs aux écrivains en passant par les danseurs et les hommes politiques, la cérémonie lançait parfaitement ces olympiades.

Deux semaines de vacances aux sports d’hiver en mondovision : les diapos de votre tante à Argelès, version 21ème siècle. Camarade Montel en tête, Monfort, Candeloro, Salviac… France Télévisions vous offrait l’expertise que vous attendiez. Je crois pouvoir me réjouir de ne pas avoir eu accès au service public français, même si je regrette que certaines subtilités de la pétanque sur glace m’échappent encore…

La Russie lançait doucement sa moisson de titres avec sa plus grande star Evgeni Plushenko, qui lutte toujours pour le retour du mulet, et sa copine Yulia Lipnitskaya, 15 ans (ouverts d’esprits, voyez ?) nouvelle coqueluche du Bolshoi, le complexe accueillant les épreuves sur glace. Notre pays de traditions quant à lui attendit deux jours pour que ses meilleurs tireurs se remettent de leur soirée d’ouverture et décrochent l’or en Biathlon, de la chasse sur ski. Puis d’autres médailles vinrent lors d’autres chasses, souvent avec le même, Martin Fourcade. L’Allemagne tenait longtemps le haut du pavé au classement des médailles, rien de surprenant quand on connait l’efficacité des programmes d’entrainement teutons dans le passé.

 

Evgeni Plushenko - Crédits photo : Reuters pour Haaretz

Evgeni Plushenko – Crédits photo : Reuters pour Haaretz

 

Le vrai rendez-vous, c’était le hockey, avec plusieurs équipes de très haut niveau, la Russie « meilleure équipe du monde » évidemment – selon Vladimir – les USA, le Canada tenant du titre, la Finlande, la Suède. Les Américains ont éliminé les Russes en quart de finale et l’ambiance s’en est un peu ressentie, y compris ici, à Moscool. La France, pourtant décevante au début, a finalement battu le record de médailles (15, contre 11 à Vancouver en 2010 et Salt Lake City en 2002), pour se classer 10ème, devant la Chine et plein d’autres pays du tiers monde.

Le pays hôte lui, termine fièrement à la première place, ce qui constituait l’un des principaux paris, permettant de sceller définitivement la double réussite sovié… russe : sur la plan sportif d’abord, car les Jeux Olympiques sont toujours l’occasion de montrer au monde combien une nation est puissante. Sur le plan de l’organisation aussi, car tout s’est déroulé au mieux, la neige n’a pas fait défaut malgré les températures estivales, l’ambiance était bonne selon les sportifs, avec une présence de militaires même moins visible qu’à Vancouver selon certains athlètes. L’accent a été mis sur l’hospitalité et l’accueil des étrangers et il faut croire que les russes ont réussi. La fête était telle qu’elle a permis d’effacer en partie l’amertume partagée – chose rare – par l’ensemble de la société russe, de Garry Kasparov à Alexeï Navalny, devant le ‘Russia-bashing’ incessant avant et au début des olympiades. Une adversité qui a permis de souder les Russes derrière un projet considéré jusqu’alors avec un grand scepticisme, et une fierté qui faisait conclure à Nikolaï Alekseev, figure du militantisme LGBT : « ils ont la rage que l’on s’en soit sortis ».

Elliot Charpentier.

 

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