“Dating” à l’irlandaise

En Irlande, pays où l’on recense plus d’un tiers de célibataires, la recherche de l’âme sœur est un art qui se décline notamment par la pratique du « dating », répandue dans les pays anglo-saxons. La veille de la Saint-Valentin, notre correspondante vous présente ses subtilités en Irlande.

Photographie intitulée "In love", prise à Dublin, la capitale irlandaise. © Flickr/CC/Giuseppe Milo

Photographie intitulée « In love », prise à Dublin, la capitale irlandaise. © Flickr/CC/Giuseppe Milo

Petite définition du dating

Le concept du dating est souvent traduit en français par le fait d’avoir des rendez-vous galants. En pratique, c’est plus complexe.

Le côté non officiel du dating est un point essentiel de la pratique. Une personne qui a des dates (rendez-vous) est perçue comme un célibataire – et cela même si elle date quelqu’un pendant des mois. La relation devient officielle seulement après LA conversation, celle où l’on demande à la personne que l’on voit de stabiliser les rapports, c’est-à-dire de devenir exclusifs.

Car cette non-officialité se traduit par la possibilité de voir plusieurs personnes à la fois, sans qu’il n’y ait de norme quant au nombre de conquêtes simultanées. Chacun définit sa propre limite. L’idée ? Rencontrer du monde et juger du prétendu potentiel amoureux de chacun.

Pour Glendon*, étudiant dublinois en dernière année de médecine, le date peut être cruel.  “Il y a quelques temps j’avais régulièrement des dates avec une fille. On s’est vus pendant environ quatre mois et du jour au lendemain, elle a coupé tout contact sans pouvoir me dire pourquoi.” Pas en couple, pas d’attache donc pas d’explication à donner en cas d’arrêt soudain de la relation.

“So, this is a date?” (Alors, c’est un rencart ?)

Le déroulement d’un date a ses us et coutumes.

L’idée principale étant de découvrir la personne en face de vous, un rendez-vous muet au cinéma est assez proscrit. On se retrouve le soir, autour d’un verre pour discuter et apprendre à se connaître. Si le date se déroule bien, que le contact passe bien, il peut continuer en privé.

Contrairement à l’image largement véhiculée par les comédies romantiques américaines, en Irlande, on n’attend généralement pas le cap des trois rendez-vous avant un rapprochement physique. Le seul cliché vérifié est, pour les couples hétérosexuels, la volonté de fer des hommes de payer pour les verres ou le repas de la femme qui les accompagne.

Le Ha'Penny Bridge à Dublin, la capitale irlandaise, est l'équivalent du Pont des amoureux à Paris. © Flickr/CC/Stibou5

Le Ha’Penny Bridge à Dublin, la capitale irlandaise, est l’équivalent du Pont des amoureux à Paris. © Flickr/CC/Stibou5

Des dates démultipliés

Aisling*, 29 ans et étudiante en psychologie, a eu il y a deux ans son premier date avec Seamus* dans un restaurant, après s’être rencontrés virtuellement sur Tinder.

Tinder est une application développée en 2012 qui permet à ses utilisateurs d’aborder des personnes virtuellement dans le but de les rencontrer ensuite dans la vraie vie. Lorsque l’on crée son profil, on peut renseigner l’âge, le sexe ainsi que la localisation des personnes que l’on souhaite voir apparaître sur son écran. Basé sur un mode de validation du physique par des attributions de « j’aime » ou de  « non intéressé », Tinder se targue d’avoir « inventé ce système afin de rapprocher les gens uniquement lorsque l’intérêt est réciproque« . C’est désormais une référence dans le domaine de la rencontre en ligne.

Avant Tinder, Aisling* faisait partie de ces rares Irlandaises à n’avoir jamais daté. Elle avait jusqu’alors été dans une relation stable depuis longtemps.

En Irlande, une récente étude réalisée par téléphone sur un échantillon de 1000 Irlandais, âgés de 15 ans et plus, estime que 6% de la population a recours à Tinder, loin derrière Facebook (64%) ou encore Instagram (28%). Mais c’est la seule de ces applications à avoir spécifiquement pour objectif le dating.

« C’est indéniable que, grâce à Tinder, les possibilités de rencontrer des personnes en dehors de mes cercles habituels ont été décuplées”, se félicite Glendon, qui utilise l’application depuis deux ans. “Avec mon travail de médecin, très prenant, c’est parfois difficile de rencontrer du monde dans la vraie vie. »

Mais l’application exacerbe aussi le côté négatif du dating : « On rencontre plein de monde dans l’espoir de rencontrer la perle rare. C’est immédiat, rapide et facile.

« Le risque, avec le nombre de ‘dates’ potentiels qui semble illimité grâce à Tinder, c’est de toujours chercher plus. Plus drôle, plus beau, plus intelligent. »

En Irlande, le dating fait aussi recette à la télévision. L’émission « First Dates » accompagne de nombreux potentiels couples hétérosexuels et et homosexuels, de la vingtaine à une cinquantaine d’années, lors de leur premier rendez-vous. Très populaire, le programme a été renouvelé pour une troisième saison.

Olga Lévesque

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des interviewés.

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