En cinq jours, trois ministres des Finances se sont succédé en Afrique du Sud

Ce 14 décembre, un nouveau ministre des Finances, Mr Pravin Gordhan, a été intronisé en Afrique du Sud. En cinq jours, le pays a vu se succéder trois hommes à la tête de ce département, suite à quoi l’économie du pays déjà fragile a vacillé et le rand, la monnaie sud-africaine, a plongé.

Une du Times sud-africain le vendredi 11 décembre : "Donc aide-nous Dieu".

Une du Times sud-africain le vendredi 11 décembre : « Donc aide-nous Dieu »

 

Jamais deux sans trois

Le feuilleton démarre mercredi soir avec un coup de théâtre du Président Jacob Zuma. Il limoge son ministre des finances Nhlanhlah Nene, un homme respecté et reconnu pour ses compétences, sans donner de raisons officielles. Dès lors, les spéculations vont bon train. La principale explication implique la compagnie aérienne South Africa Airline, dont la présidente, une proche de Zuma, se serait vu opposée un refus de la part du ministre dans la renégociation d’accords avec Airbus. D’autres médias sud-africains, tels que News24, pointent un désaccord sur le projet de développer le nucléaire en Afrique du Sud pour faire face à la demande d’électricité, notamment au niveau du montant engagé et de la transparence exigée dans la signature d’un tel projet.

Le successeur désigné, David van Rooyen, alimente la polémique. Comparé à Nene, van Rooyen fait figure d’inconnu et est perçu comme largement inexpérimenté par la population, les médias et… les marchés qui accueillent sa nomination de manière plus que frileuse : dès mercredi soir, le rand perd brutalement de sa valeur face au dollar et à l’euro. En deux jours, il atteint des niveaux historiquement bas avec une chute de 8%, et s’établit à 1 euro pour 17,58 rands vendredi.

KJKJ3

Une de journaux sud-africains divers, le dimanche 13 décembre 2015 , Afrique du Sud, décembre 2015. Crédits photos : Crossworlds/Esther Meunier

Dans une économie déjà morose où le taux de chômage atteint 25% selon l’agence statistique officielle nationale Statistics South Africa, et où la croissance est très faible, c’est un nouveau coup dur. En quelques jours, le mécontentement se fait sentir de manière croissante. Une pétition #ZumaMustFall qui réclame la démission du Président est lancée dès vendredi 11 décembre. Elle atteint aujourd’hui plus de 163000 signatures…

C’est face à ces nombreuses critiques que Jacob Zuma retourne sa veste dans la soirée de dimanche, annonçant dans un communiqué qu’ « en tant que gouvernement démocratique, [ils] insistent sur l’importance d’écouter le peuple et de répondre à ses inquiétudes ». Pravin Gordhan est nommé en lieu et place de David van Rooyen, comme une valeur sûre revenant à l’exercice de fonctions qu’il avait déjà exercé entre 2009 et 2014.

 

#Zuma must fall

12370937_10205419088698825_5900785475094739303_o

Le nouveau ministre des Finances sud africain, Pravin Gordhan, lors de sa conférence de presse d’intronisation le lundi 14 décembre. Crédits photo : CrossWorlds/Esther Meunier

Ce lundi, lors de sa conférence de presse d’intronisation,  le nouveau ministre a tenté de rassurer les marchés autant que possible, assurant « [qu’ils n’allaient] pas prendre de décisions irréfléchies » et que « le plafond de dépense est sacro-saint ». Cela a fonctionné dans une certaine mesure, le rand reprenant quelques couleurs en ce début de semaine, à 16,59 pour un euro.

Pour autant, la confiance n’est pas entièrement regagnée. FitchRatings, une agence de notation internationale, déclare ainsi dans un communiqué que  « la nomination de Gordhan ne fait pas disparaître toute l’incertitude sur l’efficacité du gouvernement et sur la cohérence et la crédibilité de sa politique économique qui résulte de cette semaine agitée.

Jacob Zuma pourrait payer cher cette valse des ministres des Finances, si l’on considère le mécontentement grandissant de la population. Des manifestations sont prévues mercredi prochain, réclamant sa destitution.

Esther Meunier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *