L’accord de Genève sur le nucléaire iranien : chercher « la ligne rouge » en Israël

Article de la première édition de Crossworlds (2013-2014 ).

Mais oui, vous vous en souvenez de cette ligne rouge ? Celle que vous n’avait jamais réussi à franchir lors de vos compétitions d’athlétisme à l’âge de dix ans, celle de vos premiers émois, et de vos premières incompréhensions cinématographiques, devant l’oeuvre de Terrence Malick, celle un peu plus concrète, qui souligne votre 5/20 à votre épreuve de droit public. Peut-être que la limite Nord-Sud que vous avez dû tracer et retracer de manière cruelle et arbitraire sur des planisphères vierges, vous parle-t-elle davantage en matière de « ligne rouge » ? Peut-être aussi, que cette expression réveille en vous de tendres souvenirs, quand le monde n’était pas séparé horizontalement mais verticalement et que l’avenir de l’humanité reposait sur un pseudo-engin de couleur rouge reliant la Maison-Blanche au Kremlin ? Enfin, peut-être que cette ligne rouge rythme aujourd’hui votre quotidien, quand vous devez la prendre pour aller au bureau et traverser ces quinze longues stations de métro bondées, la moitié du visage écrasé contre la vitre, un bras que vous avez perdu de vue, accroché à une barre centrale assez lointaine, et un caniche allongé sur vos pieds…

Bref, il ne faut pas chercher si loin en matière de “ligne rouge” quand il s’agit de géopolitique. Une “ligne rouge”, dans le jargon des puissants et des guerres, est un peu comme le laser formé par les yeux de votre père furieux, cela signifie qu’il y a une limite à ne pas dépasser et que l’on ne devrait pas trop regarder ce qu’il y a derrière au risque de très mal finir.

Genève et la « ligne rouge » à ne pas franchir …

Ainsi, le dernier épisode de cette histoire sinueuse de « ligne rouge » est marqué par l’accord sur le nucléaire iranien le dimanche 24 novembre à Genève. Ce dernier s’inscrit dans le contexte particulier d’un isolement économique et politique de l’Iran ainsi que dans celui d’une rivalité extrême avec Israël. Déjà en septembre 2012, M.Netanyahou avait appelé la communauté internationale à davantage de fermeté quant aux projets nucléaires de l’Iran qui demeurent, pour lui, une véritable menace pour l’existence d’Israël. Ainsi, il déclarait que « tant que l’Iran ne percevra pas de ligne rouge et de détermination de la communauté internationale il ne cessera de faire avancer son programme nucléaire. L’Iran ne doit pas obtenir la bombe atomique ». Le Premier ministre israélien n’avait également pas manqué d’illustrer son propos, établissant par un schéma « la ligne rouge » au seuil de 90% d’enrichissement d’uranium, tandis qu’il considère que l’Iran était à 70%..

 

Benjamin Netanyahu dessine la ligne rouge. Crédits photo - KEITH BEDFORD, REUTERS

Benjamin Netanyahu dessinant la ligne rouge. Crédits photo – KEITH BEDFORD, REUTERS

 

Les négociations de Genève ont permis à Téhéran et aux ministres des “5+1” ( Russie, Grande-Bretagne, France, Allemagne et USA) de s’engager sur un certain nombre de mesures visant, à court terme, le rétablissement de la confiance entre l’Iran et l’Ouest et, à plus long terme, l’établissement d’un accord définitif formalisant l’interdiction de l’accès de l’Iran au nucléaire militaire. Ces mesures comportent tout d’abord des obligations pour le régime iranien : interdiction d’ouvrir de nouvelles centrifugeuses, arrêt de l’enrichissement de l’uranium à plus de 5%, destruction du stock d’uranium enrichi à plus de 20% et arrêt des travaux de remise en marche du réacteur de la centrale d’Arak. En échange de ces démarches ainsi que d’investigations plus poussées de l’Agence internationale de l’énergie atomique en Iran, le Conseil de Sécurité ( et l’Allemagne) s’engagent à stopper certaines sanctions envers le régime iranien lui permettant, selon la Maison Blanche, de récupérer 7 milliards de dollars.

Une communauté internationale satisfaite alors qu’Israël voit rouge

Cet accord a abouti à une satisfaction globale de la communauté internationale, tandis qu’Israël le condamne fermement, le considérant comme une forme de légitimation du nucléaire iranien par les grandes puissances et comme un présage au franchissement de « la ligne rouge », et se voit aujourd’hui, complètement isolé diplomatiquement. Si on ne peut rien prédire en matière de résultats concrets, cet accord a néanmoins déclenché une véritable guerre de communication entre Israël et les signataires à coup de rhétoriques cinglantes, de message postés sur Twitter et de reportages presse.

Alors que John Kerry considère que cet accord rendra « le monde plus sûr et Israël plus sûr », Benyamin Netanyahu souligne que cela n’est pas « un accord mais une erreur » laissant le « monde bien plus dangereux, parce que le régime le plus dangereux a franchi une étape significative pour obtenir l’arme la plus dangereuse du monde » en échange de  « concessions cosmétiques » de l’Iran.

En Iran, tandis que le quotidien réformateur Etemaad avait pour une « Le soleil d’un accord a brillé sur Téhéran », M. Zarif abuse de l’argument de légalité et de droit pour qualifier l’accord. Ainsi, il déclare que « le droit à la technologie nucléaire est un droit inaliénable » ou encore que le « combat mené depuis plusieurs années avait pour but que la communauté internationale reconnaisse » l’exercice de ce “droit”. Enfin, du côté des religieux, Ali Khamenei a insisté sur le fait que le droit au nucléaire était, dans le cadre des négociations, ô comble, « une ligne rouge infranchissable »…

 

Sarah.

Une réflexion au sujet de « L’accord de Genève sur le nucléaire iranien : chercher « la ligne rouge » en Israël »

  1. Israel n’a pas signé le traité de non prolifération des armes nucléaires et se trouve relativement mal placé, étant une puissance nucléaire, pour donner des leçons. Il faut croire dans les avancées de cet accord qui sera peut être respecté. Si le peuple iranien, avec la levée de l’embargo, trouve des raisons de se réjouir, c’est déjà pas mal.

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