La banalité silencieuse des violences faites aux femmes en Afrique du Sud

« Mais quand des hommes vous complimentent innocemment, vous parlez de harcèlement. Vous risquez de ne pas trouver l’homme idéal pour vous marier ! »

C’est ainsi que le Président sud-africain Jacob Zuma s’est adressé à un groupe de femmes journalistes, il y a deux semaines. Il faut dire que le Président fait pâle figure en termes de défense des droits des femmes… Polygame, accusé de viol, même si la Cour de Justice a depuis déclaré que le rapport avec la jeune femme qui l’accusait était «consenti», tout cela ne l’empêchait pas de clamer la nécessité de « faire face à ce problème et d’éradiquer la culture de la violence dans notre pays » lors du lancement des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes en novembre dernier.

Assemblée de femmes dans la province de KwaZulu-Natal. Crédits photo : Flickr/ Steve Evans

Assemblée de femmes dans la province de KwaZulu-Natal. Crédits photo : Flickr/ CC/Steve Evans

Noir tableau de statistiques

Si le comportement du Président en a outré plus d’un.e, c’est aussi parce qu’il dirige un pays dans lequel le taux de violences faites aux femmes atteint des niveaux records. Les agressions sexuelles sont monnaie courante : 53 617 cas de viols ont ainsi été recensés par la police en 2014-2015, sachant que seule une faible proportion des femmes porte plainte. Si l’on peine à évaluer précisément le nombre réel de viols à l’échelle du pays, dans la province de Johannesburg et de Prétoria, la dernière étude en date a estimé que seulement 4% des viols faisaient l’objet d’un dépôt de plainte.

Toutes les huit heures, une femme meurt sous les coups de son (ex-)conjoint en Afrique du Sud.

En 2009, c’est une femme qui meurt sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint toutes les 8 heures, selon le South African Medical Research Council. Des cas emblématiques ont fait la une des journaux en Afrique du Sud mais aussi dans le monde, comme l’assassinat de Reeva Steekamps, la compagne d’Oscar Pistorius, abattue de trois balles tirées à travers la porte des toilettes de leur maison. Ce dernier, condamné pour meurtre, attend la sentence qui devrait être prononcée en avril. Ce cas hyper médiatisé, ou encore celui d’un animateur radio sud-africain récemment condamné à 20 ans de prison pour le meurtre de sa compagne, a attiré l’attention du public sur la question.

Des violences banalisées

Pourtant, malgré les efforts fournis par les associations pour sensibiliser à la lutte contre les violences faites aux femmes, ces violations de leurs droits et de leur dignité semblent être d’une effrayante banalité dans la société sud-africaine. Ainsi, outre les déclarations de Zuma qui prouvent à quel point ces atteintes sont déconsidérées en Afrique du Sud, une étude du Institute for Security Studies menée localement dans la province de Cape Town sur un échantillon de 1378 hommes indique que 42,3% d’entre eux admettent avoir déjà fait preuve de violence à l’égard d’une partenaire au cours des 10 dernières années.

Sous silence

Et le calvaire des victimes continue malheureusement après les agressions. L’association Rape Crisis Cape Town Trust rappelle ainsi qu’il n’est pas évident pour les femmes de parler des violences qu’elles subissent « par peur des représailles de leur agresseur« , « à cause de la stigmatisation dont les victimes font l’objet« , et « de la proximité voire du lien familial qui existe souvent entre la victime et l’agresseur« .

Les services d’aide aux victimes restent aussi encore difficiles d’accès pour les femmes sud-africaines. Le gouvernement dispose d’un numéro d’aide et beaucoup d’associations proposent des services similaires ou des permanences où les femmes peuvent s’informer et chercher de l’assistance. Mais nombre d’entre elles, et en particulier les plus pauvres – qui sont aussi les premières victimes – ne le savent pas.

Vers une meilleure prise en charge ?

L’Afrique du Sud dispose pourtant d’un riche réseau d’associations féministes œuvrant pour les droits des femmes, ainsi que d’ambassadrices de renom telles que Phumzile Mlambo Ngcuka, sous-secrétaire générale de l’ONU au Droit des Femmes et Directrice Exécutive d’ONU Femmes. Le prochain objectif fixé par cette dernière est de provoquer une prise de conscience chez les hommes afin qu’eux aussi se mobilisent pour l’égalité entre les hommes et les femmes.

Esther Meunier

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