Le Brexit plâne sur l’avenir Erasmus au Royaume-Uni

L’année d’échange: une aventure que beaucoup d’étudiants se remémorent comme l’une des « meilleures années de leur vie », une expérience unique, de découvertes, de rencontres, d’apprentissage… L’auberge espagnole, ce rêve hédoniste et « séjour d’études » pourrait bientôt se finir pour les Brit.

Car le Royaume-Uni pourrait quitter l’Union Européenne, suite au référendum d’aujourd’hui qui invite les citoyens britanniques à voter pour que leur pays reste ou sorte de l’Union Européenne. Les universités, qui comptent 125 000 étudiants européens, s’en inquiètent. En effet, mobilité des étudiants, recherche, et attractivité des universités anglaises risquent d’en pâtir.

Crédits photos: Flickr/CC/Lukes_photos

Façade de l’University College London. Crédits photos: Flickr/CC/Lukes_photos

Des études en or

Aujourd’hui, les étudiants européens paient les mêmes frais que les Britanniques, et comme eux, ont accès aux prêts du gouvernement. Si le Royaume-Uni quittait l’Union européenne, les Européens pourraient quand même étudier dans les universités britanniques mais ne bénéficieraient plus de ce régime. Ils devraient payer les frais de scolarité des étudiants internationaux, qui s’élèvent à des dizaines de milliers de livres, variant d’une faculté à une autre (de 17 000 € pour une licence en Droit à University College London à 27 000 € pour une licence en Beaux Arts).

C’est que, si les Britanniques quittent l’Union, le programme de mobilité Erasmus+ pour le Royaume-Uni serait supprimé. Il faudrait alors rétablir des accords, et pour beaucoup d’universités en France et en Europe, il serait plus avantageux de choisir d’autres universités partenaires. D’après Anne-Catherine Guitard, directrice des programme à Kedge Business School à Bordeaux et interviewée par Le Figaro, il reviendrait plus cher d’envoyer les étudiants en Angleterre qu’aux Etats-Unis en cas de Brexit.

Ce qui fait tiquer Aria, étudiante actuellement à Londres et originaire d’Autriche :

« Pourquoi choisir le Royaume-Uni si les prix sont aussi élevés qu’au Canada ou aux Etats-Unis, où certaines universités sont plus réputées ?« 

Or c’est le prix accessible des études et le prestige des universités, qui attirent les étudiants. C’est en Ecosse, où le coût des études est moins élevé qu’en Angleterre et en Irlande, que le pourcentage d’étudiants européens est le plus fort du Royaume-Uni.

La baisse envisagée du nombre d’étudiants étrangers représenterait une perte économique importante pour les universités. A UCL, l’université qui se targue d’accueillir le plus d’Européens, la possibilité du Brexit met en danger 40 millions de livres en frais de scolarité.

Toutefois les universités les plus renommées ont beaucoup de moyens au-delà des fees des étudiants européens. Un “Brexit” symboliserait avant tout une perte de diversité culturelle, sur laquelle s’est construite une partie de la réputation de ses universités. D’après le président de UCL, Michael Arthur, interviewé par le journal anglais The Guardian, le Royaume-Uni perdrait son importance en tant qu’institution et comme pays.

Un “désastre” pour la recherche 

Les universités britanniques sont une success story de la mondialisation. Attirant des étudiants et chercheurs étrangers et recevant de nombreuses aides européennes, l’appartenance du Royaume-Uni à l’U.E. a eu un impact extrêmement positif sur ces universités de renommée mondiale.

Ainsi, 200 000 étudiants et 20 000 chercheurs et professeurs des universités britanniques ont étudié et travaillé en Europe à travers le programme Erasmus depuis sa création en 1987. En 2013/2014, ils étaient plus de 15,000 étudiants à avoir bénéficié du programme, d’après les statistiques d’Erasmus.

Mais un Brexit paralyserait le financement de l’éducation et de la recherche. D’après les graphiques réalisés suite à la Commission européenne par le quotidien britannique The Guardian (favorable au maintien dans l’U.E.), le Royaume Uni est le premier bénéficiaire de bourses du Conseil Européen de la Recherche (CER). Sur la base de l’excellence académique, University College London par exemple, avec Cambridge et Oxford, est l’une des universités recevant le plus de fonds du CER : à UCL, ce fond finance un chercheur sur huit.

D’après la même étude du Guardian, entre 2007 et 2013, quatre institutions britanniques (Oxford, Cambridge, UCL et Imperial) étaient dans le top 10 des bénéficiaires, hébergeant 380 projets de recherche CER, chacun d’une valeur entre 1,5 et 2,5 millions d’euros. Globalement, la recherche basée au Royaume-Uni reçoit un cinquième de toutes les aides distribuées par l’Union Européenne.

Les partisans du Remain (Rester), opposés au Brexit,  ont illustré l’importance de l’investissement européen dans la recherche avec l’investigation sur le graphene. Des recherches sur ce matériel ont débuté à l’université de Manchester en 2007 grâce aux fonds européens. Trois ans plus tard, cette même équipe a reçu le prix Nobel.

Même si leurs opposants disent pouvoir remédier au financement universitaire avec ce qu’ils “économiseraient” en quittant l’Union, le problème de la diversité culturelle se pose à nouveau. L’Union européenne a permis la collaboration scientifique entre pays. Au Royaume-Uni, la part de travaux de recherche entreprises par des universitaires internationaux est bien plus élevée qu’aux Etats-Unis, affirme encore The Guardian.

D’ailleurs, Stephen Hawking et 150 autres universitaires ont signé en mars dernier une lettre ouverte parue dans The Times dénonçant le “Brexit” comme un “désastre” pour la science et les universités britanniques.

Ces changements dans les universités ne se produiraient pas dans l’immédiat puisque la sortie du Royaume-Uni de l’Union s’effectuerait suite à un long processus de négociations. Mais pour le personnel académique et les étudiants, le futur des universités est en jeu demain. Rendez-vous à sept heures du matin demain.

Clara Hernanz

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