Leur Hollywood à eux : deuxième arrêt à Orick

Leur Hollywood à eux (2/6). Nos correspondants au Canada entament un long voyage dans l’ouest des États-Unis. Ils vous proposent de comprendre le pays qu’ils traversent à travers l’image que les habitants s’en font, à travers le film projeté dans leurs têtes pour parler de leur nation, en bref : à travers leur Hollywood à eux.

On vous parle d’Amérique et vous voyez les grandes chevauchées à travers les déserts rocailleux, des policiers qui résolvent des enquêtes un café à la main, des surfeurs-coureurs zigzagant entre les palmiers, des forêts d’immeubles éclairés ou encore des stations services perdues dans des champs de blé. Des images colorées, vibrantes – des images de cinéma. Lorsqu’enfin vous arrivez aux États-Unis, tout vous semble presque familier. Fantasmes et songes trouvent enfin un endroit où se poser. Les images des westerns se superposent aux grandes plaines arides de l’Utah, et il vous semble apercevoir l’ombre de vos personnages préférés déambuler entre les collines de San Francisco.

Vous, c’est nous. Rime et Clément. Nous avons quitté le Canada pour découvrir ce pays voisin. On observe les gens autour de nous, dont ce décor de cinéma est le quotidien. Mais quel film représente le mieux leur pays ? Quel personnage de film les rend fier ? Dans quel film aimeraient-ils vivre ? Quel film représente ce qu’ils détestent le plus des États-Unis ? Ces quatre questions guideront nos rencontres. Après un premier arrêt à Portland, on pose nos valises à Orick. 

Deuxième épisode : Orick

Orick, Californie, 357 habitants selon le dernier recensement en 2010. Non loin des immenses troncs rougeâtres du Redwoods National Park, un petit dinner accueille les travailleurs matinaux et les randonneurs en quête d’œufs frits et de bacon. Les habitués sont souvent assis seuls au bar, gobant leurs immenses plats en quelques secondes, le regard dans le vague. D’autres viennent à plusieurs, discutent vaguement en buvant une dizaine de tasses de free refill coffee (café à volonté). L’unique serveuse, les bras tatoués et les sourcils froncés, a le geste assuré. Sa voix porte loin, on entend les commandes fuser dans tout le dinner.

Taitasia, adolescente désabusée

Dans un coin, la fille de la serveuse est assise. Les cheveux blonds et le regard blasé, les yeux fixés sur son smartphone et les doigts qui papillonnent sur le clavier. L’adolescente refuse de se faire photographier. L’originalité de son prénom détonne avec son air renfrogné : Taitasia, un nom unique, aux sonorités fantastiques, que sa mère lui a inventé.

L’intérieur du Palm Cafe Motel. © Crossworlds / Clément Foutrel

L’intérieur du Palm Cafe Motel où travaille la mère de Taitasia. © Crossworlds / Clément Foutrel

 

– Quel film représente le mieux « ton Amérique » ?

Vous connaissez la série Shameless ?

Ça parle d’une grande famille, et les pères sont tout le temps bourrés…

Ça parle juste d’une grande famille qui fait plein de trucs tarés. Je connais beaucoup de gens comme ça. Je viens de l’Iowa, mais j’ai déménagé en Californie. Il y a beaucoup de gens comme ça en Californie.

Dans Shameless, ils sont une bande d’enfants avec chacun leur famille, leur mère et leur père… Pas vraiment des bons pères, mais bon… Il y a beaucoup de gens alcooliques ici. Pas forcément alcooliques, mais accro à quelque chose.

– Quel personnage de film aimerais-tu être ?

Euh… Je sais pas, peut-être la Belle dans la Belle et la Bête ? Parce que c’est un film heureux, qui se finit bien. Il y en a un tout nouveau, il vient juste de sortir.

– Dans quel film aimerais-tu vivre ?

Je sais pas, sûrement un film avec une plage, quelque chose comme ça …

– Quel film représente ce que tu détestes le plus ici ?

Sûrement un film sur un tremblement de terre, ou un tsunami. Il y en a un très bien, j’ai oublié comment il s’appelait … C’est à propos d’un grand tsunami qui détruit tout San Francisco. C’est très triste, mais c’est vraiment un bon film.

– Mais pourrais-tu nous parler d’un film que tu détestes vraiment ?

Taitasia : Je sais pas … Maman, quel film tu détestes ?

Maman : Un film que je déteste … Je dirais les films de guerre. Parce que c’est tragique. Il y a différentes sortes de tragédie, mais cette sorte-là est tragique pour tous ceux qui sont impliqués.

Taitasia : Moi, j’adore les films de guerre.

Propos recueillis par Rime Abdallah et Clément Foutrel

La bande annonce de la série Shameless, représentant l’Amérique selon Taitasia :

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