Leur Hollywood à eux : premier arrêt à Portland

Leur Hollywood à eux (1/6). Nos correspondants au Canada entament un long voyage dans l’ouest des Etats-Unis. Ils vous proposent de comprendre le pays qu’ils traversent à travers l’image que les habitants s’en font, à travers le film projeté dans leurs têtes pour parler de leur nation, en bref : à travers leur Hollywood à eux.

On vous parle d’Amérique et vous voyez les grandes chevauchées à travers les déserts rocailleux, des policiers qui résolvent des enquêtes un café à la main, des surfeurs-coureurs zigzagant entre les palmiers, des forêts d’immeubles éclairés ou encore des stations services perdues dans des champs de blé. Des images colorées, vibrantes – des images de cinéma. Lorsqu’enfin vous arrivez aux États-Unis, tout vous semble presque familier. Fantasmes et songes trouvent enfin un endroit où se poser. Les images des westerns se superposent aux grandes plaines arides de l’Utah, et il vous semble apercevoir l’ombre de vos personnages préférés déambuler entre les collines de San Francisco.

Vous, c’est nous. Rime et Clément. Nous avons quitté le Canada pour découvrir ce pays voisin. On observe les gens autour de nous, dont ce décor de cinéma est le quotidien. Mais quel film représente le mieux leur pays ? Quel personnage de film les rend fier ? Dans quel film aimeraient-ils vivre ? Quel film représente ce qu’ils détestent le plus des États-Unis ? Ces quatre questions guideront nos rencontres.

Premier épisode : Portland

Des flammes et des drapeaux rouges et noirs s’élèvent dans les rues du centre-ville tandis que des hauts-parleurs posés sur des camions blindés annoncent la prochaine charge des policiers. C’est la journée du travail à Portland ; des policiers suréquipés font face à des anarchistes encagoulés. Si une centaine de manifestants ne peut résumer une ville, Portland semble malgré tout bien incarner cette Amérique de la contre-culture. Cafés, librairies, magasins… : tout ici est conceptualisé, idée avant-gardiste. Il faut éviter, à tout prix, la culture mainstream (dominante). Une bulle de restos vegans au pays des fast-food, où l’originalité fait loi. Ici, on s’indigne à voix haute du non respect des droits de l’homme. Pourtant, devant les galeries d’art dénonçant la condition des transgenres au Mexique, sont allongés sur le trottoir des hommes et des femmes qui font la manche.

Claire, fille de la contre-culture

Non loin de là, dans un petit hostel (auberge de jeunesse), le soir tombe et la pluie s’éternise. Hipsters en robes amples et cheveux longs se repaissent tranquillement de chou kale et beurre vegan. Claire est serveuse au café de l’hostel depuis janvier. Avant, elle profitait encore des largesses du soleil californien à Humble County, sa ville d’origine. Comme la plupart des gens que l’on croise sur notre chemin, elle dit ne rien connaître au cinéma. Intriguée pourtant, elle accepte de répondre aux questions, interrompue de temps à autres par le va-et-vient des clients.

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Claire derrière le bar de l’auberge de jeunesse. © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

– Quel film représente le mieux votre vision de l’Amérique ?

Je pense que les films de Gregg Araki offrent une représentation intéressante de l’Amérique. En fait, c’est un réalisateur japonais. Il fait une description apocalyptique de la culture américaine, de comment les américains ne mangent que des burritos et de la malbouffe, et ne s’intéressent à rien.  C’est important de parler de cette culture de la malbouffe. J’aime particulièrement le film The Doom Generation (La Génération Maudite). En gros, ça parle de notre génération, et peut-être de celle d’avant aussi. C’est un film de science-fiction, avec des éléments sexuels aussi. C’est une description de la jeunesse, de cette génération d’entre-deux  qui a tous ces objets de consommation autour d’elle. On ne trouve pas ce genre de choses dans les médias mainstream ou le cinéma hollywoodien.

– Quel personnage aimeriez-vous être dans un film et pourquoi ?

Je dirais que … Mince, je n’ai pas de réponse sous la main … Je regarde beaucoup de dessins animés, donc … Princesse Mononoké, ça compte ? J’aime juste beaucoup le fait que ce soit une badass (dure à cuire) qui se bat pour la vie, et qui est proche de la nature. Ce n’est pas du tout un film américain, mais bon…

– Dans quel film aimeriez-vous vivre ?

Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, un monde fantastique j’imagine. C’est sûrement parce que j’aime les créatures surnaturelles. Dans Le Seigneur des Anneaux par exemple, j’aime le lien que les personnages ont avec la nature. Je suis bizarre, je sais.

– Quel film représente ce que vous détestez aux Etats-Unis ?

Il y a beaucoup de films que je n’aime pas beaucoup, surtout les plus récents. Je dirais sûrement les films romantiques. Aucun en particulier ne me vient à l’esprit, mais je pense surtout à toute cette mise en scène hollywoodienne, avec une femme et un homme qui tombent amoureux, tout ce décor … Cette idée que l’amour vous sauve, cette idée du prince charmant… J’ai l’impression que ça amène les gens à penser que c’est cela, l’amour, et ça m’insupporte.

La nouvelle version de la Belle au Bois Dormant (Maléfique) m’énerve, je ne sais pas trop pourquoi. Déjà, je n’aime pas vraiment Angelina Jolie. Et je n’aime pas trop les animations 3D : c’est fait par ordinateur et non pas par des gens, donc ça tue la créativité artistique.

Propos recueillis par Rime Abdallah et Clément Foutrel

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