Manifestion de femmes à Beyrouth : « Différentes causes, rage partagée »

“Différentes causes, rage partagée” : une marche a été organisée dans les rues de Beyrouth dimanche pour montrer l’unité entre les femmes au Liban, mais sans objectifs concrets communs déterminés. Notre correspondante les a suivies. 

Les douze coups de midi donnent le feu vert : quelques mille femmes et hommes, munies de pancartes en arabe, en anglais, en espagnol, sortent dans la rue. Et le très calme rond point de Adlieh, dans le sud-est de la capitale libanaise, s’anime.

À gauche, "Se figer n'est pas consentir". À droite, "Je sourirai quand on arrêtera de nous violer". Mars 2018, Beyrouth.

À gauche, « Se figer n’est pas consentir ». À droite, « Je sourirai quand on arrêtera de nous violer ». Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Une raison commune lie les manifestantes : malgré leurs différences, les « femmes libanaises sont unies », et veulent le signifier.

D’où le choix d’un dimanche pour marcher pour leurs droits, au lieu de la Journée internationale de la femme du 8 mars qui tombait un jeudi cette année : marcher un dimanche garantit que les personnes employées, les étudiants, toute catégorie sociale puissent participer à la manifestation, prêtes à élever leurs voix.

Ainsi, différentes associations féministes ont donné rendez-vous ce dimanche 11 mars à tous ceux et celles qui voudraient s’exprimer sous le slogan « différentes causes, rage partagée ».

"Nous sommes imbattables", pancarte dénonçant la violence sexiste et souvent conjugale au Liban. Mars 2018, Beyrouth.

« Nous sommes imbattables », pancarte dénonçant la violence sexiste et souvent conjugale au Liban. Mars 2018, Beyrouth.  © Wendolyn Trogneux

 

Cette manifestation vient avant les élections parlementaires qui auront lieu en mai au Liban. Le message de la manifestation était plus politisé que les années précédentes, puisque les demandes appelaient pour une vraie mobilisation et changement dans les droits des femmes du pays. Ainsi, certaines instances gouvernementales, comme la Commission Nationale pour les Femmes Libanaises (NCLW) avaient conseillé, plus tôt dans la semaine, l’annulation ou son report.

Ce message n’ayant pas été pris en compte, les quelques mille personnes réunies à cet évènement, qui a eu lieu pour la deuxième fois depuis l’année dernière, ont exprimé haut et fort leurs revendications en cette belle journée de mars. L’organisation a été menée par des associations étudiantes de l’American University of Beirut (AUB), comme Secular Club et Gender and Sexuality Club, ainsi que Kafa, organisation luttant contre la violence sexiste, ou encore le Mouvement Anti-Raciste.

"Si ton féminisme n'est pas intersectionnel, n'essaie même pas." Pancarte représentant l'esprit de la manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

« Si ton féminisme n’est pas intersectionnel, n’essaie même pas. » Pancarte représentant l’esprit de la manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

L’appel a été lancé à tous les groupes souhaitant faire partie de cette manifestation, sous une idéologie intersectionnelle.

L’intersectionnalité vise à réunir les différentes identités et expériences des femmes dans un pays où les barrières entre groupes sociaux sont loin d’avoir disparu.

Ainsi, des militants prônant différentes causes, se tiennent côte à côte dans ce parking qui attendent les derniers manifestants. À gauche, des pancartes en arabe et en anglais, tenues par des femmes syriennes. Le message est clair : solidarité avec les femmes de la Ghouta, une région pilonnée ces dernières semaines par les forces syriennes.

En face, trois drapeaux palestiniens, droits et bien hissés, décorent  le haut de la scène, soulignant la présence de la communauté palestinienne au Liban, qui réclame plus de droits.

Plusieurs drapeaux palestiniens décoraient la manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

Plusieurs drapeaux palestiniens dans la manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Des pancartes en anglais, français, arabe et même espagnol s’étalent dans l’avenue Pierre Gemayel, qui s’étend devant plusieurs immeubles gouvernementaux, comme la résidence de l’ambassadeur français au Liban, le tribunal militaire et le musée national de Beirut.

Femmes, hommes. Jeunes et âgés. Etudiants et travailleurs migrants. Trans et cis.Religieux et athés. Bien qu’on ne puisse dire que la population libanaise était représentée dans sa totalité, les plus grandes minorités, comme la diaspora syrienne et les ouvrières immigrées, étaient présentes et bien audibles. Le but ultime étant celui de montrer à quel point la société libanaise est diverse, mais peut être unie sous une même cause :

il n’y aura jamais de justice si ce n’est pour tous les groupes.

Outre les pancartes, les chants étaient à l’ordre du jour. “Min Beirut ila el 3alam” (de Beirut à tout l’univers), “thaoura” (révolution), scandent les voix fortes et claires des manifestants,  appelant les spectateurs depuis leurs balcons à descendre avec eux. Le long de la rue Basta, dans le quartier de Barbir, les foyers, enfants comme adultes, observent la manifestation depuis leurs sièges au premier rang.

Infatigables, les manifestants chantent et dansent au rythme de tambours improvisés pendant deux heures, jusqu’à arriver au parc Haoud Al-Wilaya, qui marque la fin de l’euphorie dominicale.

Devant de manifestation. Mars 2018, Beyrouth.

Devant de manifestation. Mars 2018, Beyrouth. © Wendolyn Trogneux

 

Wendolyn Trogneux

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