#MenAreTrash : les Sud-Africaines s’élèvent contre les violences genrées

Depuis quelques jours, le hashtag #MenAreTrash (les hommes sont des ordures) agite les réseaux sociaux sud-africains. Notre correspondante vous explique pourquoi.

Ce hashtag, populaire au sein de la communauté féministe connectée dans le pays, a pris une ampleur massive à la suite du meurtre de Karabo Mokoena, une Sud-Africaine de 22 ans, par son petit ami. Portée disparue le 28 avril 2017, elle a été retrouvée morte brûlée, comme l’a annoncé son père sur Facebook. La médiatisation sur les réseaux sociaux de cet événement morbide a amorcé une vague de colère quant aux violences que subissent les femmes en Afrique du Sud.

Dans un pays où une femme meurt sous les coups de son conjoint toutes les huit minutes (selon le South African Medical Research Council en 2009), l’événement est loin d’être anecdotique pour les Sud-Africaines. La même semaine, une étudiante de l’Université du Western Cape a été violée sur le campus, rejoignant la longue liste de victimes d’abus sexuels (53 617 cas de viols recensés par la police en 2014-2015, bien plus en réalité car toutes les femmes ne portent pas plainte). Pour Candice Chirwa, étudiante en relations internationales à l’université du Witswaterand, la situation est effrayante :

« Les femmes ne sont en sécurité nulle part : ni à l’école, ni dans la rue, ni même chez elles. Je pense que la mort de Karabo Mokoena a permis de réaliser cela. »

Sous le hashtag #MenAreTrash, des femmes ont partagé des histoires personnelles, des photos de femmes battues et des récits glaçants sur les abus dont elles ont été les victimes. Quelques Sud-Africains l’ont aussi relayé.

« Voici des tweets à dérouler sur comment j’ai survécu à la mort. #MenAreTrash.
Photo 1, le matin d’après.
Photo 2, le matin d’avant. »

#NotInMyName

D’autres hommes ont préféré réagir en créant leur propre hashtag, #Notinmyname (pas en mon nom), reconnaissant l’oppression et la gravité du problème. Une marche est même organisée le 20 mai à Johannesburg avec pour nom « Men March Against Women Abuse » (Les hommes marchent contre les abus faits aux femmes).

Marche prévue le 20 mai pour les hommes qui s'élèvent contre les violences faites aux femmes en Afrique du Sud.

Marche prévue le 20 mai pour les hommes qui s’opposent aux violences faites aux femmes en Afrique du Sud.

 

Certaines Sud-Africaines n’approuvent pas cette démarche qui implique, qu’encore une fois, les hommes doivent secourir les femmes. Toutefois, l’initiative reste saluée : elle montre qu’il est possible d’être un homme conscient du privilège d’être né homme.

#NotAllMen

Mais beaucoup d’hommes y voient une tendance « anti-homme » et en réponse, les hashtags #NotAllMen (pas tous les hommes) et #WomenAreTrash (les femmes sont des ordures) ont fleuri, une façon de dire pour beaucoup : « Moi je ne suis pas comme ça, ne nous accusez pas tous. » 

https://twitter.com/TheExoticDj/status/862682814482968576

« Dites que #CetHommeEstUneOrdure pas que #LesHommesSontDesOrdures. Vous commencez à nous ennuyer. »

Cela a pour conséquence de révolter encore davantage de nombreuses Sud-Africaines :

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« Ca traite les femmes de #bitches et de #salopes dans tous les hits mais le hashtag #MenAreTrash vous offusque tous. »

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« Pourquoi est-ce que #MenAreTrash vous met davantage en colère que la mort de nombreuses femmes ? »

Les arguments du type #NotAllMen sont difficilement recevables pour les Sud-Africaines puisqu’elles y voient l’outil pour dénoncer « une oppression systémique et globale ». Pour Mbalenhle Moloi, étudiante en histoire : « l’idée n’est pas de dire que chaque homme, individuellement, est une ordure mais bien de dénoncer un système ».

Dans un pays où l’apartheid a été aboli en 1994, certaines femmes ont répondu à ces hommes indignés qu’elles agissent avec la même logique que lorsque les Sud-Africains se battent contre un système de suprématie blanche : il ne s’agit pas d’accuser chaque personne blanche, mais de dénoncer l’oppression systémique qui réside dans le racisme et dans ce qui est aujourd’hui nommé le « white prilevege » (le privilège blanc). De même avec #MenAreTrash : il ne s’agit pas d’accuser chaque homme, mais de dénoncer l’oppression systémique qu’est le système patriarcal.

C’est d’ailleurs ce qu’un internaute tentait d’expliquer à travers ce post relayé par la suite par des femmes sur Twitter :

« Laissez moi expliquez « Men are trash » avec l’exemple des serpents de façon à ce que tout le monde puisse comprendre (et aussi parce que nous sommes des serpents). On sait que tous que les serpents sont dangereux, même si certains ne représentent pas un danger mortel. Cependant on n’entend jamais personne dire « certains serpents sont dangereux, d’autres ne le sont pas », ils disent juste « les serpents sont dangereux » parce qu’il est difficile pour une personne lambda de dire quels serpents sont dangereux et lesquels ne le sont pas, donc on demande aux gens de faire attention aux serpents en général. Donc même si on vous présente un serpent en vous disant qu’il n’est pas dangereux du tout, vous ne serez pas forcément à l’aise avec et vous allez prendre beaucoup de précautions parce que vous savez ce dont les serpents sont capables. C’est ce que les femmes ressentent à propos des hommes, et pourtant vous êtes toujours là à vous plaindre parce qu’elles n’ont pas spécifié que vous étiez un mec bien (vous PENSEZ que vous l’êtes). »

Hors toile

« Tous les hommes ne sont pas des violeurs, mais tous les hommes bénéficient ou participent au système patriarcal », explique encore Mbalenhle Moloi. « C’est souvent de façon inconsciente. Dommage qu’ils aient autant de mal à l’admettre et à lutter contre. »Finalement, ce que beaucoup espèrent aujourd’hui, c’est que la lutte s’étende au delà des réseaux sociaux.

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« Un statut facebook ne changera rien aux violences contre les femmes. Nous devons faire plus », affirme Mbalenhle Moloi. Cette dernière a déjà entamé la démarche : elle veut créer un groupe de self-defense pour les étudiantes de l’université de Wits à Johannesburg.

Coline Pélissier


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