MEXIQUE – Mexico assassin, Mexico victime, Mexico en feu

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Tag de la faculté de Ciencias Políticas de la UNAM à Mexico. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

Samedi 15 novembre, des forces de l’ordre (des policiers d’investigation de la Procuraduría General de Justicia del Distrito Federal) sont entrées dans la UNAM (Université Nationale Autonome du Mexique), où leur présence est interdite*. Des affrontements ont eu lieu avec des étudiants qui étaient rassemblés dans l’amphithéâtre Che Guevara, avant d’en sortir pour jeter des pierres sur les policiers, qui voulaient les déloger.

Devant la fac, des coups de feu ont retenti. Les policiers auraient blessé par balles un à deux étudiants selon les médias locaux, et pris la fuite en taxi. La colère est montée à leur encontre. Pourquoi s’introduisent-ils à l’université, lieu utilisé aujourd’hui pour les réunions pacifiques des élèves qui souhaitent se mobiliser ? L’État se transforme en monstre répressif s’autorisant des actions « préventives ».

Tout comme l’école normale d’Ayotzinapa, d’où étaient originaires les 43 étudiants disparus, la UNAM, composée de plus de 330 000 étudiants, est un lieu de contestation politique fort, au sein duquel une grande liberté d’expression a toujours été revendiquée. Cette grande université a déjà été par le passé, la scène de vastes mouvements sociaux. Ce weekend, elle se retrouve au cœur de l’actualité mexicaine, en faisant la Une de certains journaux, comme Proceso ou La Jornada.

Après l’intrusion de la police, les étudiants ont décidé d’organiser une marche pacifique, dimanche 16 novembre, pour montrer leur mécontentement. Le cortège a parcouru toute l’université, plus de 1500 personnes ont participé, d’autres universités se sont liées au mouvement (IPN, UAM…) ainsi que des parents d’élèves et des professeurs.

Assemblée du 21 Octobre 2014 à la UNAM, à l’entrée de la faculté de Ciencias Politicas. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

Assemblée du 21 Octobre 2014 à la UNAM, pour les disparus d’Ayotzinapa, à l’entrée de la faculté de Ciencias Políticas de la UNAM à Mexico. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

 

Même si l’objectif principal de cette marche est de contester la présence des forces de l’ordre dans l’université, ce qui engendre de la violence, les manifestants demandent également au gouvernement de rendre justice par rapport aux étudiants d’Ayotzinapa. Le cortège exige la démission d’Enrique Peña Nieto, ainsi que celle de José Narro Robles, le directeur de la UNAM, qui est accusé de «collaborer» avec le pouvoir exécutif et de ne pas défendre les étudiants.

Affiches qui circulent sur les réseaux sociaux, publiées sur le compte  Facebook de « Desinformémonos ».

Affiches qui circulent sur les réseaux sociaux, publiées sur le compte Facebook de « Desinformémonos ».

 

Ainsi, depuis quelques semaines, un sentiment d’indignation prend place dans les esprits, l’incompréhension envahit les réseaux sociaux, et dans la rue, les murs supportent des cris de rage. Les messages de ras-le-bol sont de plus en plus nombreux, de plus en plus grands, noirs, et de plus en plus forts.

‘1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43’

Comme ce message chiffré, placardé dans le couloir de la faculté de philosophie et lettres, qui m’a faite frissonner. 43 pour les étudiants normalistes disparus depuis un mois, dans l’État de Guerrero. Une salle de classe bien pleine, vide. Vidée par un Narco-État corrompu, qui se permet de retirer la vie pour son petit confort.

Tag de la faculté de Ciencias Politicas de la UNAM. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

Tag de la faculté de Ciencias Politicas de la UNAM à Mexico. Crédit photo: CrossWorlds/Elise Didier

Quand un maire se révèle être un criminel, qu’il ordonne l’assassinat ses opposants politiques, quand sa femme est à la tête de cartels de narcotrafiquants, quand leurs meetings sont la raison de l’enlèvement d’étudiants, et quand leurs frivolités sont la source de massacres, la question est : pourquoi s’étonnent-t-ils quand les familles sortent de chez elles, se mobilisent, se regroupent et vont réclamer justice devant le palais présidentiel ? Pensaient-ils vraiment qu’ils pourraient brûler des étudiants, sans que personne ne s’en rende compte ? En tous cas, ce mardi 18 novembre, ce sont des pneus qui brûlent devant la fac ce matin.

« La goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Voilà ce qu’écrivent les médias, pour justifier les mouvements populaires qui s’organisent. Certes, cet assassinat est peut-être celui « de trop », mais aujourd’hui, le drame d’Ayotzinapa n’est pas « la seule goutte d’eau ». Le vase dégouline.

Elise.

*Une dizaine d’années après la révolution mexicaine, UNAM est devenue autonome et indépendante du pouvoir politique. Un code intérieur protège les professeurs et les étudiants, notamment de l’ingérence des pouvoir publics ou de l’intrusion de la police,  sauf en cas de force majeur. Samedi, le cas de force majeur était le vol d’un portable ; pour lequel ils ont jugé bons de venir armés.

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