« Mon corps est politique » : au Chili, Paz transcende les frontières

Mon corps est politique (1/4). A Valparaiso, deuxième ville du Chili, notre correspondante vous invite à écouter de quatre femmes engagées, croisées là où elle ne s’y attendait pas, qui proclament leur souveraineté sur leur corps, ce territoire oublié souvent pensé par ou pour les autres dans un pays patriarcal.

Première rencontre avec Camila Paz, 26 ans, qui transcende les frontières du corps et des nations grâce au cirque et au voyage.

Camila Paz, Chilienne de 26 ans, se revendique féministe. Photo prise un jour de de pluie à Valparaiso, au Chili (2017) © CrossWorlds / Cyndi Portella

Camila Paz, Chilienne de 26 ans, se revendique féministe. Photo prise un jour de de pluie à Valparaiso, au Chili (2017) © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

Le Chili et ses femmes en 3 chiffres

  • Selon une étude statistique publiée par l’INE en 2012 : 35,1% des femmes déclarent avoir vécu une ou plusieurs situations de violence conjugale et/ou familiale.
  • Le ministère de la femme reconnaît, pour l’année 2015, 45 victimes de féminicide.
  • Les estimations de l’Université du Chili annoncent un minimum de 100 000 avortements illégaux par an.

Camila Paz et les frontières

Camila Paz a vingt-six ans, elle est chilienne et on l’appelle Paz. Elle a toujours une boîte sous le bras dans laquelle elle range les gâteaux vegan (sans protéine animale) qu’elle vend sur son chemin et ses quelques accessoires de cirque, pour s’exprimer.

Il y a trois mois, elle s’est installée à Valparaiso après un voyage de deux ans. Elle a parcouru seule plusieurs pays d’Amérique latine en finançant ses déplacements sur la route grâce à l’art de rue. Lors de son voyage, elle se rend compte que les frontières nationales n’ont aucun sens pour elle. Elle s’imagine alors que tout ce qu’elle ressent et perçoit comme une frontière est fait pour être transcendé. Sur ce continent où les violences faites aux femmes sont quotidiennes, voyager seule est un acte politique.

– Quel a été l’itinéraire de ton voyage ?

Je voulais connaître entièrement le Chili, du désert en passant par la cordillère, l’océan et les bois natifs et arriver en Patagonie. Je n’avais jamais mis les pieds dans la partie sud alors je suis partie à Chiloé, puis j’ai voyagé jusqu’à Ushuaia. Après, j’ai traversé toute l’Argentine, l’Uruguay et une partie du Brésil.

Je me suis rendue compte que peu importe où tu veux aller, tu n’as pas besoin d’argent. La seule chose dont tu as besoin pour voyager de manière indépendante en t’auto-gérant, c’est d’énergie. Tout au long de mon voyage, j’ai cuisiné et pratiqué l’art du cirque pour subvenir à mes besoins. L’art de rue m’a appris que l’on peut vivre avec peu.

– Qu’as-tu appris sur ton corps grâce au cirque et à l’art de rue ?

Pour apprendre à jongler tu dois connaître en détails ton corps et jouer en permanence avec les limites de celui-ci. Les exercices que tu te sens incapable d’exécuter, à force d’entraînement, deviennent une routine acquise avec laquelle tu peux composer. C’est un combat constant et très enrichissant car cela te pousse à ne pas rester dans ta zone de confort. Je cherche toujours à en apprendre plus sur mes limites corporelles, et à les dépasser. Je pense aussi à ce que je veux transmettre comme message, comme dans une représentation artistique.

Je crois que cet apprentissage m’a donné la force de m’affranchir du rôle de femme dans lequel on voulait m’enfermer.

Paz et son hula hoop à Valparaiso. Un jour de de pluie, 2017. © CrossWorlds / Cyndi Portella

Paz et son hula hoop à Valparaiso. Un jour de de pluie, 2017. © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

– Comment vois-tu ton corps de femme aujourd’hui ?

L’art du cirque et le voyage ont changé mon regard : mon corps transcende les barrières, celles de mes propres pensées. C’est lui qui m’a permis de m’émanciper à travers le voyage, l’art de rue et la cuisine vegan pour arriver à être auto-suffisante.

Le corps est ce qui permet de se mouvoir en fonction des idéologies auxquelles on s’identifie.

Le voyage et l’art du cirque m’ont permis de rencontrer de nombreuses femmes ; nous avons traversé ensemble nos frontières physiques et mentales. Je crois que j’ai toujours été interpellée par ces frontières qu’on nous impose : quelqu’un qui vit de l’autre côté est confrontée aux mêmes obstacles que toi mais il existe la nécessité de défendre un territoire qui à mon sens n’appartient à personne.

Propos recueillis par Cyndi Portella (Valparaiso, Chili)

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