Ce que j’ai vu à Jérusalem Est

Notre correspondante en Angleterre s’est rendue à Jérusalem Est. Après un premier épisode, elle continue son récit de ce qu’elle y a vu et entendu.

maison-detruite-jerusalem-est-crossworld-palestine

Les ruines d’une maison détruite à Jérusalem Est en novembre 2014. Crédits Photo: CrossWorlds/Clémentine Coudert

 

Les ruines de cette maison sont situées à Jérusalem Est – la partie où résident les Palestiniens. En Israel et dans les Territoires Palestiniens, il y a trois raisons de destruction possibles : militaire – lorsque la maison a été détruite au cours de ou pour faciliter une opération de l’armée , administrative – quand la maison a été construite sans permis de construire- et punitive – en répercussion a des actes violents commis par un des habitants de la maison. Des milliers de maisons et constructions sont ainsi détruites depuis des années : 27,000 depuis 1967 selon le Comité israélien luttant contre les démolitions (ICAHD). 

Les différents types de destruction. Source: ICAHD website, http://www.icahd.org/the-facts

Les différents types de destruction. Source: ICAHD website

 

Notre guide, Ruth Edmonds, une jeune femme à la double nationalité israélienne et britannique, travaille pour l’ICAHD. Elle nous raconte comment ces dernières se déroulent. La majorité des maisons palestiniennes sont bâties sans permis de construire; parce qu’en pratique, ces permis ne sont pas délivrés par l’autorité israélienne de Jérusalem. Si l’Etat israélien décide qu’il a besoin du terrain, l’administration envoie une lettre aux habitants de l’habitation en question, annonçant sa destruction prochaine. C’est tout, « aucune date n’est précisée », souligne Ruth Edmonds.

« La démolition peut arriver le lendemain, 10 jours après, 10 mois après, 10 ans après, parfois jamais »

La guide insiste sur le traumatisme que représente cette annonce pour les familles palestiniennes touchées :

« Imaginez ce que c’est de se réveiller tous les matins, et la première chose que vous faites c’est vérifier qu’il n’y a pas de bulldozer dehors »

Quand une maison est détruite, la famille reçoit ensuite une facture, et doit payer pour les frais de destruction et de nettoyage des dégâts, d’après la guide.

Le mur et ses brèches rebouchées

mur-breche-rebouchee-jerusalem-est-palestine-crossworld

Auparavant, il y avait ici une brèche dans le mur, un interstice très fin entre les deux blocs de béton, juste assez fin pour faire passer des papiers. Aujourd’hui une plaque de bois la recouvre. Novembre 2014. Crédits Photo: CrossWorlds/Clémentine Coudert

 

Le mur à été construit ici au milieu d’une zone palestinienne de Jérusalem ; les populations de chaque côté sont donc géographiquement séparées, mais elles sont toutes deux part de la population palestinienne de la ville. Vu que cette rue est maintenant barrée,  toutes les personnes qui veulent se rendre de l’autre côté doivent contourner cette section de mur, et se rendre au check point le plus proche, dont l’accès est souvent compliqué par une circulation très pénible.

« Durant une visite avec d’autres étrangers, j’ai aperçu un homme palestinien passer des documents à travers une brèche très fine du mur » raconte notre guide. « Je me suis approchée et lui ai demandé ce qu’il faisait là. ‘Je commerce avec les palestiniens de l’autre côté du mur’ m’a-t-il répondu. » L’homme donnait rendez-vous à ses clients au niveau de cette brèche, afin de leur faire passer des papiers et éviter l’attente au checkpoint, qui peut s’étendre sur une demi-journée. « Une semaine plus tard, je suis revenue avec un autre groupe au même endroit pour une visite » poursuit Ruth Edmonds.

« Mais à l’endroit où j’avais vu l’homme passer des papiers, un panneau en bois avait été posé. Impossible désormais d’utiliser la brèche dans le mur. »

Et direction le check-point.

le-mur-jerusalem-est-crossworld-palestine

Le mur de Jérusalem en novembre 2014. Crédits Photo: CrossWorlds/Clémentine Coudert

 

Infrastructures détériorées

 Jerusalem Est.

Une rue typique de Jérusalem Est en novembre 2014 ; ce paysage s’étend sur des kilomètres. Crédits Photo: CrossWorlds/Clémentine Coudert

 

Ceci est Jérusalem Est.  Il s’agit de la partie palestinienne de la ville. Alors que la partie de Jérusalem habitée par les Israéliens possède des parcs, des piscines, de belles infrastructures, et est similaire à toute ville de pays développé, Jérusalem Est semble être un autre pays. On peut repérer les bâtiments où vivent les Palestiniens aux gros tanks noirs disposés sur leurs toits: les Palestiniens sont alimentés en eau de manière irrégulière et doivent donc la stocker, selon Haaretz, l’un des plus vieux journaux israéliens et d’inspiration libérale. La pression d’eau que la ville leur fournit n’est aussi pas suffisante ; ils doivent donc stocker l’eau en hauteur.

>> Pour en savoir plus: Une publication du think tank américain Conseil des affaires étrangères et une tribune publiée dans le Stanford Daily. 

Les Palestiniens de la partie Est payent leur taxes à la ville de Jérusalem comme tous les habitants, mais ils ne reçoivent pas les mêmes services. En 1999, la ville n’investissait que 10% de son budget dans Jérusalem Est, alors qu’à cet endroit vivaient un tiers de la population, selon l’association B’Tselem, le Centre d’Information Israélien sur les droits de l’Homme dans les Territoires Occupés. A cause de ce manque d’investissement, les infrastructures se détériorent rapidement. Les ordures ne sont pas ramassées, les routes sont en mauvais états, tout comme les écoles. 90% des infrastructures d’évacuation d’eau, des routes et des trottoirs se trouvent à Jérusalem ouest.

 

L’errance politique

tombe-yasser-arafat-palestine-crossworld

Le tombeau de Yasser Arafat à Ramallah, en novembre 2014. Du haut de la tour, un rayon rouge pointe vers Jerusalem. On peut distinguer ce point rouge dans le ciel, un peu au dessus du bâtiment. Crédits Photo: CrossWorlds/Clémentine Coudert

 

Dans ce bâtiment repose Yasser Arafat. On peut voire un bassin derrière et au dessous de tombe. Yasser a demandé à n’être enterré nulle part ailleurs qu’à Jérusalem. Comme cela lui a été refusé, il repose pour l’instant à Ramallah mais métaphoriquement ‘sur l’eau’, au centre de ce bassin plutôt que sous terre. Sorte de tombe transitoire. En haut de la tour blanche, un rayon rouge est émis qui pointe vers Jérusalem (on peut voire le point rouge sur la photo). Arafat voulait être enterré uniquement sur le « Haram al-Charif » ou Esplanade des mosquées, troisième lieu saint musulman après La Mecque et Médine, où s’élève également la mosquée al-Aqsa. Un ultime vœu que de nombreux palestiniens espèrent voir un jour exaucé.

tombe-yasser-arafat-palestine-crossworld-piscine

Le tombeau de Yasser Arafat est gardé en permanence. On peut voir l’eau du bassin qui entoure tout le bâtiment à l’arrière de la photo. Ainsi Arafat est enterré ‘sur l’eau’, et non pas définitivement sous-terre. Novembre 2014. Crédits Photo: CrossWorlds/Clémentine Coudert

 

Clémentine Coudert

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *