Portrait urbain : “New York, tu l’as rêvée aussi, fantasmée même”

Notre correspondant à Montréal a pris la route vers le Sud et s’est rendu à New York. Dans un récit illustré de ses photographies, il nous livre son impatience, ses frustrations, et le bouillonnement qu’il a trouvé dans cette ville et qu’il emporte avec lui.

Bien sûr, on s’y attend. On te l’a dit et redit : New York te submergera, tu n’auras l’air de rien, de plus rien. Tu le sais,  une ville – la ville, cette ville – change un corps. Tu lèveras la tête mais le ciel n’aura plus de bleu. Tu fermeras les yeux mais le noir t’éblouira. Tu tenteras de ne plus écouter mais le silence aura fui car, là-bas, ce sont les sons qu’on respire. Tout ça tu le sais.

New York, tu l’as rêvée aussi, fantasmée même. Car, on ne sait trop pourquoi, l’écrasement a quelque chose de séduisant. Cette décomposition, tu veux la vivre ne serait-ce qu’une fois, non pas pour dire que « tu l’as fait » mais pour modeler tes sens à jamais.

Et puis tu l’as déjà vue et revue ; mais toujours à travers les autres, leurs photos, leurs récits. Tu t’es projeté tout entier dans ces gens, ces paysages , ces sons. Mais les images défilaient et tu restais dans le fauteuil rouge. Il fallait te lever.

De sorte que, dans l’avion qui t‘y mène, il n’y a rien d’autre en toi que ce mélange de savoirs et de rêves, de certitudes et d’imaginaires.

Froid inhumain : de glace et d’acier

New York, février 2017. © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017. © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Sortant du métro, une glace venteuse t’accueille. Les flocons aveuglants givrent tes cils et tu baisses la tête, masquant tes rictus dans une écharpe humide. Quand le vent suspend son souffle, tu relèves la tête : tu veux voir, retenir les premières images de cette ville qui se cache. Mais il n’y a que des ombres, de vagues silhouettes vacillant dans le vent. Les mots et les couleurs se diluent et seules les lignes noires des immeubles résistent. Il n’y a que cette lumière donnée par un camion publicitaire jaune drapé d’un drapeau américain. Une bourrasque reprend et tu replonges la tête, les yeux collés au sol.

New York, février 2017. © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017. © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Dans une station métro, tu veux trouver le repos. Mais la violence de l’architecture se substitue à celle de la nature, le flou neigeux est chassé par une lumière écrasante. En bas, au creux de cette colombe, serpentent des hommes bien trop nets. Il faut sortir de cette prison de l’irréel.

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Dehors, la glace a cessé sa course, figeant la ville et le ciel. Le soleil blanc jette maintenant sa lumière sur des tours d’un bleu bien trop pâle où tout se reflète sans qu’il n’y ait rien à montrer. Piégées dans des câbles rectilignes, les voitures flottent dans l’acier du pont de Brooklyn, filant vers des rives où les arbres n’ont plus leur place. Au-dessus de l’Hudson River et sans air, tu dois monter.

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Alors tu montes haut, là où l’homme ne monte plus, où seules quelques tiges en verre viennent briser un ciel vide. Plus de nature, plus d’homme, le monde est gris. En bas, l’air ne passe plus. Les vitres se succèdent, identiques, étouffant l’espace. Ni dessus, ni dessous, cette masse de verre et d’acier est tout : un tout de petites fenêtres carrées et d’escaliers de secours. Le regard perd prise. Sans assise, il vole d’immeubles en immeubles. Piégés, tes yeux s’enivrent et les cimes tranchantes des gratte-ciels forment peu à peu une forêt accueillante. Il est temps d’y replonger pleinement.

La sueur des briques et des hommes

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

A ton retour au sol, dans le creux des aiguilles de verre, la glace a fondu dans les vapeurs humaines. Les lignes se font courbes et l’horizon semble s’être bouché pour mieux te protéger. La brique se mêle au fer et les sons dansent dans la pierre. Tout est mouvement et il ne te reste plus qu’à tourner dans le bruit des sirènes.

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New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Le soir, les immeubles longeant Central Park baignent dans un ciel rosé. Tu rejoins alors quelques badauds qui déambulent le long du Réservoir profitant de la chaleureuse simplicité des soirées hivernales. Un peu par hasard, tu atteins finalement Harlem où un « jazz live » écrit à la craie te convainc d’y passer la soirée.

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

A l’intérieur, adossée au mur, une poignée de musiciens fait vibrer les briques et chantonner les habitués. Dans la pénombre, une octogénaire bat la mesure de ses doigts, le sourire et les yeux dans le souvenir de ses jeunes soirées. Et toi, tu es là, au milieu de ces femmes qui se déhanchent et de ces hommes qui les admirent. Tu bois ces regards qui t’entourent, tu sens cette chaleur qui t’aspire. A la pause, les bras se serrent et les rires s’élèvent, avant que les corps se mêlent de nouveau à la mélodie cuivrée du saxo.

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

New York, février 2017 © CrossWorlds / Clément Foutrel

 

Et puis, enfin, tu reprends le métro. Un métro non plus blanc comme la mort mais noir comme les traces de la vie. En face, un homme simplement.

 

Clément Foutrel

 

2 réflexions au sujet de « Portrait urbain : “New York, tu l’as rêvée aussi, fantasmée même” »

  1. Fantastique découverte de NY à travers cette écriture singulière et poétique. Très bien écrit, savamment photographié, on se régale avec cet article, merci et bravo à l’auteur Clément Foutrel !

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