Premier anniversaire de l’élection de Trump : un an « d’un président qui s’en fout »

En un an, Donald Trump “a montré que le rêve américain n’était pas réel pour ceux qui n’étaient pas des Etats-Unis.” Pour Mayela, 21 ans, citoyenne américaine d’origine mexicaine et guatémaltèque, l’anniversaire de l’élection de Trump a un goût amer.

Le Missouri est un Etat avec une petite communauté hispanique. Les Latino-Américains y représentent 4% de la population, alors que cette communauté est la première minorité du pays d’après le Pew Research Center.

Lors de l’élection présidentielle de 2016, Donald Trump a remporté l’Etat du Missouri avec 57% des voix. Un score pas étonnant : le Missouri est un “red state”, un état majoritairement républicain. À l’exception de ses deux plus grandes villes, Kansas City et Saint-Louis, qui votent majoritairement démocrate : Hillary Clinton a remporté 55% des voix dans ces zones urbaines.

Marche à Columbia, ville où se situe l'université de Mayela, après l'élection de Trump la nuit du 8 novembre 2016. © CrossWorlds / Claudia Chong

Marche à Columbia, ville où se situe l’université de Mayela, après l’élection de Trump la nuit du 8 novembre 2016. © CrossWorlds / Claudia Chong

Clinton, par défaut

Mayela a justement grandi  à Kansas City dans le Missouri. Sa mère est mexicaine et son père guatemaltèque. Tous les deux sont des immigrés, désormais citoyens américains.

Un an depuis l’élection de Trump, selon Mayela, c’est une succession de micro-agressions contre sa communauté. Ses propos contre les Mexicains pendant la campagne  étaient déjà inadmissibles pour elle, et suffisamment choquants pour qu’il n’accède pas à la présidence. “Mon grand-père qui habite au Mexique me disait que Trump allait gagner et devenir président. Mais je lui disais qu’il ne comprenait rien aux Etats-Unis et que c’était impossible.”

Elle-même a voté pour Hillary Clinton, par dépit plutôt que par conviction. “Je ne suis ni démocrate ni républicaine, et je n’aimais aucun des deux candidats. Mais vu le climat de haine dans lequel Trump essayait de mettre les gens, j’ai pensé qu’Hillary était plus apte à agir en tant que présidente.”

Elle sait que 20% des Latino-Américains ont soutenu Trump, mais n’en connaît aucun personnellement. Au sein du quartier pauvre de Kansas City où elle a grandi, les habitants étaient tous noirs ou hispaniques et ils ont voté démocrate.

L’an dernier, les témoignages collectés par notre correspondante à Washington qui avait interrogé des Latino-Américains sur les raisons de leur vote pour Donald Trump montraient la division au sein de la communauté latino-américaine : l’une des personnes interrogées confiait avoir perdu des amitiés en raison de son soutien à Donald Trump.

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Des comportements devenus “insupportables”

Mayela, elle, a grandi avec l’image de ses parents immigrés, “pas bien traités”, comme sa mère caissière “à qui des gens refusaient de parler parce qu’ils disaient qu’ils ne la comprenaient pas quand elle parlait anglais”.

Elle, qui est aujourd’hui étudiante à l’Université du Missouri à Columbia, à deux heures de route de Kansas City, ne tolère pas ce genre de comportement. “ Mes parents disent qu’il faut continuer à travailler, que c’est comme ça. Je pense que ça dérange plus les membres de la famille des immigrés, les premiers enfants à étudier dans ces familles. Nous, on ne tolère pas certains comportements parce qu’on voit comme nos parents travaillent dur pour nous payer une éducation. Les voir se faire traiter de violeurs et de voleurs, c’est insupportable.”

Marche à Columbia, ville où se situe l'université de Mayela dans le Missouri (Midwest), après l'élection de Trump la nuit du 8 novembre 2016. © CrossWorlds / Claudia Chong

Marche à Columbia, ville où se situe l’université de Mayela dans le Missouri (Midwest), après l’élection de Trump la nuit du 8 novembre 2016. © CrossWorlds / Claudia Chong

 

Une libération de la parole raciste

Le plus dur pour Mayela, c’est le racisme banalisé : Donald Trump a libéré la parole raciste, et des personnes se permettent de dire des choses qu’elles n’auraient pas dites avant :

“Maintenant, ils s’en foutent de ce que peuvent penser les autres (de leurs propos), parce qu’ils ont un président qui s’en fout.”

Elle déplore un sentiment de puissance et d’impunité chez une partie de la population blanche du Missouri. En témoigne cette expérience racontée par l’une de ses connaissances, il y a quelques mois à Kansas City : “Une fille de 17 ans, qui est encore au lycée, déjeune dans un restaurant. Elle remarque qu’un autre adolescent et le père de ce dernier la regardent bizarrement. Mais elle ne dit rien parce qu’ils ne la dérangent pas. Alors elle se retourne, commande sa nourriture et va s’asseoir. Là, l’adolescent va la voir et lui dit que ses parents doivent retourner au Mexique. Elle a rigolé, en essayant d’agir en adulte. Mais à ce moment-là, le père du garçon vient la voir, crache dans sa nourriture et lui dit qu’elle et ses parents sont stupides et doivent retourner chez eux, qu’ils n’ont pas leur place ici.”

Lorsqu’il s’était rendu sur place après l’ouragan à Porto Rico, Trump a rapidement déclenché la polémique. Il avait relativisé le bilan humain comparé à la “vraie catastrophe Katrina”.  Une vidéo du président lançant du Sopalin aux victimes de la catastrophe lors d’une distribution de vivres, qui avait également déclenché le buzz et de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, n’est qu’une indécence de plus pour Mayela.

“Je ne comprends pas comment, après tout ça, les gens peuvent penser que Trump n’est pas raciste.”

Avant Trump, « le racisme existait déjà et existera sûrement encore » après lui, concède Mayela.

« Mais Donald Trump l’a exacerbé et il faut que ça s’arrête ».

Les mandats présidentiels durent quatre ans aux Etats-Unis. Mais Mayela a un espoir : « J’espère qu’on va aller vers un procédure  d’ « impeachment », c’est-à-dire de destitution, « et qu’il ne sera pas encore président pour trois ans ». Face aux soupçons de collusion avec la Russie durant la campagne, le déclenchement d’un processus d’impeachment a été questionné par la presse américaine. Mais c’est un processus très exceptionnel, qui nécessite beaucoup de preuves, du temps et une majorité de soutien au sein du Congrès. Il semble peu probable dans l’immédiat.

Astrig Agopian

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