Les enfants de la télé : l’heure du zapping mondial

Chaque année, CrossWorlds s’emploie à vous faire découvrir le monde à travers de nombreuses paires d’yeux. Suivez les yeux d’une dizaine de nos correspondants, rivés sur la télévision dans leur pays.

Depuis le jardin de mon grand-père, on aperçoit les écrans de télévision des résidents de la maison de retraite située de l’autre côté de la rue. Petite, je me postais sur le muret afin d’en profiter moi aussi, l’accès au petit écran étant restreint chez mes grands-parents. Ainsi, je partageais à leur insu le quotidien des habitants d’en face, m’immisçant entre leurs quatre murs. Un instant d’intimité pourtant partagé par le reste de l’audimat.
Les enfants de la télé dans les pays de nos correspondants © CrossWorlds / Cyndi Portella

Les enfants de la télé dans les pays de nos correspondants © CrossWorlds / Cyndi Portella

Grâce à elle, nous avons été des millions à vivre collectivement des événements tels que la mission Apollo 11, l’enterrement de Lady Diana, l’ouverture des Jeux Olympiques de Beijing depuis les quatre coins du monde. Étonnant tour de force que de donner au monde une expérience commune, au-delà des frontières. Objet phare de la mondialisation, une révolution technologique dont le premier signal fut émis en 1925 au Royaume-Uni, devenue si commune à nos yeux qu’elle s’est peu à peu fondue dans les murs de nos salons, qu’elle s’est naturellement perchée au coin de nos PMU. Un peu moins d’un siècle passé à la regarder… mais elle, qu’a-t-elle vu de nous ? De tous ces pays où on l’a allumée, de toutes ces sociétés qu’elle a diverties, informées ?
Zapping des réponses trouvées par nos correspondants.

L’instant suspendu du programme TV

En Allemagne, notre correspondante Toscane vous propose un voyage dans le temps. Partez en RDA, où le gouvernement utilisait sans vergogne la télévision comme outil de propagande. Chez la famille Merck, le journal télévisé catalyse les tensions autour du régime.

Le premier journal du soir en RDA

En Allemagne aujourd’hui, on se souvient donc encore de ces années télévisées de la RDA. Ainsi, des Etats-Unis à la Roumanie, nous avons chacun une librairie de souvenirs liés à la télévision.

Enfant, je regardais Urgences avec ma mère le dimanche soir. Je m’intéressais peu à l’histoire mais je me réjouissais de ce moment de partage qui ne demandait aucun effort de conversation. Adolescente, j’ai développé de drôles d’amitiés centrées presque exclusivement sur l’analyse de télé-réalités et programmes de compétition (en particulier culinaires). Montrez-moi une tarte au citron revisitée, j’ai d’emblée six textos à envoyer.

Au Canada, nous avons cherché à comprendre cette mémoire de l’écran à travers les générations grâce au témoignage de deux femmes qui nous racontent leurs souvenirs, leur rapport intime avec leur téléviseur, au détour duquel on comprend la construction d’une identité francophone.

En Catalogne française, voyagez avec René, depuis son canapé. Sa vie, il l’a déjà vécue alors maintenant, il se repose et voyage à travers son écran. Car dans un monde qui bouge, rester au fond du canapé reste son droit.

La force tranquille de la télé en Catalogne française

La téloche dans l’air du temps

La télé n’est pas exempte des rapports sociaux qui se déploient dans la société. D’aucuns regardent Bibliothèque Médicis, certains préfèrent Les Anges de la Téléréalité, les uns et les autres se jugent en se gardant de zapper sur une chaîne qui ne leur est pas destinée. On peut se désoler de la popularité de tel ou tel type de contenu, snober Hanouna et se moquer des obscurs programmes de nuit de Arte ; la télé, elle, s’en lave les mains. Elle se défend, arguant être simplement le reflet d’une société, de ses obsessions… un outil cathartique ?

En Roumanie, plongez dans l’univers de Las Fierbinţi, sorte de Plus Belle la Vie local qui illustre la vie rurale du pays. Les habitants des villes, eux, se délectent du feuilleton qui leur permet de railler ces “autres”, dont ils font un point d’honneur de se différencier.

Pourquoi les Roumains aiment-ils tant détester la série Las Fierbinţi?

 

Au Mexique, les telenovelas font partie intégrante du paysage culturel. Si elles bénéficient d’une caisse de résonnance énorme à travers le pays, les portraits qu’elles peignent des femmes sont pourtant souvent problématiques. Pourtant, l’écran est bien politique, car il a un impact indéniable sur la société, et il est de plus en plus évident que les telenovelas doivent faire mieux.

Mexique : les femmes et les telenovelas, un scénario compliqué

Il y a celles qu’on représente mal, et ceux qu’on ne représente pas du tout. Les angles morts de la télévision. Comme au Canada, où les peuples autochtones n’apparaissent que trop rarement au petit écran, alors que celui-ci influence notre conception de ce qui est réel ou non, acceptable ou pas.

Au Canada, notre correspondante Hildegard a interviewé Lisa Jodoin, une réalisatrice de films documentaires qui veut rendre visible cette problématique identitaire autochtone. Entre stigmates, stéréotypes et manque de représentation, la télé est un chantier important de la lutte pour les droits des peuples autochtones.

La télé devrait-elle se réinventer ? Partout, on lit que le smartphone l’a détrôné.

Aux États-Unis, “le style de vie s’est formé autour de la télévision”. Profondément liés, le quotidien des Américains et le petit écran connaissent aujourd’hui une nouvelle phase de leur relation : avec 13% de la consommation télévisée effectuée en différée, cette relation perd sa notion d’instantanéité. Les programmes deviennent de moins en moins des rendez-vous immanquables.

La télévision aux Etats-Unis : confessions d’un écran petit mais puissant

Au Japon aussi, on pense à développer la télévision différemment. Longtemps, l’industrie des écrans a porté le pays et a été un symbole de sa puissance. Aujourd’hui, le Japon doit trouver de nouvelles perspectives de croissance et mise sur un investissement massif dans des technologies de pointe. C’est ainsi qu’est née Erica, premier robot humanoïde à présenter le journal télévisé. Une stratégie du gouvernement qui fait face à de nombreux paradoxes, dans un pays où les plus de 65 ans représentent un tiers de la population.  

Au fil des ondes, la grande histoire du petit écran japonais

La lutte pour les cerveaux disponibles

Netflix ne règne pas qu’aux Etats-Unis. Il donne accès à un catalogue mondialisé de contenus télévisuels. Certes, celui-ci varie légèrement en fonction des pays, mais une grosse masse de contenus est partagée par tous les utilisateurs. D’ailleurs, ces contenus-là sont souvent américains. Mais cette uniformisation de l’offre culturelle n’a pas attendu le streaming. Dès la fin des années 90 par exemple, le soap-opera américain Amour Gloire et Beauté était déjà diffusé en France et dans d’autres pays du monde. Une perte d’identité ou une chance de partager une culture commune ?

La télé, enter catharsis et mondialisation © CrossWorlds / Cyndi Portella

La télé, enter catharsis et mondialisation © CrossWorlds / Cyndi Portella

En Inde, les écrans de télé sont le théâtre d’une lutte entre contenus occidentaux et programmes made in India. Dans un pays de traditions, les produits nationaux ont encore de beaux jours devant eux.

La télévision made in India

Le temps d’attention des téléspectateurs fait l’objet de sérieuses rivalités. Au Chili, terre de telenovelas, ce sont les programmes turcs qui font fureur, aux dépens de certaines productions locales. Celles-ci seraient mieux alignées avec les valeurs et les traditions chiliennes, chères à une partie de leur audience.

Quand les amours de Sherezade et Onur ont plus de succès au Chili que celles de Francisco et Daniela

Au coeur de nos foyers, et de notre compréhension du monde, la lutte pour le “temps de cerveau disponible” de ceux qui s’installent derrière le petit écran est loin d’être triviale. Et vous, vous zappez avec nous ?

Laure Vaugeois

A paraître :

États-Unis, Guatemala, Géorgie, Canada

 

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