A travers le monde, des relais d’aide aux victimes de violences conjugales en (dé)confinement

Entre quatre murs. Avec un agresseur. Début avril, l’ONU alertait sur « l’horrible flambée de violence domestique » pendant le confinement. Face à ce constat, des relais d’aide inédits ont été mis en place à travers le monde. Petit tour non exhaustif des chemins pour demander de l’aide dans un chez soi hostile.

© Antonino visalli via Unsplash

© Antonino visalli via Unsplash

« De nombreuses femmes et jeunes filles se retrouvent particulièrement exposées à la violence précisément là où elles devraient en être protégées. Dans leurs propres foyers. C’est la raison pour laquelle je lance aujourd’hui un nouvel appel pour la paix à la maison, dans les foyers, à travers le monde entier. »

Ces mots, prononcés par le Secrétaire Général de l’ONU Antonio Guterrez le 5 avril dernier, sonnaient comme un cri d’alarme. Et il y avait de quoi, car « [l’]horrible flambée de violence domestique » dont il parle est bien observée statistiquement dans nombre de pays ayant mis en place un confinement pour faire face à la pandémie de COVID-19. La Secrétaire Générale d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo Ngcuka, a elle parlé d’une « pandémie fantôme ».

Dès le début du confinement en Chine, ce constat a été posé : dans un comté de la province de Hubei, les signalements ont triplé entre février 2019 et février 2020. En Pologne, le Centre des Droits des femmes a enregistré une hausse de 50% des appels de victimes en mars. En France également, les signalements ont augmenté de 30% environ dès la première semaine de confinement.

C’est une liste qui pourrait être aussi longue que celle des pays ayant mis en place un confinement ou un couvre-feu.

En plus des violences qui peuvent augmenter en raison de la promiscuité, chercher de l’aide peut être particulièrement délicat pour les victimes confinées avec leur agresseur. Face à ce risque, un certain nombre de gouvernements, d’organisations ou même d’individus ont mis en place des solutions inédites.

En Espagne, des pharmacies mobilisées

L’Espagne qui est un pays précurseur en matière de lutte contre les violences conjugales a maintenu ses services traditionnels d’aide aux victimes (ligne d’écoute, lieux d’hébergements sûrs).

D’autres mesures ont aussi été mises en place, en particulier après l’assassinat d’une femme par son conjoint, le premier féminicide « officiel » depuis le début du confinement. Messagerie instantanée avec localisation, tchat de soutien psychologique en cas de maintien au domicile ou encore campagne d’information ont ainsi été déployés.

Aux îles Canaries, dès le 17 mars, ce sont les pharmacies qui ont été mises à contribution. Dans leurs officines, les victimes pouvaient se manifester en demandant des « masques 19 », avertissant ainsi les professionnels de la nécessité de composer le 112 pour elles.

Cette initiative s’est par la suite étendue au reste du pays, et par delà les frontières puisqu’on l’a aussi retrouvée en France.

En France, l’OM fait un geste solidaire

En France, des points de contact dans les centres commerciaux ou supermarchés ont aussi été mis en place, en plus des pharmacies.

Des dispositifs d’alerte à distance ont aussi été déployés : les services de police sont joignables par sms au 114, l’association Solidarités Femmes a pu maintenir sa gestion du numéro 3919 et En avant toutes a élargi les horaires de son tchat en ligne.

D’autres initiatives ponctuelles ont aussi vu le jour : par exemple l’Olympique de Marseille a mis à disposition des chambres de son centre d’entraînement pour accueillir une trentaine de victimes de violences domestiques et leurs enfants.

En Afrique du Sud, une « prohibition » des temps modernes

Les violences conjugales sont régies par des dynamiques de pouvoir et de contrôle. En revanche, il existe des facteurs de risques, et parmi eux la consommation d’alcool figure en bonne place. Des enquêtes diverses auprès de victimes en attestent, et l’Organisation Mondiale de la Santé elle-même le classe comme « facteur contributeur ».

C’est l’une des raisons – parmi d’autres – qui a conduit l’Afrique du Sud à interdire l’alcool pendant le confinement a expliqué le gouvernement , espérant que cela participerait à contenir l’augmentation des violences domestiques au sein des foyers confinés.

L’effet réel de cette mesure est difficilement mesurable, mais les chiffres d’admission aux urgences pour des blessures liées à des violences ont effectivement plongé de 34 000 admissions à 12 000, « un impact significatif » selon le Professeur Charles Parry, cité par la BBC.

La perspective du déconfinement et la levée de l’interdiction de vente d’alcool qui va avec a tout de même suscité des inquiétudes, bien que des associations estiment que s’attaquer à la consommation d’alcool est insuffisant pour lutter contre les violences domestiques.

En Pologne, un e-shop relais d’aide

Pour permettre aux victimes de chercher de l’aide discrètement, sans alerter leur agresseur, la créativité est de mise.

C’est ainsi que Krysia Paszko, une jeune polonaise, a eu l’idée de créer une boutique en ligne sur Facebook : sous ses apparences d’e-shop traditionnel, présentant crèmes, lotions et produits de beauté en tout genre, c’est en réalité un soutien que peuvent venir chercher les victimes de violences.

Capture d’écran de la « boutique » de Krysia Paszko.

Capture d’écran de la « boutique » de Krysia Paszko.

En demandant des cosmétiques naturels la cliente avertit qu’elle a besoin d’aide, en donnant son adresse pour une livraison immédiate, l’information est transmise à la police locale qui intervient.

L’initiative attirant rapidement de nombreuses demandes, Krysia Paszko s’est par la suite entourée du Centre des Droits des femmes pour un meilleur suivi. Depuis son lancement, les forces de l’ordre ont pu intervenir à plusieurs reprises grâce à cette initiative.

Au Brésil, des justicières sur WhatsApp

Au Brésil c’est la procureure de justice Gabriella Manssur, de l’état de Sao Paulo qui est à l’origine d’un réseau de volontaires mobilisés sur WhatsApp : le projet Justicieiras.

Des médecins, juristes, travailleurs et travailleuses sociales, ont mis leurs compétences à disposition des victimes de violences machistes.

Réunis ainsi, les bénévoles se mobilisent pour trouver des solutions rapides aux situations les plus urgentes, mais aussi simplement pour s’entretenir avec les victimes et pouvoir les conseiller en matière de santé psychologique et physique ou encore de justice.

En Inde, une nouvelle ligne d’appel

La prévention et les campagnes de sensibilisation constituent souvent le premier outil pour lutter contre les violences domestiques.

C’est le cas en Inde, où la condition des femmes est déjà en temps normal très dégradée :  selon lune enquête nationale effectuée en 2015/2016, une femme sur trois déclarait avoir déjà été victime de violences domestiques.

A l’occasion du confinement, entres autres initiatives, un numéro WhatsApp qui n’était plus utilisé depuis un certain temps a été relancé : une plainte sur six serait parvenue auprès de la Commission Nationale des Femmes par ce biais.

D’autres moyens de joindre l’organisation ont par la suite été publicisés : adresses emails, réseaux sociaux, site Internet, afin de permettre aux victimes, plus nombreuses qu’en temps normal si l’on en croit le nombre de signalements reçus, de chercher de l’aide.

Des défis à venir

Si toutes ces initiatives ont bien sûr en partie porté leurs fruits, il sera nécessaire selon les associations de maintenir un fort niveau de vigilance dans les semaines et mois qui vont suivre le confinement.

C’est pourquoi l’association « En avant toutes », qui a étendu les horaires de son tchat depuis le début du confinement, prévoit de les maintenir ainsi pendant au moins 4 mois. Louise Delavier, membre de l’association, explique :

« C’est au moment du déconfinement que beaucoup de femmes, qui jusqu’ici prenaient leur mal en patience en quelque sorte, vont décider de sortir. Il faudra les moyens pour les aiguiller vers les bons dispositifs et les mettre en sécurité ».

 

Esther Meunier

 

Retrouvez nos autres articles liés au confinement :

Avec le confinement, le JT de 20 heures devient rituel, même pour les jeunes

Italie, Japon, Algérie… Confinés, à leurs fenêtres, ils ont découvert un autre monde

Confinés et engagés : des chambres d’hôtel pour convalescents du Covid-19

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *