Afrique du Sud : Blackberry my baby, Whatsapp pour la vie

Frejya appuie sur les touches de son téléphone, elle envoie un message. Mais ce n’est pas un sms, bien que ça en ait la forme. Elle a adopté l’une des applications qui permettent aujourd’hui de communiquer instantanément, en utilisant Internet comme canal de transmission.

Ici, les SMS se font rares face à ces moyens alternatifs de communication, et si ces applications sont si populaires, c’est à cause du prix. En moyenne, un SMS en Afrique du Sud coûte 0,30 rand lorsqu’il est inclus dans un forfait. Et ce qui se rapproche le plus d’un forfait avec SMS illimité en offre 500, à 0.22 rand le SMS environ.

Cela revient à 2 centimes d’euros, ce qui peut sembler dérisoire, mais le prix des communications reste élevé pour les Sud-africains qui consommaient à hauteur de 3 972$ (constante année 2000) par personne en 2014. Ils sont pourtant nombreux à avoir un téléphone, y compris chez les plus pauvres. Ils dépensaient en moyenne 2,8% de leur revenu dans les communications en 2010/2011 selon Statistiques South Africa, l’institut national de statistiques. A titre de comparaison, en France en 2014 les communications représentaient 1,9% des dépenses des ménages selon l’INSEE. C’est dans cette brèche que différentes applications telles que BlackBerry Messenger ou Whatsapp se sont engouffrées.

B.B. my old baby

 

KJKJ3

Des offres BlackBerry chez MTN, l’un des principaux opérateurs téléphoniques du pays. Afrique du Sud, Décembre 2015. Crédits photo : CrossWorlds / Esther Meunier

 

La première a d’ailleurs pendant longtemps été dominante, et l’atout de la marque Black Berry sur bon nombre de marchés émergents dont l’Afrique du Sud. La marque offre un Black Berry Internet Service (BIS) : un service internet à coût très réduit grâce à la compression des données, qui a séduit beaucoup d’utilisateurs. Le BIS permet notamment de communiquer de manière illimitée sur BlackBerry Messenger, l’une des applications qui se sont substituées à l’usage des sms.

Selon les offres auxquelles on souscrit, on peut par exemple bénéficier en plus des réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter de manière illimitée, pour 50 à 60 rands par mois, soit l’équivalent de 3 à 4€. C’est d’ailleurs ça qui a poussé Frejya à garder son vieux téléphone BlackBerry, bien que l’écran soit cassé, et que le système soit qualifié par bon nombre de personnes de « pourri » – elle-même le reconnaît. Le marché des BlackBerry a fructifié en Afrique du Sud. Encore en 2015, le BlackBerry Z3 était le smartphone le plus vendu selon PhoneFinder, un comparateur de prix spécialisé dans la téléphonie mobile. Mais les vieux modèles d’occasion sont aussi en demande, puisque les nouveaux téléphones de la marque ne supportent plus le BIS. Et ça a eu un impact sur les prix comme le confirme Freyja : « J’ai acheté le mien en Allemagne, sur e-Bay, bien moins cher qu’un BlackBerry tombé du camion ici. »

20160205_182219 - Copie

Lorsque les prix l’emportent sur l’état du téléphone : un utilisateur de BlackBerry en Afrique du Sud, Février 2016. Crédits photos : CrossWorlds / Esther Meunier

WhatsApp pour la vie ?

Mais cette « BlackBerry mania » perd en vitesse. Le vendeur à qui je demande des informations sur ce service BlackBerry me confirme d’ailleurs que les forfaits sont toujours offerts par un certain nombre d’opérateurs, mais que les consommateurs se tournent vers d’autres offres. « Sinon, je peux vous proposer le forfait WhatsApp illimité pour 5 rands par mois », me conseille-t-il. Ca équivaut à 30 centimes d’euros. Et ça explique pourquoi Whatsapp est si répandu en Afrique du Sud.

Pour le prix d’environ 16 SMS par mois, on peut envoyer autant de messages que souhaités. L’application bénéficie de ce type de partenariats.

« WhatsApp est omniprésent en Afrique du Sud en tant qu’application de messagerie instantanée, elle bat BlackBerry Messenger et WeChat en terme de popularité », selon Lehlohonolo Mokenela, un analyste industriel chez Frost & Sullivan cité par Forbes à ce sujet.

L’Afrique du Sud est même le premier marché pour cette application en 2015 selon une étude de GlobalWebIndex. D’ailleurs, dans le peu de SMS reçus en 6 mois ici, les ¾ me posaient la question : « T’es pas sur Whatsapp ? ».

P1100534

Inscription sur l’application WhatsApp en Afrique du Sud, Janvier 2016. Crédit Photo : CrossWorlds / Esther Meunier

 

Cela pose la question de la neutralité du Net – ce principe fondateur d’Internet qui garantit qu’aucun contenu ne soit accessible plus vite, ou plus facilement que d’autres. Et le parlement sud-africain va décider dans le mois à venir s’il doit ou non réguler WhatsApp. En attendant, les consommateurs y trouvent en général leur bonheur. Une telle offre, surtout lorsqu’on fait partie des 25% de la population sud-africaine au chômage, ça n’a pas de prix – ou justement si : le moins cher.

Esther Meunier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *