A Berlin, des réfugiés kurdes à la recherche du toit perdu

200 000 réfugiés sont arrivés en Allemagne sur le seul mois d’octobre. Angela Merkel dégringole dans les sondages . Après avoir affirmé et répété que les réfugiés trouveront, en Allemagne, un toit, elle semble maintenant hésiter. Rencontre avec Hamad et Jamil, deux Kurdes à la recherche du toit perdu.

Dans les hangars de Tempelhofer Feld, des réfugiés dorment sous des tentes. Novembre 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Inès Bouchema. Crédits graphisme : CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

Dans les hangars de Tempelhofer Feld, des réfugiés dorment sous des tentes. Novembre 2015. Crédits photo : CrossWorlds/Inès Bouchema. Crédits graphisme : CrossWorlds/Théo Depoix-Tuikalepa

 

La vie des autres

De nombreux réfugiés fuyant l’horreur de Daech ont été placés provisoirement dans les hangars de Tempelhofer Feld. Curieuse histoire pour cet aéroport imaginé pendant la République de Weimar, construit par les nazis, utilisé par les Américains pendant le pont aérien, définitivement désaffecté par référendum en 2014 et dont les hangars sont aujourd’hui les nouveaux toits d’environ 2000 réfugiés.

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Les hangars de Tempelhofer Feld, Berlin, Novembre 2015. Crédits Photos : CrossWorlds/Inès Bouchema

 

Comment ces néo-Berlinois vivent-ils sous leur nouveau toit : angoissés ? Déboussolés ? Libérés ? Dans cette gigantesque halle gérée par une entreprise, 750 personnes sont installées. Dans celle d’à côté, pas moins de 1 300 hommes ont aussi trouvé refuge. Des panneaux posés un peu partout interdisent en allemand et en arabe de prendre des photos. La presse « gêne » le travail de cette entreprise.

A l’intérieur, c’est l’heure de la cantine. Munis de leur bracelet et de leur numéro, les réfugiés mangent le hachis-parmentier du jour en petit groupes, accompagné de pain typiquement allemand. On aurait pu rêver meilleur premier contact avec la culture allemande, pas vraiment réputée pour sa gastronomie.

Les enfants jouent entre les tables. Des parents veillent. Ils sont en charge aujourd’hui. Une garde collective et informelle est organisée afin de permettre à chacun d’aller faire la queue dans le centre de Berlin pour récupérer son permis de séjour.

Hamad et Jamil : amis retrouvés

Pendant que tous mangent, certains en profitent pour charger leur smartphone sur la borne commune. C’est là où sont assis Hamad et Jamil, jeunes Kurdes irakiens. Hamad éclate de rire en voyant la nouvelle photo de profil de Jamil qui pose devant la Brandenburger Tor. Les portables chargés, ils sortent fumer une cigarette. Ils sont amis depuis l’enfance, et se retrouvent ici, six mois après s’être quittés en Irak.

Hamad et Jamil, Berlin, Novembre 2015. "Credits photos : Crossworlds/Inès"

Hamad et Jamil, Berlin, Novembre 2015. Credits photos : Crossworlds/Inès Bouchema

 

Leur histoire, c’est la recherche d’un toit. Les Kurdes d’Irak sont attaqués par l’organisation « Etat islamique » depuis plus d’un an, mais aussi par la Turquie depuis le 24 juillet dernier. Peu après le début des frappes, Hamad « est parti sur la route », tandis que Jamil l’avait fait quelques mois avant lui.

Pendant trois mois, ils ont changé de plafond presque chaque jour. Jamil a connu des toits propres et confortables, chez un ami en Turquie, le ciel étoilé d’une forêt en Hongrie pour échapper aux policiers « qui te tuent facilement », le ciel moins étoilé de Belgrade quelques jours, la nuit dans un taxi viennois… Pour eux deux, et pour tous les réfugiés arrivés en Allemagne, le danger est derrière eux : ils sont arrivés. Ils ont de nouveau un toit physique, et surtout symbolique.

Veulent-ils encore partir, vers l’Angleterre, ou vers la France ? Jamil sourit : « Ah non, non, c’est fini maintenant, on est ici« . Berlin est leur nouveau foyer. Grâce à Merkel. « Merkel, je l’aime, je l’aime, je l’aime  Merkel c’est ma ‘habibi’ », s’exclame Jamil en éclatant de rire. Jamil est arrivé à Berlin depuis deux mois, il a maintenant sa chambre dans un hôtel réquisitionné et il vient rendre visite à son « cousin », Hamad, après ses cours d’allemand.

Un toit, une vie ?

Pour les Berlinois, c’est « die Flüchtlingskrise », « la crise des réfugiés » : comment va-t-on trouver un toit pour ces 700 000 réfugiés arrivés en Allemagne depuis janvier, dont presque 200 000 pour le seul mois d’octobre ?  Comment va-t-on abriter 50 000 réfugiés à Berlin ? Comment va-t-on trouver un toit pour ces semaines, cet hiver, mais surtout un toit commun pour vivre ensemble ?

Pour Hamad et Jamil, le temps des questions terminé, vient celui de la construction : ils sont maintenant dans leur nouvelle maison, après la destruction de leur maison irakienne. « Ça ne me manque pas du tout », affirme Jamil avec un léger voile sur les yeux.

Leur nouveau toit allemand reste cependant à construire : Hamad voudrait bien vivre autre part que dans le hangar 2 « où il ne peut pas voir sa copine ! ». Jamil voudrait « travailler pour avoir une vraie maison ». Ils dorment actuellement sur le canapé allemand, mais espèrent trouver un toit qui sera enfin le leur.

Etienne Behar

 

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