La success story de la bouteille d’eau à Londres

Vivre à Londres, c’est un peu comme vivre un état de banqueroute perpétuelle : se poser sur une chaise dans un parc pendant trente minutes, dormir sous un toit, ou  boire une bière, chaque chose a son prix, y compris les besoins les plus élémentaires. Une bouteille d’eau coûte 2.30£ (environ 3.30€). C’est le prix d’un trajet de métro. Ou d’un café. Mais, ça semble absurde quand on sait que l’eau qui coule du robinet est parfaitement potable et quasiment gratuite.

Il était une fois la bouteille d'eau londonienne. Crédits photo : Flickr/CC/ Leo Newball, Jr.

Il était une fois la bouteille d’eau londonienne. Crédits photo : Flickr/CC/
Leo Newball, Jr.

 

Je vous l’accorde, à £2.30, Voss n’est pas de l’eau bas de gamme. Mais qu’elle se présente sous forme d’une bouteille sophistiquée ou qu’elle coule du robinet, l’eau reste essentiellement toujours la même chose : deux atomes d’oxygène, un d’hydrogène. Pourtant en Angleterre, comme dans tous les pays développés, l’eau est devenue un produit de consommation : une gamme de prix, des emballages différents, des images qui suggèrent un “lifestyle”. L’eau de Voss, dans sa belle bouteille cylindrique au capuchon argenté vaut-elle son prix ? Voss. Voss. Répetez-vous le nom, rallongez le “v”, o et ssss. C’est sexy.

Du semi-luxe

D’après Thames Water, l’entreprise qui gère l’eau publique de Londres, l’eau embouteillée est 500 fois plus chère que l’eau du robinet.  Si 1000 litres d’eau du robinet coûtent 1 pound, en achetant une bouteille d’eau, le consommateur paie en moyenne 500 fois le prix que ce qu’il paierait en ouvrant son robinet. Et encore il y a des estimations bien plus pessimistes : selon les marques, elle coûte jusqu’à 1000 fois le prix de l’eau du robinet. C’est comme si on payait 500 € une baguette de pain.  

La planète trinque

Originaire d’un village perdu dans les pins de Norvège, la bouteille Voss a parcouru près de 1612 kilomètres pour arriver jusqu’à son étagère à Londres. La distribution de l’eau embouteillée pose un problème écologique grave : pour arriver à destination, les bouteilles vendues en supermarché doivent souvent parcourir beaucoup de kilomètres, par camion ou même avion. Parfois, les bouteilles en plastique vides doivent d’abord être transportées jusqu’à la source d’eau pour être renvoyées ensuite remplies d’or bleu. C’est le cas de la très polémique et tout aussi glamour marque Fiji Water.

Au delà des émissions de CO2 liées au transport, la fabrication de bouteilles en plastique utilise de l’énergie et de l’eau. La production d’une bouteille d’eau d’1L nécessiterait le double d’eau en moyenne. Pour une bouteille d’1L, on a jeté 2 litres d’eau dans l’emballage, l’étiquette… Le processus de fabrication comprend aussi le nettoyage des usines, les sanitaires, les outils de production. C’est ce que l’on appelle l’empreinte eau.

Un marché récent

Dans l’étagère des eaux embouteillées, qui occupe ⅓ du rayon des boissons, Voss côtoie d’autres marques aux noms tout autant familiers qu’attrayants : Evian, Volvic ou Smartwater. Pourtant le phénomène de l’eau embouteillée vendue en masse est relativement récent.

L’apparition de l’eau en bouteille dans les supermarchés remonte aux années 80, quand Perrier importe son eau minérale gazeuse aux États Unis, où elle devient une alternative à d’autres soft drinks, comme le Coca-Cola. Perrier c’est la santé, le rafraîchissement, le cool. En utilisant la voix d’Orson Welles pour les spots publicitaires, l’eau embouteillée fait un boom : Perrier gagne 60 millions de dollars en bouteilles d’eau la première année.

Le marché se développe, les concurrents émergent, l’eau en bouteille pénètre les foyers. L’an dernier, les Anglais ont consommé deux milliards de litres d’eau, générant des profits à hauteur d’environ deux milliards de livres. Alors que l’eau embouteillée, hormis quelques rares indications thérapeutiques, reste un produit superflu qui dispose d’un produit de substitution beaucoup moins cher : l’eau du robinet.

Du « lifestyle » en bouteille

Qu’est ce qui pousse un consommateur a choisir les bébés qui dansent du hip hop, prendre 4 litres d’eau robinet, en jeter 3, garder le dernier et le mettre dans une bouteille en plastique ? L’hygiène ou la santé sont des raisons citées dans les enquêtes au consommateur. Mais il y a un facteur externe : le marketing. Cette machine monstrueuse à promettre la beauté, la jeunesse, la santé et même l’intelligence. Un besoin vital est devenu un symbole de statut social. Ce n’est pas l’eau que j’achète au supermarché, mais une promesse, une illusion, un lifestyle.

Dans le rayon boissons, il y a aussi du Coca à £1.25 ou du jus d’orange à £2.65 à côté de l’eau Voss. Finalement, £2.30 c’est peut être pas si cher pour une « alternative » plus saine en bouteille.

Clara Hernanz

Une réflexion au sujet de « La success story de la bouteille d’eau à Londres »

  1. La nouvelle tendance des eaux de luxe.. bon article
    C’est vrai que c’est assez étonnant , on le doit surtout aux services market qui poussent tjs plus le vis de la conso..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *