Le foot anglais, un foot aux oeufs d’or

En non-initiée du foot, j’ai dû regarder les news pour trouver « de quoi ça s’agit ». Lorsqu’on s’intéresse aux nouvelles du monde footballistique, on trouve des chiffres – qui pourraient être ceux d’une expédition sur Mars, d’un programme de rénovation de tous les monuments de Paris ou encore d’une cure contre le sida administrée à des millions de gens pendant 5 ans (sans cynisme aucun).

Alors voilà quelques chiffres trouvés pêle-mêle. Manchester United a signé un contrat de 10 ans avec Adidas pour des kits de foot d’une valeur de £750 millions. Les clubs britanniques occupent 14 places du top 30 des clubs les plus riches du classement Deloitte, allant pour la saison 2013-2014, de £518 millions en revenus pour Man United à 117,6 millions pour le petit poucet Stoke City. Manchester City enfin, vient de se doter du joueur Ivoirien de Swansea, Wilfried Bony, pour la modique somme de £28 millions. Les entreprises BT et Sky ont quant à elles deboursé 5.1 milliards de livres pour les droits de television des matchs en direct de la premire ligue britannique. Un record historique, avec une augmentation de 70% par rapport aux 3 millions de livres que BT et Sky payent d’habitude. 

source: BBC Sport http://www.bbc.co.uk/sport/0/football/31357409

Source : BBC Sport

Alors le foot, ce sport du peuple ?

A moins que le peuple soit composé de stars mondialement connues et de millionnaires, disons que le potentiel de représentativité des fans à travers les joueurs est ultra-limité. Chercher à comprendre le foot anglais c’est donc enquêter sur ce que peut bien être l’origine de cet engouement, ce qui anime tous les fans à défaut d’émouvoir les joueurs, ce lien ténu et discret entre le bon anglais moyen variant du modèle « Port-de-Tweed-et-descente-industrielle-de-pintes-face-à-la-télé-d’un-pub » au modèle « Hooligan-bestial-sinon-martial » qui fait de l’Angleterre cet écosystème footeux si particulier.

 

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Patrick MacDonals, ‘the Tackle’, 21 octobre 2008, creative commons

De l’essence du foot-business

Bill Shankly, manager de Liverpool entre 1959 et 1974, a déclaré que : “Some people believe football is a matter of life and death, I am very disappointed with that attitude. I can assure you it is much, much more important than that.” (« Certains pensent que le football est une question de vie ou de mort, et cette attitude me decoit beaucoup. Je peux vous assurer que c’est bien plus important que ca »).

Si l’on suit le raisonnement de Shankly, il nous faudra donc entrer dans la complexité des grandes idées philosophiques du foot. Voilà qu’ici, au-delà de la question futile de la vie et de la mort, on touche au domaine des droits télés, de l’ajout ou non de quelques millions de livres à des salaires déjà mirobolants, aux milliardaires étrangers s’emparant des clubs britanniques historiques, et aux sponsors qui jouent « à qui mieux mieux » arrosera la balle de millions.

L’avis des Anglais par rapport à cet afflux d’argent dans le football britannique varie. J’ai interrogé des garçons fans de foot à l’université de Cambrige et les réponses divergent. Certains n’en tiennent pas compte, ou ne voient pas cela comme un problème mais comme une caractéristique naturelle de l’industrie du foot :

« C’est comme ça, il y a un public énorme, c’est peut-être le sport le plus populaire au monde. Alors ici en Angleterre, pays de nombreux grands clubs, c’est normal que les investissements financiers soient à la hauteur de l’engouement des supporters« .

Et puis cette folie des grandeurs fait aussi partie de l’identité des joueurs ; le public n’aime pas que leur jeu, mais aussi parfois leurs frasques, la Bentley de Mario Balotelli ou la maison à £12 millions de Wayne Rooney.

D’autres ont un avis différent. Ils se disent « déprimés et sans illusions » sur ce que leur sport favori est devenu. « Les joueurs n’ont aucune loyauté envers leur équipe » me confie l’un deux, dépité. « Dès qu’un club plus prestigieux les approche ou qu’ils se voient offrir un plus haut salaire dans une autre équipe , ils s’en vont ». Les fans qui les ont adulés, quant à eux, restent là où ils sont et n’ont que leurs yeux pour pleurer. Certains joueurs ont-ils déjà été fidèles à leurs clubs ? On me parle de Steven Gerrard, capitaine emblématique de Liverpool, de John Terry et  de Franck Lampard, restés à Chelsea pendant longtemps. Trois pelés comme dirait l’autre. « En général les joueurs ne parlent même pas la langue du pays où ils jouent, seulement quelques mots. »

Le prix du beau jeu

L’un des jeunes interviewés me parle quand même des aspects positifs. « C’est grâce à l’argent investi que la qualité des joueurs et des matchs est devenue exceptionnelle ». The Economist a confirmé cette corrélation entre argent investi et résultat obtenu. Le journal sous-titrait un de ses articles de mai 2014 : « Good managers matter, but not as much as money does » (« les bons entraineurs comptent, mais pas autant que l’argent »)

 

foot

Sam Allardyce, le manager de West Ham United, expliquait dans cet article sa défaite 3-1 face à Man United par les finances des clubs : “Where you finish in the league actually depends on the money you’ve spent. It’s a statistical fact” (« Votre place dans le classement à la fin de la saison dépend de l’argent que vous avez dépensé. C’est un fait statistique »).

Malgré ses statistiques, les footeux rencontrés soutiennent la générosité de l’industrie du foot : cette dernière permettrait de révéler et cultiver les talents, elle donnerait une chancesà tout le monde. « Le foot c’est aussi un exemple de méritocratie : tu joues bien, tu montes ; tu joues mal, tu redescends ». Une note finale positive : il y a donc aussi du bon dans le cochon.

Clémentine
@clementinecoude

Une réflexion au sujet de « Le foot anglais, un foot aux oeufs d’or »

  1. Ce déferlement d’argent ne rend pas les footeux très intelligents et la pression énorme a tendance rendre les rencontres le plus souvent médiocres. C’est dommage que ce sport accessible dans la rue, dans les cours soit devenu la cible principal du marketting.

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