En Angola, la légende urbaine du « jour de l’Homme »

Joao a une cinquantaine d’années. Il a trois enfants, il partage sa vie avec la mère de ces derniers depuis plus de vingt ans mais n’est pas marié avec elle. « Je veux être sûr que ce soit la bonne, celle avec qui je finirai mes jours, celle qui m’accompagnera dans la tombe… Le mariage devant Dieu, c’est trop sacré ».

Après toutes ces années passées aux côtés de cette femme, je n’arrive pas bien à comprendre ce qui les empêche de sceller l’engagement sacré ou ne serait-ce que le civil. Il évoque des raisons pécuniaires, un mariage est un investissement au sens propre du terme. Il raconte que certains ont dépensé des dizaines de milliers de dollars dans les frais liés à la cérémonie.  Il est vrai que  l’alabamentoéquivalent d’une dot présentée au cours d’une cérémonie accompagnant la demande de la main de la fiancée – reste une coutume courante. L’idée c’est qu’elle soit une compensation matérielle de tout ce que les parents de la future mariée ont eu à dépenser pour subvenir à ses besoins depuis la naissance. L’alabamento participe aussi à la fête : la pile de caisses de bières doit au moins arriver à  hauteur de la taille de la mariée.

Mais les finances ne sont pas les seules préoccupations de Joao. Il raconte avec humour des histoires d’infidélité de proches dont les femmes furent surprise en super pimbas – je vous laisse deviner à quoi cette expression qui se rapprocherait de notre « badaboum » renvoie… – « Et puis, si on se marie, je ne pourrais plus profiter de mon vendredi, et vendredi en Angola, c’est le jour de l’homme ! ».

Le jour de l'Homme angolais, dessiné par Marguerite.

Le jour de l’Homme angolais. Crédits dessin: CrossWorlds/Marguerite Boutrolle

 

C’était donc ça. Le vendredi, comme son petit surnom angolais l’indique, est le jour consacré à la gente masculine. Et il est vrai qu’en marchant dans les rues de Luanda le vendredi, il m’était déjà arrivé d’entendre des bouts de conversations contenant la fameuse expression « sexta-feira o dio do homem » ! – vendredi, le jour de l’homme. Non pas qu’en ce jour spécial ces dames doivent s’occuper davantage de ces messieurs que durant tous les autres jours de la semaine ; non, au contraire, on leur demande de les oublier le temps d’une journée et de leur rendre leurs libertés. Quartier libre pour tous.

La légende urbaine voudrait que le vendredi, à Luanda, les hommes entrent dans une phase de séduction mais surtout de liberté. Qu’après 16h, les bureaux soient désertés par ces messieurs, trop impatients de sortir entre eux, laissant les femmes à la maison, n’ayant pas de compte à leurs rendre quant à leurs activités de fin de semaine et ne rentrant parfois que le lundi suivant au domicile.

Je parle de légende urbaine car elle marque le calendrier hebdomadaire angolais, mais il me fût impossible de retrouver l’origine de cette « coutume ». Toutes les personnes que j’ai interrogées à ce sujet ne parvinrent pas à me donner de réponses qui tiennent la route. Alors oui, vendredi c’est le jour de l’Homme mais en vertu de quoi ? Et que font-ils réellement ?

J’ai du mal à croire à ce mythe selon lequel ils séduiraient à tour de bras chaque semaine… Tout d’abord parce que le jour de l’homme n’est pas réservé uniquement aux hommes mariés, mais aux célibataires également. Et également car même si les Angolais sont séducteurs, on dénote quand même une certaine pudeur : en cinq mois ici je n’ai jamais vu de personnes s’échanger un baiser en public ou même se tenir la main… D’ailleurs, toutes les fois où je me suis faite approcher, après les compliments et la démonstration de drague, mes potentiels prétendants finirent par me suggérer de « devenir leur amie ».

Cette pudeur fait que, même si le vendredi ce serait super pimbas autorisé pour tous les hommes, je ne pourrais pas vous le confirmer car le secret est bien gardé. Alors laissons à cette légende sa part de mystère…

Je pense que finalement, ce fameux jour de l’Homme renvoie simplement à une mise à l’honneur de ces messieurs, à un rendez-vous convivial hebdomadaire entre eux, devenu quasi institution ici.

On murmure également dans les rues de Luanda que le jeudi serait le jour de la femme, il n’a pas eu le succès rencontré par son équivalent masculin,  mais il a le mérite d’exister. Alors, il est vrai qu’en France les féministes sont souvent contre l’idée « d’institutionnaliser » un jour de la Femme car cela sous-entendrait que tous les autres jours sont dédiés à l’Homme, hé bien avec le modèle angolais, au moins homme comme femme ont leurs jours consacrés et comme ça pas de jaloux, égalité des sexes, dans l’agenda du moins !

Aminata Diawara Keita

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