« Schoolies » à l’australienne : buvons à notre enfance !

L’histoire commence à la fin des années 1970 dans une banlieue aux plages de rêve et à la réputation lisse que compte par dizaines la Gold Coast australienne. A Broadbeach, une dizaine de lycéens fraîchement diplômés se réunissent pour une semaine de festivités bien arrosées marquant le début de l’été et d’une tradition qui n’en finira pas de prospérer : les « schoolies ».

Les schoolies font la une des médias chaque année. Ici, la photo est prise en 2008. Crédits photo : Flickr/CC/Sunrise on seven

Les schoolies font la une des médias chaque année. Ici, la photo est prise en 2008. Crédits photo : Flickr/CC/Sunrise on seven

 

Ils sont des milliers à partir chaque année sur les côtes pacifiques aux mois de novembre et décembre pour trois semaines de fêtes censées symboliser le passage de l’enfance à l’âge adulte. Un rite de passage dans l’abandon de soi et la quête assoiffée de libertés, loin des parents et de la discipline académique. Qu’on fasse des schoolies une véritable tradition ou un simple délire adolescent, le phénomène est devenu une étape incontournable pour la jeunesse australienne.

Les schoolies : prise de risque et temps des premières fois

Beuverie, sexe non protégé, violence, accidents, drogues, tabac, tatouages, outrages à la police…  l’intense semaine des schoolies pose et repose l’éternelle interrogation : prise de risque formatrice ou pure folie ? Pour la plupart des jeunes lycéens, l’événement est l’occasion de tester ses limites et de se confronter pour la première fois à des situations de réel danger. Selon un sondage réalisé en 2012 par ABC news, 75% des « leavers » (participants aux schoolies) déclaraient avoir été souls durant la semaine et 20% s’être évanouis tandis que 26 % d’entre eux avaient été blessés ou violentés.

Si l’expérience de cette liberté nouvelle se veut éphémère, des incidents plus graves, notamment agressions sexuelles et incarcérations, bouleverseront la vie de ces jeunes adultes. Des séquelles durables, voire fatales, comme cette adolescente décédée en chutant d’un balcon en 2011.

Les « toolies », squatteurs plus âgés, et « foolies », plus jeunes encore au lycée, accentuent les risques engendrés en venant profiter de la fête. Les « toolies » ont notamment la réputation d’introduire drogues dures et violences sexuelles dans les festivités tandis que les « foolies » compliquent le travail des policiers en utilisant de fausses cartes d’identité. Les jeunes Australiens, qui reçoivent un discours informatif sur les risques du sexe non protégé et l’usage de drogues dès le lycée, se trouvent en quelque sorte « jetée dans la gueule du loup », un feu sacré qui finit souvent en douche froide.


Les schoolies : un rite de passage ambivalent vers l’âge adulte

En Australie, fêter ses 18 ans a des implications légales fortes : le droit de voter, de passer des contrats, d’acheter du tabac et de l’alcool, pour n’en citer que quelques unes. Pourtant, la folie générale qui règne pendant les schoolies contraste avec les responsabilités qu’implique le tournant de la majorité. Avec quelques années de recul, Scotty et Stacey se rappellent pour nous de leurs schoolies : au final, un événement marqueur mais pas si fondateur que ça.

Scotty, 23 ans, travaille maintenant dans les assurances, il a célébré les schoolies cinq ans auparavant dans la région de Lorne dans le Victoria. Il explique que l’événement n’est pas tant un moyen de quitter l’enfance qu’un sas de décompression après la fin du lycée :

« Tu es à l’école pendant 13 ans et la dernière année est très intense et stressante, les schoolies sont un moyen de célébrer le fait d’y être parvenu à bout. »

Un moment de détente qui ne précède pas forcément l’entrée en cycle secondaire : « ce n’est pas vraiment un pas vers l’université ou quoi que soit, beaucoup de lycéens n’y entrent même pas après coup », poursuit –il. Enfin, il précise que les schoolies restent « plus rattachées au lycée qu’à l’université », les lycéens leur donnant une importance vite revue à la baisse quelques années plus tard.

Mais l’apparente débauche qui règne aux schoolies reste une bonne manière de se détacher de la discipline scolaire et parentale. Selon Stacey, 22 ans, fraîchement diplômée d’un « bachelor of arts » et ayant célébré l’événement quelques années plus tôt à Byron Baysur la Gold Coast, « ce sont souvent les premières vacances sans la famille ». Une liberté nouvelle bien souvent à l’origine de l’angoisse des parents et des associations qui n’ont pas leur mot à dire.

« Il y a beaucoup de parents qui ne veulent pas que leurs enfants y aillent parce que c’est dangereux, mais puisque tout le monde y va c’est assez compliqué pour eux de refuser », explique-t-elle.

Quelque en soit la teneur, les célébrations restent très prisées : « Je ne pense pas que ce soit mal vu de ne pas y aller, c’est juste que ce serait manquer quelque chose » conclut Stacey. Un événement à ne rater sous aucun prétexte et généralement planifié dès la seconde, les logements aux alentours de destinations phares telles que Byron Bay, Airlie Beach ou encore Surfer Paradise étant pris d’assaut un voire deux ans en avance.

Derrière la tradition, business juteux pour l’économie locale et casse tête pour les autorités

Sous l’apparent rite de passage que constituent les schoolies se cache une mine d’or pour le business local et les sites spécialisés qui proposent des formules tout compris à prix exorbitants. Et on comprend pourquoi : avec une dépense moyenne entre 800 et 2000 dollars par participant, les schoolies ont de quoi faire tourner les têtes. Aux bénéfices des évènements officiels payants ou non, s’ajoutent ceux des nombreuses boites de nuits, bars, pubs, hôtels, taxis et loueurs d’hébergements qui profitent des plus de 40.000 étudiants annuels venus envahir les plages de la Gold Coast. Gold Coast dont l’économie locale est, selon le journal The Age, stimulée par l’événement d’une trentaine de millions de dollars australiens chaque année.

Staff supplémentaire dans les hôpitaux, dégradations publiques, mobilisation de la police… si les schoolies profitent aux économies locales, elles restent coûteuses pour le gouvernement. D’après une enquête du Sunday mail les schoolies de 2011 auraient coûté environ 2 millions de dollars au contribuable australien.

L’utilisation de fausses cartes pour les plus jeunes, de drogues plus ou moins dures et les nombreuses arrestations en marge des manifestations mettent chaque année en question le rôle des autorités dont les campagnes de prévention connaissent un succès mitigé. Avec l’exemple du fascicule bleu et orange du gouvernement du Queensland dans lequel se succèdent sur une trentaine de pages photos au flash sur papier glacé et mise en page « jeune et dynamique », on comprend pourquoi la page prévention est vite tournée. Ces dernières années, l’île indonésienne de Bali, moins couteuse et moins contrôlée est devenue une destination phare des schoolies.

Les schoolies restent un passage obligé pour la jeunesse australienne : une tradition juteuse symbole du passage de l’enfance vers l’âge adulte, sans véritable leçon de maturité. Pourtant, si au sortir des schoolies on ne devient pas particulièrement adulte, on n’en revient certainement plus enfant.

 Chloé
@RochereuilChlo

 

Une réflexion au sujet de « « Schoolies » à l’australienne : buvons à notre enfance ! »

  1. « …..ayant célébré l’événement quelques années plus tôt à Byron Baysur la Gold Coast,  »

    Non ! Byron ne fait pas partie de la Gold Coast. La Gold Coast se trouve dans l’état du Queensland, au sud de Brisbane et Byron Bay est dans le nord de l’état du New South Wales (l’Etat de la Nouvelle Galle du Sud). Il y a peu près 1 heure 1/2 entre la Gold Coast et Byron Bay sur l’autoroute. Deux endroits bien différents. La Gold Coast est un endroit composé de différentes petites villes comme Broadbeach, Burleigh heads, Surfers Paradise, Mermaid Beach et plein d’autres.

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