« Facebook n’est pas un lieu pour se rappeler nos morts », Elysway si

Article surprise du lot « cimetière »: l’interview d’un Belge qui a créé le concept de cimetière 2.0. CrossWorlds n’étant pas présent en Belgique, on a choisi la rencontre téléphonique.

Une plateforme pour se souvenir des morts a été mise en ligne le 28 octobre dernier. Il est possible d’y créer des pages pour nos morts – les « étoiles » – et, à partir de nos comptes personnels – nous, « les anges » -, d’alimenter ces pages en souvenirs, en réactions… Initiative glauque, irrespectueuse ou ingénieuse ? Réponse de Filip Torch, le fondateur.

Capture d'écran de la page d'accueil du site Elysway.

Capture d’écran de la page d’accueil du site Elysway.

Pourquoi avoir fondé ce site ?

Deux constats m’ont donné l’idée. D’abord, voir ma fille de 17 ans désintéressée par nos visites au cimetière mais toujours sur son smartphone. Je me suis dit : « Tiens, il faudrait créer quelque chose d’interactif autour du cimetière », pour que la nouvelle génération et nous-mêmes puissions lire l’histoire qui se cache derrière une tombe.

Et puis, aux funérailles, il y a toujours plein de monde dans l’église, et après, il n’y a plus personne. Alors lorsque je vais sur la tombe d’un ami, j’ai envie de le dire à ses proches, leur montrer que je ne l’ai pas oublié… Sauf qu’aujourd’hui, c’est difficile. Une distance nous empêche de prendre contact avec la famille, on ne sait pas quoi dire. En revanche, avec Elysway, c’est facile de dire « je compatis », par un « clique » ! On peut le faire 24h sur 24 et on se sent plus à l’aise car cela correspond à notre nouveau mode de vie, avec les nouveaux réseaux sociaux.

Certains médias français disent que votre site est glauque.

Glauque ? Elysway est un moyen serein de partager avec des vivants après la mort d’un défunt. Le deuil si on le fait seul, avec des photos, c’est inquiétant. Mais si on le partage, si on fait revivre les bons moments… C’est un tout autre aspect. C’est construire une vie après la mort. On va dans un cimetière pour se recueillir et pour raconter ce qui s’est passé dans nos vies au défunt. Sur Elysway, c’est pareil. Une jeune fille peut poster les photos de son mariage, de ses enfants sur la page de sa mère qui est partie par exemple… Mais personne ne vous force à aller sur le site !

Quelle différence avec les pages “comptes de défunt” de Facebook ?

On ne peut pas comparer les deux. Facebook est un site pour la vie active : c’est emmerdant de voir un post de commémoration pour un défunt, suivi d’un post de quelqu’un de saoul sur notre page d’accueil. Facebook n’est pas le lieu pour se rappeler nos morts.

Mais comme sur Facebook, il est possible d’y faire des annonces publicitaires. Êtes-vous à l’aise avec l’idée de commercialiser les morts en ligne ?

Le site est gratuit, pour tout le monde. Pour qu’il continue, il faut bien que quelqu’un paie. On a tous les jours des propositions de développement, c’est un vrai succès, avec plus de 3.000 inscrits en une semaine ! On a le choix: faire payer les gens, et ne pas être certain que le site fonctionne, ou bien utiliser de la publicité. Elle respecte des règles strictes : seulement des annonces pour les pompes funèbres, des fleurs ou de la commande de photos. Les revenus servent à ce développement seulement. Pour l’instant, je travaille encore comme gérant dans une autre société.

Propos recueillis par Clara, le 4 novembre 2014.

L’article a d’abord été publié ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *