Berlin découpée en quartiers de presse

Johann Paul Richter, romantique allemand, écrivait en 1800 : « Berlin est plus une partie du monde qu’une ville ». A Berlin, l’histoire de l’Europe et du monde se retrouve, en accéléré. En cent ans, elle a connu l’industrialisation et la centralisation, le nazisme et la destruction, la reconstruction et la division, l’immigration et la réunification et enfin la « hipsterisation » et la gentrification. Le reflet de ces nombreuses transformations et de la géographie si particulière de Berlin se trouve dans les journaux, et la façon de les lire.

Porte de Brandeburg, Berlin. Crédits photo : CrossWorlds/Calvin Creutz

Porte de Brandeburg, Berlin. Crédits photo : CrossWorlds/Calvin Creutz

 

A l’Est du mur : presse de référence dans un café branché

Commençons par prendre un café à Prenzlauerberg, comme il y en a par dizaines dans ces rues. Dire que le quartier est hipster serait faux, tant toute la ville est traversée par ce courant mélangeant vélo, barbe négligée et végétarisme. Il est cependant particulièrement fort : les jeunes lisent leur journal dans un café branché, avec un « chaï latte jasmin », ou un chocolat chaud au lait de soja. Un quart de la population a entre 15 et 30 ans. En 2013, le candidat vert a reçu 40% des suffrages, contre 13 % pour le candidat CDU (respectivement 9 et 43% dans toute l’Allemagne!) Sur l’étagère, je vois le Süddeutsche Zeitung et le Zeit – journaux de référence – des magasines de mode homme et femme, et quelques Mickey et Picsou pour les enfants. Des titres à l’image du mélange entre étudiants internationaux, familles et jeunes branchés que l’on retrouve ici. Pourtant, il y a 25 ans, ce quartier était encore à l’Est, et on ne buvait pas vraiment de chaï latte. C’était un centre de la contestation contre le régime, le mur ayant d’ailleurs été percé en premier dans ces rues.

Café-lecture à Prenzlauerberg "Crédits photo : Crossworlds/Etienne"

Café-lecture-journal à Prenzlauerberg. Crédits photo : CrossWorlds/Etienne Béhar

A l’Ouest du mur : presse internationale dans le métro

Repassons à l’ouest, sur le boulevard Mehringdamm, dans Kreuzberg. En face de la station de métro se trouve un kiosque où se côtoient journaux turcs, anglais, français, arabes et bien sûr, allemands : près de 40% de la population est née de parents étrangers. Le plus gros foyer de réfugiés se trouve à quelques minutes, à Tempelhofer Feld. Sur cette rue se bousculent les résidents internationaux, la classe moyenne allemande, des immigrés turcs de deuxième générations et récemment des réfugiés syriens et irakiens. Les revenus des habitants, allemands ou étrangers est dans la moyenne. Comme dans toute l’Allemagne, le journal le plus vendu est BILD, un tabloïd montrant des femmes peu vêtues, des hommes politiques empêtrés dans des scandales et des stars du foot et ayant déjà révélé des affaires au grand jour.

"Crédits photos : Crossworlds/Etienne".

Les journaux internationaux de Mehringdamm « Crédits photos : CrossWorlds/Etienne »

Au Sud : entre journaux turcs et alternatifs

Si l’on descend l’avenue, nous arrivons à Neukölln. Derrière les journaux berlinois et BILD, les journaux turcs se font discrets. La buraliste m’avoue : « on en vend un peu moins qu’avant, mais on a nos clients habituels ». Ce quartier historiquement turc et populaire devient de plus en plus étudiant et artiste. Sur la devanture, quelques journaux alternatifs en noir et blanc. En revanche, pas de journaux en arabe ici. La maire de Neukölln a émergé récemment dans l’actualité après avoir refusé d’installer des centres d’urgence pour les réfugiés syriens et irakiens. Pourquoi les prix des loyers ne montent-ils pas, comme à Prenzlauerberg ? Parce que les nouveaux arrivants, étudiants ou artistes n’ont pas plus d’argent que les familles d’immigrés qui s’y installent depuis des générations. Et la magie opère! La vendeuse de journaux salue parfois en turc des jeunes allemands, trompée par le bouc autant en vogue chez les turcs que chez les hipsters.

Etienne Behar

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