Sur la voie d’un Beyrouth retrouvé

Le taxi à Beyrouth, on en entend parler avant même son arrivée dans la ville. On te prévient, on s’inquiète, on te répète le prix de la course normale et on te raconte une histoire sombre évoquant une personne disparue après être montée avec un conducteur louche.

Un homme qui attend un taxi devant la place des Martyrs. Crédits photo - Nicolas

Un homme qui attend un taxi devant la place des Martyrs. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Faune urbaine et taxis collectifs

Le piéton est rare à Beyrouth ; personne ne marche vraiment dans la rue. Au contraire, le trafic des voitures et les embouteillages qui en résultent sont légions. Dans cette faune urbaine, le taxi est d’un secours précieux quand on n’a pas la chance de disposer d’une voiture, ou quand on ne préfère pas risquer de se faire écraser une dizaine de fois entre son appartement et son université.

« Service ? » Il suffit d’un mot pour que le chauffeur reconnaisse un habitué et n’essaie pas de doubler le prix de la course. Il signifie à la fois que le prix sera de 2000 livres libanaises (soit environ 1 euro), et en même temps que le taxi sera collectif. Dans la carlingue, pas de compteur qui tourne, mais un chauffeur avec un goût maladif pour le son du klaxon, qu’il ne cesse d’enfoncer frénétiquement pour se signaler aux passants. Le prix est fixe depuis une dizaine d’années, que le taxi date d’avant-guerre ou qu’il soit neuf.

Un taxi à Beyrouth. Crédits photo - Nicolas

Un taxi à Beyrouth. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Face aux taxis, pour sortir de la capitale et se déplacer sur la côte et dans l’intérieur du pays, on trouve des minibus. Le système est à peu près le même mais une mesure au dessus : le prix est identique au « service », et ne double que pour aller aux extrémités du pays, Tripoli au nord et Tyr au sud. Le klaxon du taxi est parfois doublé par la voix d’un homme, se postant debout dans l’ouverture de la porte grande ouverte du minibus ; il crie la direction aux clients qui attendent, soit sur le bord de la route, soit au milieu de l’autoroute, débarquant d’on ne sait où. C’est aussi pour cette raison que ces minibus sont extrêmement aléatoires, le chauffeur s’arrêtant souvent pour prendre des passagers ou en redéposer au fur et à mesure et à n’importe quel endroit, ce qui fait qu’un trajet Beyrouth-Saïda (une trentaine de kilomètres) peut mettre trente minutes ou une bonne heure et demie. En début de matinée et en fin d’après-midi les minibus charrient des centaines de libanais qui viennent travailler dans la capitale.

Le taxi, alternative routière sur la voie d’un Beyrouth retrouvé

Au vu de l’encombrement des rues, les réseaux routiers sont insuffisants, d’une part en terme de capacité mais aussi de signalisations (les conducteurs ignorent tellement les feux que les militaires s’occupent de la circulation à leur place), et enfin de stationnement ; les voitures sont rangées pêle-mêle des deux côtés de la route.

Bien sûr le système des taxis collectifs n’est pas parfait mais il a le mérite de fonctionner correctement. Le système ferroviaire est inexistant depuis la guerre civile, premier objectif des bombardements ; au fur et à mesures des tentatives de remise en état avortées –qui pourrait permettre d’éviter l’engorgement, et de libérer les villes plus commerciales comme Tripoli d’un poids important- l’alternative routière s’est imposée.

Beyrouth se développe, une classe moyenne plus importante apparaît –catégorie sociale récente comme dans plusieurs pays du monde arabe- ; l’avantage du réseau de taxis et minibus d’aujourd’hui est sa capacité d’adaptation, permettant de désenclaver les zones urbaines et périphériques, accroissant la mobilité des habitants. Le modèle peut évoluer face à la modernisation actuelle de la capitale et même l’accompagner pour refaire de Beyrouth la capitale dorée qu’elle a été.

Crédits photo - Nicolas

Taxis devant la mosquée Al-Amin. Crédits photo: CrossWorlds/Nicolas Hrycaj

 

Nicolas Hrycaj

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