A Taipei, en ville avec son bigoudi

Les cheveux, 8 pays, 8 regards. A Taipei, la capitale taïwanaise,  il est courant de voir des femmes se balader avec un bigoudi sur la tête. Un phénomène de mode avec comme objectif une frange « respectable » pour être « respectée » dans une société encore très genrée.

A Taipei, la capitale taïwanaise, il n’est pas rare de vouloir se rendre dans un petit café sympa niché entre deux rues, avant de se rendre compte que c’est en réalité un salon de coiffure. Coin détente digne d’un restaurant, petit bar, machine à café et mignardises…  L’endroit est aménagé pour que le client soit chouchouté.

Bien choisir son salon de coiffure compte pour les Taïwanais. Plus il sera raffiné, plus la côte sociale augmente. Il faut dire que les réseaux sociaux avec les stories ou lives accroissent la compétition entre salons. Toute l’expérience du client est très souvent documentée via ces plateformes. Pour les adolescents, les cheveux sont instagrammables.  Le fameux format vlog « avant/après » bat des records parmi les jeunes.

 

Des forums ayant pour sujet “le” style de cheveux taïwanais ont vu le jour. Des passionnées y échangent et le principal sujet est le port de la frange, et son bigoudi.

Frange « respectable »

A Taïwan, une famille “respectée” doit avoir des membres à l’allure “respectable”, et cela passe par une coiffure jugée non extravagante. D’après le professeur Kuo Jen-Feng, professeur à la National Taiwan University spécialiste de la place des femmes dans la société taiwanaise, la frange est à la mode car les femmes la considèrent comme un style acceptable, qui ne peut nuire à leurs ambitions de carrière ou de famille, dans une société qui souffre encore d’être très genrée.

La frange existe sous toutes les formes et les épaisseurs : bombée, longue ou courte, dégradée ou droite… Véritable modèle de la société, Rainie Yang, chanteuse, actrice, animatrice de télévision, arbore ainsi une frange bombée. De nombreux classements “pinterest” témoignent de cet engouement qu’elle et ses cheveux suscitent. On dira merci au bigoudi, car c’est lui qui permet cet effet bombé.

Capture d'écran d'une page Pinterest consacrée aux cheveux de la Taïwanaise Rainie Yang, dont la frange bombée est devenue un phénomène de mode.

Capture d’écran d’une page Pinterest consacrée aux cheveux de la chanteuse, actrise et animatrice taïwanaise Rainie Yang, dont la frange bombée est devenue un phénomène de mode.

 

Pas sans mon bigoudi

Mais il n’est pas seulement utile : ces dernières années, il est devenu un véritable accessoire de mode.

Se baladant dans les rues de Taipei, des femmes abordent tout naturellement ce rouleau de plastique traditionnellement portée durant la nuit. 

Une des explications d’une collégienne de Taipei croisée au détour d’un métro, vêtue d’un uniforme agrémenté d’accessoires “fashion”, est purement logistique.

Une femme à Taipei porte un bigoudi sur la tête alors qu'elle s'apprête à dîner en ville. Septembre 2019. © CrossWorlds / Inès Girard

Une femme à Taipei porte un bigoudi sur la tête alors qu’elle s’apprête à dîner en ville. Septembre 2019. © CrossWorlds / Inès Girard

 

Pour que la frange prenne forme, le bigoudi doit être posé sur cheveux humides. Or avec les températures très chaudes sur l’île de Taïwan, beaucoup d’habitants n’ont pas de sèche-cheveux : le simple fait de sortir est tout aussi efficace.

Sortant les cheveux encore légèrement mouillés, pour obtenir le volume souhaité, les Taïwanaises appliquent un bigoudi sur leur frange. Il faut alors attendre un séchage complet avant de le retirer. Elles doivent planifier leur trajet pour poser le bigoudi au bon moment, afin de le retirer juste avant d’arriver à la destination souhaitée.

Tony, la vingtaine et étudiant de la National Taipei University, confirme cet usage pratique. Sa copine porte ce bigoudi jusqu’à la destination souhaitée  pour s’assurer que sa frange reste bien en place : “Elle sort avec ce rouleau pour être parfaite à la fin”

Inès Girard, correspondante à Taipei

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