A Vancouver, la cigarette manque à l’appel

Vancouver est un endroit où la cigarette est quasiment absente. Il est très rare de croiser quelqu’un clope au bec, de voir comme en France, des attroupements d’accros à la nicotine fumer nerveusement en bas des immeubles.

D’abord, ce n’est pas un produit de grande consommation. Même si on peut s’en procurer dans les supermarchés, les épiceries ou les stations-services alors que l’alcool est uniquement vendu dans les Liquor Stores, il faut toujours montrer sa pièce d’identité pour prouver qu’on a bien 19 ans, impossible de resquiller. Ajoutons à ça le prix aussi élevé qu’en France du tabac et l’absence de signalisation urbaine comme nos bonnes vieilles carottes et on réalise à quel point le tabagisme est découragé ici.

Les "smoking signs" de Vancouver - Crédits photo: The Lung Association

Les « smoking signs » de Vancouver – Crédits photo: The Lung Association

 

Signe des temps évidemment, la cigarette est autant passée de mode que mise à l’index au nom de raisons sanitaires, symbole d’une société vancouvéroise saine, quasiment aseptisée, qui semble avoir pris des habitudes de vie tournées vers la santé, l’écologie et les libertés individuelles. Douglas Coupland, auteur phare de la ville, l’avait théorisé: Vancouver, ville vieille de seulement 125 ans est la « ville du futur ».

Et la cigarette, de même que l’alcool, est devenue dans cette ville nouvelle un tabou de société, vestige d’une époque révolue où l’on grillait à tout crin. Ainsi, au Canada, en 1960, 60% des hommes et 39% des femmes fumaient chaque jour ou parfois tandis qu’en 2010, 20% des hommes et un peu moins de 15% des femmes, d’après l’organisation nationale de santé Smoke-free.

Le paquet de cigarettes
Affiche retrouvée dans un bar à Vancouver, au Canada - Crédits photo : Crossworlds/Hadrien

Affiche retrouvée dans un bar à Vancouver, au Canada – Crédits photo : Crossworlds/Hadrien Bouvier.

La cigarette plane sur la ville comme une menace invisible.

Commençons par le paquet en lui-même.  Comme un symbole, il est sont souvent caché dans des placards ou derrière un rideau dans les boutiques, donnant un côté schizophrène à la ville, honteuse de vendre à ses citoyens de moyens aussi coûteux d’attraper un cancer.

Saturé de messages alarmants (en français et en anglais évidemment), de contacts pour arrêter le tabac et d’images trashs, il laisse à peine apparaître la marque et le logo. En plus de l’image d’un cancéreux et de son témoignage poignant, on peut lire par exemple « Barb Tarbox est décédée à 42 ans d’un cancer du poumon causé par la cigarette ». Enfin, en ouvrant le paquet, avant même d’apercevoir le début d’un mégot, on trouve un petit flyer vous enjoignant d’arrêter. Lourd.

Fumer dans la rue, mais à « quelques » conditions

La ville en elle-même témoigne de cette condamnation à la marge du tabac. Il est interdit de fumer à moins de six mètres d’une porte, d’une fenêtre ou d’une bouche d’aération : le tabagisme passif est pris très au sérieux et il n’est pas question que la minorité de fumeurs gêne, voire mette en danger, les non-fumeurs. Fumer est aussi interdit dans les bars, les restaurants, les boîtes de nuits, les parcs et sur les plages de la ville, une douloureuse amende de 200 dollars menace tout contrevenant.

En fait, la ville est quasiment non fumeuse. Le fumeur devient un être gênant, singulier. Sur mon campus, il est frappant de constater que les seuls fumeurs sont étrangers : Français, Italiens et Chinois et ils fument en groupe. Les Vancouvérois eux vont dans Stanley Park faire du sport, du jogging et la cigarette semble avoir disparu de leur vie.

Pas de cigarette, mais un joint, pourquoi pas

Pour autant, si la cigarette semble en voie de disparition dans la capitale de la Colombie Britannique, on y fume encore un peu, mais différemment.

Les caves à cigares sont très répandues en ville, la plupart des grandes marques cubaines étant largement représentées dans des Convenient stores qui affichent clairement la vente de cigares.

Des cigares cubains vendus dans le quartier touristique de Gastown, à Vancouver. 7/03/2010. Crédits photo: Flicr/CC/roaming-the-planet

Des cigares cubains vendus dans le quartier touristique de Gastown, à Vancouver. 7/03/2010. Crédits photo: Flicr/CC/roaming-the-planet

 

Mais, c’est le cannabis qui est roi ici. Il est autorisé pour des motifs thérapeutiques ; les effluves chargées de certains quartiers trahissent une consommation plus généralisée. Autant dire qu’il est fréquent de voir des fumeurs de « pot » dans la rue et les lieux publics, d’autant qu’une interpellation pour consommation de cannabis à Vancouver est suivie d’une sanction uniquement une fois sur cinq, d’après le journal local The Globe and Mail.

Vancouver étant parfois considérée comme la capitale canadienne de la weed, il est très facile de s’en procurer et il existe des Head shops sur ce thème, proposant toute sorte d’accessoires. Les Vancouvérois ne fument en effet pas leur cannabis en joint ou très peu, mais plutôt en bongs ou en pipes.

Pour vendre son cannabis, ce vendeur fait monter les enchères, lors de la journée 420 à Vancouver, le 20 avril 2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

Pour vendre son cannabis, ce vendeur fait monter les enchères, lors de la journée 420 à Vancouver, le 20 avril 2014. Crédits photo: CrossWorlds/Clara Wright

 

Tous les ans, les fumeurs de « BC Bud » se retrouvent le 20 avril (4/20) devant la Vancouver Art Gallery. Ils fument toute l’après-midi, mais une minute avant 16h20, un décompte s’enclenche et tous sont invités à allumer ensemble un énième joint. L’aqua géant embaume la ville. Cet événement appelé le 420 qui rassemble un grand nombre de partisans de la légalisation du cannabis montre le paradoxe impressionnant de cette ville, qui bannit la clope et ghettoïse les fumeurs mais reste extrêmement laxiste sur la weed, presque fière de ce côté hippie.

Hadrien

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