Au pays de la poutine, les sushis sont rois

Située à l’extrémité sud-ouest du Canada, jumelle de Seattle, la ville de Vancouver se sent un peu à part. Fière d’être canadienne, elle est pourtant isolée dans son coin, éloignée de tous les fantasmes sympathiques de bûcherons et d’accents rigolos que l’on a souvent sur ce pays.  Personne n’y parle français et on est loin des températures polaires de Montréal. Ici c’est plutôt ambiance pluie deux cent jours par an et brouillard épais dans la forêt. Une des différences avec le reste du pays est que la ville est tournée vers le Pacifique et l’Asie. 43% des Vancouvérois sont d’origine asiatique et la ville tout entière s’en ressent. On y mange rarement de la poutine mais on s’y tape de bons sushis en ville.

Comme toute métropole nord-américaine digne de ce nom, Vancouver dispose d’une nourriture de rue importante et donc de nombreux « food trucks », ces camions ou simples carrioles qui battent le pavé pour sustenter le citoyen pressé. On se rend vite compte cependant que l’hiver constitue la saison creuse du business. Mais les quelques exemplaires restés sous le crachin de décembre donnent un assez bon aperçu de la restauration urbaine de la ville et en disent beaucoup sur ses habitants et ses rues.

D’abord, ici, on est loin des classiques marrons chauds, hot-dogs ou bretzels, attendez-vous plutôt à des sandwichs avec de la vraie bonne viande, à des salades composées ou à des plats en provenance des cinq continents. Et de ces continents, c’est l’Asie qui est la mieux représentée.

 Un camion Japadog à Vancouver au Canada. Crédits photo : Flickr/CC/Rebecca Bollwitt

Un camion Japadog à Vancouver au Canada. Crédits photo : Flickr/CC/Rebecca Bollwitt

 

L’histoire géo nous apprend que depuis la fin du XIXe siècle, les vagues d’immigrants asiatiques se sont succédées au Canada et notamment en Colombie-Britannique, première destination en vue. Des pionniers Chinois venus dès 1858 de Californie, chassés, puis rappelés avec d’autres Chinois – de Chine cette fois – pour travailler sur la Canadian Pacific Railway, au tout premier Coréen, venu étudier les maths à UBC en 1953, en passant par les Hongkongais arrivés dans les années 1980-90 en prévision de la rétrocession à la Chine… Vancouver est, depuis ses débuts, une ville attractive pour l’Asie. On y trouve d’ailleurs aujourd’hui le deuxième plus grand Chinatown d’Amérique du Nord après San Francisco.

Ces dernières décennies confirment la tendance : 87% des immigrants à Vancouver entre 1981 et 1996 viennent d’Asie. On y compte notamment une grosse communauté philippine et indienne. Un tel afflux a progressivement contribué à mélanger encore plus les cultures dans un pays qui se revendique aujourd’hui multiculturel et la nourriture locale s’en fait le témoin tous les jours dans les rues.

Des hot-dogs version japonaise

En quête d’un casse-graine vers Granville Street, vous croiserez sûrement des food trucks comme à New York mais celui-ci vous fera découvrir des sushis comme à Osaka ou un kebab comme à Beyrouth. Et chose encore plus probable et plus originale, vous aurez la chance de tomber sur un mélange culinaire du meilleur effet : imaginez des burgers, des frites ou des hot-dogs mais parfumés au wasabi, accompagnés de crevettes tempura ou de poulet tandoori. La ville adapte subtilement les différentes cultures et habitudes gustatives mondiales.

Le spécialiste local dans le domaine est sans aucun doute Japadog, l‘un des food-trucks Vancouvérois les plus renommés. Comme son nom l’indique, cette chaîne de restauration du cru a eu l’idée fameuse de vendre des hot-dogs à la japonaise. Et les gens se les arrachent. Sandwichs à base de boeuf de Kobé, yakisoba et autres teriyaki, les amateurs de cuisine nippone pourront imaginer le résultat. 

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Un sandwich « Japadog » le 9 aout 2012 à Vancouver, au Canada. Crédits photo : Flickr/CC/ Dan Dickinson

 

Parfois renommée “Hong-couver” pour ses forts liens avec l’Asie, la troisième aire urbaine du Canada ne représente pas seulement un paradis pour tout amateur de sushis, c’est une ville frontière entre deux continents, portant la marque d’une porosité entre les cultures et dont la street food est un bel exemple. Si la restauration rapide peut être la preuve d’une cohabitation apaisée entre deux mondes qui se touchent, elle ne doit pas masquer une réalité parfois plus amère en bouche pour les Canadiens d’origine asiatique. Par exemple, les lois racistes anti-Chinois ayant beau avoir disparu dans les années 60, la différence se fait parfois encore sentir. 

Quand une personne asiatique arrive dans la région, pour étudier à la « University of Billion Chinese » (le surnom d’UBC, la prestigieuse University of British Columbia) par exemple, elle a souvent deux solutions : soit faire partie des « White Washed » (« blanchis ») en se pliant aux mœurs canadiennes, soit demeurer un FOB: « Fresh Off the Boat » (« tout juste débarqué ») en conservant sa propre culture. Le hot-dog passait peut-être plus digeste que ce genre de réflexions.

 

Une promotion opportune par jour de pluie. Crédits photo Crossworlds/Hadrien Bouvier

Une promotion opportune par jour de pluie. Crédits photo Crossworlds/Hadrien Bouvier

 

Malgré tout, rappelez-vous au moment de partir à la recherche du Japadog ou du Vij’s Railway Express (indien) le plus proche, que Vancouver est une ville où il pleut mais alors vraiment beaucoup et presque en permanence. A moins de perdre tout honneur et de se résigner à manger sous l’eau ou sous un abribus, il est difficile pour le touriste de trouver un endroit à l’abri pour déguster son plat dans la rue, faisant de la street food à Vancouver un concept un peu contradictoire.

Hadrien

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