Canada : La fin de la télé ?

Chaque année, CrossWorlds s’emploie à vous faire découvrir le monde à travers de nombreuses paires d’yeux. Suivez les yeux d’une dizaine de nos correspondants, rivés sur la télévision dans leur pays.

De la démocratisation de la télévision à l’arrivée des smartphones et réseaux sociaux, quelle est la place de la télé au sein de la vie des Canadien.nes? Pour connaître l’évolution de la télévision dans les foyers canadiens, il suffit d’aller voir les premier.es intéressé.es. Gilda Menegoz et Zoé Rabatel sont deux Québécoises : Gilda, 86 ans, a vu la télévision prendre de plus en plus de place dans les foyers canadiens. Zoé, 19 ans, est elle plus sensible à un autre petit écran — celui de son smartphone, où s’activent ses réseaux sociaux.
La télé, enter catharsis et mondialisation © CrossWorlds / Cyndi Portella

La télé, enter catharsis et mondialisation © CrossWorlds / Cyndi Portella

 

De nombreux souvenirs sur le petit écran

“Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai regardé la TV, mais c’était en noir et blanc en 1958”, raconte Gilda. A l’époque, “on regardait la météo, les informations” alors que Zoé a pu se divertir dès son plus jeune âge devant des dessins animés, des programmes pour enfants. C’est devant Le Roi Lion et Aladdin de Disney, ou encore devant des émissions jeunesses comme Bobino et Bobinette, et en compagnie de ses petites-filles que Gilda appréciera pour la première fois les dessins animés.

La télévision de Gilda Menegoz © CrossWorlds / Nina Castagnet

La télévision de Gilda Menegoz © CrossWorlds / Nina Castagnet

 

Deux langues, deux rapports à la télévision

Pour Alain Saulnier, chef du service radio d’informations de Radio Canada de 1999 à 2006, puis directeur général de l’information du groupe national de radio et télé Radio Canada, faire la différence entre les publics francophone et anglophone permet de comprendre le rôle de la télévision au Canada. Pour les Québécois, le petit écran a permis la diffusion d’une culture francophone et aux artistes et aux politicien.ne.s de se faire connaître, avec la création d’un « star système ». Ainsi René Lévesque, ancien premier ministre du Québec, était au départ un journaliste de Radio Canada. Une chaîne qui selon Alain Saulnier constitue une sorte de ministère de la culture francophone canadienne. En effet, avant l’arrivée de chaînes privées telles que TVA au début des années soixante, Radio Canada était l’unique canal disponible. A l’inverse, les anglophones eux ont vu leur culture entrer en collision avec la culture étasunienne.

 

Le futur de la télé

Gilda et Zoé utilisent toutes les deux la télévision principalement pour s’informer. Toutefois Zoé précise que même si elle regarde les informations, elle ne les écoute pas en entier et part rapidement. Gilda l’utilise aussi pour se distraire. Lorsqu’on leur demande quel a été l’impact de la télévision sur elles, et si elles pouvaient imaginer une vie sans, Zoé répond que pour elle, « [la télévision] n’a aucun impact sur ma vie, et d’autant plus depuis que je m’intéresse à la radio et que le streaming est arrivé dans ma vie« . De son côté, Gilda pense avoir un lien plutôt fort avec la télévision. « M’imaginer une vie sans la télé ? Non je ne peux pas, surtout qu’en vieillissant on sort moins et qu’il y a de bonnes émissions proposées ».

La télévision n’est donc plus le mode d’information privilégié. C’est aussi le constat d’Alain Saulnier, qui explique que même si la télévision n’est pas la source première d’information, les écrans (c’est-à-dire les ordinateurs, téléphones, et autres) sont toujours le principal support de l’information. Pour lui, la télévision doit se réinventer puisque les habitudes d’écoute changent. En effet, les traditionnels grands rendez-vous d’écoute quotidiens n’existent plus vraiment. Les chaînes se sont adaptées pour que l’on puisse avoir accès à l’information que l’on souhaite sur n’importe quel écran, quand on le veut et où on le veut grâce au replay. Les différents programmes des chaînes sont ainsi disponibles à n’importe quel moment, et on peut même les retrouver sur des sites de streaming comme YouTube.

© CC / Clay Banks on Unsplash

© CC / Clay Banks on Unsplash

 

Malgré ce changement de comportement, certaines émissions québécoises tel que District 31 (série policière, la troisième saison est actuellement en cours de diffusion sur Radio Canada) résistent et atteignent encore 3 millions d’audiences quotidiennes, soit un.e Québécois.e sur deux.

Gilda est peu optimiste quand à l’avenir de la télévision. Elle m’a avoué être « un peu inquiète parce que Radio Canada ne produit plus, ce sont des particuliers qui produisent. J’ai peur aussi que les publicités ne prennent plus de place que maintenant ».

 

Nina Castagnet

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