Chats versus chiens : le grand match américain

Fermez les yeux et pensez à la famille américaine traditionnelle. Jaillit aussitôt dans votre esprit le cliché du couple blanc, hétérosexuel, avec deux enfants – vraisemblablement blondinets. Maintenant plantez le décor : une maison de banlieue avec un drapeau américain flottant au fronton, le gazon verdoyant tondu au cordeau, la famille réunie affichant un sourire à la blancheur éclatante, et à côté leur fidèle labrador… vous y êtes. Les États-Unis sont un « pays à chien » et la longévité de la figure du dog-sitter dans les comédies hollywoodiennes ne dira pas le contraire.

Aux Etats-Unis, les chiens participent à la culture populaire. Crédits photo : Flickr/CC/frappu

Aux Etats-Unis, les chiens participent à la culture populaire. Crédits photo : Flickr/CC/frappu

 

Quand la culture populaire joue les arbitres

Cette idée est en effet largement véhiculée par la culture américaine où les héros canins abondent : du roman culte de Jack London Croc-Blanc au sympathique Saint-Bernard Beethoven ; de Rintintin, la mascotte de Fort Apache dans la série éponyme des années 1950, à l’anglaise Lassie également popularisée par des séries TV et films américains. Pensez aux irrésistibles Snoopy et Droopy ! Plus récemment, il s’agit de l’énorme succès de Marley & Moi, dans lequel un attachant Golden Retriever devient le témoin des évolutions du couple Jennifer Aniston-Owen Wilson.

Bien sûr, les chats ne sont pas absents de l’imaginaire américain. Seulement ils sont souvent dépeints de façon plus péjorative ou ambiguë. Qu’ils soient veules et stupides comme Tom et Grosminet, foncièrement mauvais tel Pat Hibulaire, l’ennemi juré de Mickey Mouse, ou encore simplement sarcastique à l’image du rondouillard Garfield.

En 2001, Hollywood a même tenté de trancher définitivement le débat avec Cats & Dogs (Comme Chiens et Chats) de Lawrence Guterman. Dans cette parodie de film d’espionnage, la rivalité chiens-chats atteint son paroxysme : les deux espèces s’affrontent dans la coulisse du monde des humains via des organisations secrètes ultra-sophistiquées. Le méchant de ce bijou du genre est inévitablement le cruel et mégalomane Mr Tinkles, un chat persan dont l’ambition est de conquérir le monde en rendant les hommes allergiques aux canidés. Les « vrais » auront noté le clin d’œil au matou blanc d’Ernst Blofeld, la tête du SPECTRE et adversaire éternel de James Bond.

Des chiens présidentiels

Portés aux nues par le monde du spectacle, les chiens sont également de puissants atouts politiques aux États-Unis. Fidèles compagnons des présidents, ils participent au grand récit américain. Le Scottish Terrier des Bush Jr., Barney, était de fait célébré comme le First Dog, et Bo, le chien d’eau portugais des Obama, a fait la une du Washington Post lors de son arrivée à la Maison Blanche. Plus récemment, pour Pâques, Barack Obama a posté une photo de sa famille sur les réseaux sociaux, avec au premier rang, deux chiens.

 

La médiatisation des chiens présidentiels est un élément crucial de la popularité de leur maître. Au point qu’un soupçon de maltraitance envers les animaux peut rapidement devenir un argument à charge dans une campagne. Mitt Romney en a fait les frais en 2012. Il a été rappelé à la presse que le candidat républicain n’avait pas hésité à installer son chien Seamus sur le toit de sa voiture faute de place dans l’habitacle, pour un trajet de 9 heures, lors de vacances en famille… l’affaire remontant à l’été 1983. Et les Républicains n’avaient pas manqué de répondre à l’attaque en reprenant un extrait de l’autobiographie de Barack Obama dans lequel il confiait avoir goûté du chien à l’occasion d’un séjour en Indonésie.

Pourquoi les Américains préfèrent-ils les chiens ?

Selon un sondage mené en décembre 2006 par l’organisation Gallup, responsable de la plupart des enquêtes d’opinion publique aux États-Unis, près des deux tiers des Américains possédaient un animal de compagnie. Parmi eux, 73 % avaient un chien alors que 49 % étaient propriétaires de chats. Plus éclairant encore, 70 % des citoyens interrogés se définissaient comme des « personnes à chiens » tandis qu’un petit 20 % reconnaissaient une prédilection pour les félins. Une récente enquête conduite par Public Policy Polling (PPP) révèle que ce déséquilibre n’a que peu évolué.

De nombreuses études psychologiques ont été menées pour savoir s’il existait véritablement des différences entre les « personnes à chien » ou « à chat ». Toutes révèlent que les gens ont tendance à adopter des animaux présentant des traits de caractère similaires aux leurs. Une étude publiée par la Caroll University du Wisconsin en mai 2014 montrait ainsi que les propriétaires de chien seraient plus extravertis et conformistes. Les amoureux des chats seraient quant à eux davantage calmes et sensibles.

Cet appariement quasi-inconscient va jusqu’à la ressemblance physique. Une surprenante étude conduite par l’Université de Californie à San Diego a établi que des inconnus pouvaient associer un maître et son chien à partir de simples photos. Si ces explications tiennent la route sur le plan individuel, il est cependant difficile de les généraliser à l’échelle d’un pays.

L’histoire des chiens aux États-Unis se lit à travers le prisme de la grande Histoire. Les canidés étaient bien établis avant le débarquement des premiers colons blancs et avaient déjà été apprivoisés par les populations natives. Partenaires de chasse et de guerre, compagnons de voyages et gardes de campement ou troupeaux pour les cow-boys, l’Histoire même des États-Unis est étroitement liée à celle de ces animaux. Les chiens ont contribué tant à l’exploration du continent qu’à l’installation des différentes vagues de colonisation. La glorification moderne des chiens policiers et chiens soldats aux États-Unis pourrait être une réminiscence de cette tradition. Ainsi y aurait-il eu, au fil des siècles, reproduction de ce « favoritisme » à l’égard des chiens.

Cependant, ces dernières années, les chats gagneraient du terrain grâce à une arme de destruction massive sur l’échelle du mignon teinté de ridicule : les « LOL Cats ».

La revanche des chatons mignons

Si les premières représentations comiques de chats datent des années 1870, avec les photographies du britannique Harry Pointer, le phénomène des « LOL Cats » a explosé pour de bon suite à la création du blog I Can Has Cheezburger en 2007.

Créé par l’Américain Eric Nakagawa et son ami Kari Unebesami, ce site met alors en scène avec humour un British Shorthair baptisé « Happy Cat ». Le succès est tel que le blog sera revendu pour un montant de 2 millions de dollars un an plus tard. Ironiquement, c’est du pays où les canidés sont rois qu’est partie l’invasion des « LOL Cats » – ces mascottes de l’Internet. Il est désormais impossible d’échapper à ces vidéos virales d’adorables matous faisant des choses stupides. Au point qu’a été fondé en 2012 un « Festival de la vidéo de chats sur Internet » au Walker Art Center de Minneapolis.

Aux Etats-Unis, les chats reprennent le pouvoir en cat-imini... Crédits photo : Flickr/CC/Kevin

Aux Etats-Unis, les chats reprennent le pouvoir en cat-imini… Crédits photo : Flickr/CC/Kevin

 

Cette frénésie a-t-elle rendu les chats plus désirables aux yeux des Américains ? Selon l’étude PPP, il existe un groupe unique de la population américaine qui ne montre pas de différence significative en termes de préférence chiens-chats : les 18-29 ans. Soit la population la plus active sur les réseaux sociaux où sont diffusés ces fameux « LOL Cats ».

Les chats sont-ils sur le point de conquérir les Etats-Unis – sinon le monde –, générations après générations, comme dans les rêves les plus fous de Mr Tinkles ? Il y a là un pas que je ne saurais franchir. Pour certains, le phénomène « LOL Cats » est surtout un effet d’optique. Selon Jack Shepherd, directeur éditorial du site Buzzfeed, il y aurait autant de vidéos de chiens stupides que de chats ridicules sur le net. Le fait que ces derniers rencontrent plus de succès que les autres est dû à l’éclairage médiatique privilégié qui leur est accordé. En fait, les « faiseurs de l’Internet », qui produisent et relaient l’essentiel du contenu, seraient tout simplement des « personnes à chat ».

 

Marie Jactel

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