Spirituels, lucratifs, émancipateurs… Les cheveux dans 8 pays du monde

Chaque année, CrossWorlds s’emploie à vous faire découvrir le monde à travers de nombreuses paires d’yeux. Pour ce Regard Croisé, nous nous intéressons aux cheveux. Inde, Afrique du Sud, Colombie, Espagne, Hongrie, Taïwan, Turquie, Chili : voici ce que racontent les chevelures du monde.
© Théo Depoix-Tuikalepa / CrossWorlds

© Théo Depoix-Tuikalepa / CrossWorlds

Tschhk.

Un coup de ciseaux, et ce sont 25 centimètres de mes cheveux dont je viens de me séparer. La tresse est dans les mains de la coiffeuse : propre, attachée, ordonnée, elle est prête à être… donnée.

Arrivée chez moi, je la fourre dans une enveloppe sur laquelle j’inscris « Association Solid’hair ». Voilà encore un jeu de mot à inscrire au Panthéon des pros de la coiffure. Cette mèche sera vendue à un perruquier par l’association, et les fonds permettront de financer les perruques de personnes malades du cancer qui n’ont pas les moyens de s’en procurer.

C’est mon premier don de cheveux. Mais ailleurs sur le globe, se séparer de sa chevelure peut être un véritable rituel. C’est le cas en Inde : notre correspondante s’est rendu dans l’État du Tamil Nadu, où en faire offrande est un acte qui ponctue la vie des Hindous.

Que faire ensuite de cette matière abondante ? En Inde, élément spirituel, on ne se fâche pas cependant qu’elle soit vendue. Elle parcourt des milliers de kilomètres pour terminer, là aussi, entre les mains de perruquiers.

Par exemple en Espagne, où elle sert à la confection de fausses falleras, une coiffure qui orne majestueusement la tête des femmes durant les Fallas, fêtes traditionnelles à Valence : de plus en plus, les participantes ont recours à des postiches plutôt que de s’imposer une douloureuse séance de coiffure et les nuits sans sommeil qui vont avec l’imposant chignon. L’art de combiner tradition et modernité…

Le cheveu, personnel et politique à la fois

Retour dans mon appartement. Devant le miroir, je constate que j’ai « changé de tête ». Et lorsque je mets les pieds dehors pour rejoindre des amis, ils ne tardent pas à y aller de leurs commentaires :

« – Waow, comment ça te rajeunit !
– Mais non, moi je trouve au contraire qu’on dirait une jeune femme active ! »

Alors, ai-je l’air d’une ado ou d’une trentenaire ? Si je fais avec, quoi qu’il arrive, c’est peut-être parce que mes cheveux repousseront. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde : Atakan, un jeune Turc, a fait l’expérience dès ses 23 ans de la chute irréversible des siens.

Irréversible ? Ce serait faire fi de la médecine et des progrès de la chirurgie : Atakan est passé entre les mains expertes d’un médecin de l’Akademic Hastanesi et sa calvitie naissante a disparu. Une opération courante en Turquie qui a donné naissance à un véritable tourisme capillaire, pour lutter contre les crises identitaires.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le cheveux recouvre des enjeux personnels, qui trouvent souvent un écho sociétal. Il suffit de se pencher sur le mouvement « nappy » pour en avoir un exemple : ce mot désigne la tendance des femmes noires et métisses à porter leurs cheveux au naturel – plutôt que de les lisser pour qu’ils soient plus conformes aux canons de beauté blancs et occidentaux. En Afrique du Sud, c’est une manière de réaffirmer leur identité noire, et par là-même, leur histoire liée à l’Apartheid.

Un sujet grave, comparé à ce qui peut apparaître comme de la frivolité à Taïwan où le bigoudi a quitté sa fonction pratique pour devenir un véritable accessoire de mode. Une évolution qui dit pourtant des choses d’une société taïwanaise en quête de perfection.

  • Taïwan : Sous les bigoudis, la recherche de la coiffure parfaite

Comme les cheveux peuvent tendre du brun au blond platine, en passant par l’auburn ou le roux, la coupe se pare de reflets politiques.

En Hongrie,  dans un salon au coeur de la capitale, le « Gipsy King » met à l’honneur la minorité rom, habituellement marginalisée et discriminée dans le pays. Au Chili, à Santiago, Rodrigo Tello place sur un trône les enfants, dans un salon conçu juste pour eux, regorgeant de jeux. En Colombie, à Bogota, le célèbre artiste du cheveu, Charly, livre une ode à la créativité et à l’affirmation de soi… Et si le cheveu était « une extension de l’esprit » ?

Les cheveux, 8 pays, 8 regards

A travers leurs regards croisés, nos correspondants vous invitent à découvrir les nuances colorées, les textures sociales des cheveux dans le monde. Et je ne garantis pas que vous ne ressortiez de votre lecture avec la furieuse envie de passer entre les mains expertes de votre artisan capillaire favori, que ce soit pour savourer un moment de bien-être, ou pour défendre vos convictions politiques !

Esther Meunier

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