« Kong Kids » : des peluches à l’université chinoise

Il y a un Pikachu, quelques Bob L’Eponge, beaucoup de Mickey et Minnie. Nous ne sommes pas dans un magasin de jouets pour enfants mais à la remise des diplômes 2014 de The University of Hong Kong, l’université la plus prestigieuse de la ville. Les étudiants ont tous plus de 20 ans, ils finissent aujourd’hui leurs études supérieures et reçoivent traditionnellement en cadeau de la part de leurs proches… une peluche.

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Deux étudiants posent pour la remise des diplômes à la Chinese University of Hong Kong en 2015, avec leurs peluches reçues en cadeau. Crédits Photo: CrossWorlds/Candice Altmayer

 

La scène est étrange, mais pas incohérente avec ce que l’on observe habituellement à Hong Kong. Il est par exemple commun de voir des lycéens, ou même des étudiants universitaires orner leurs sacs à dos de personnages de dessins animés. A Hong Kong l’enfance ne s’arrête pas à l’adolescence.

Le Kong Kid : vulnérable et immature

Accrocher une peluche à son sac, une pratique commune chez les lycéens hongkongais.  Crédit Photo: CrossWorlds/Candice Altmayer

Accrocher une peluche à son sac, une pratique commune chez les lycéens hongkongais.
Crédit Photo: CrossWorlds/Candice Altmayer

Cette affection des jeunes adultes pour des choses généralement considérées comme enfantines serait due à un manque de maturité, causé par une enfance surprotégée. C’est en tout cas la conclusion de l’auteur à l’origine du concept de Kong Kid. Cette expression, utilisée pour la première fois en 2009 dans le journal MingPao, désigne un jeune hongkongais né à partir du milieu des années 1990 incapable de s’occuper de lui-même, vulnérable et immature. La définition du Kong Kid a été développée par l’éducatrice Wong Ming Lok, tout d’abord dans un article intitulé « Kong Kids : A Nightmare for parents and teachers » puis dans le bestseller Hong Kong Kid paru en 2010. Selon l’auteure, cinq caractéristiques distinguent les Kong Kids.

La première est une « intelligence émotionnelle » faible, c’est à dire une difficulté à contrôler ses émotions et à gérer une situation déplaisante. A cela s’ajoute la peur de l’adversité, une véritable crainte d’échouer qui entraîne une tendance à reposer sur les autres face à tout problème. Le Kong Kid est aussi incapable de prendre soin de lui. Selon des sondages publiés par People’s Daily, près de la moitié des parents hongkongais admettent que leur enfant est incapable de s’habiller, de manger et de se laver seul. Près de 70% ne font pas leurs devoirs seuls et ne portent pas leurs sacs à l’école. Pire, pour les enfants entre 5 et 16 ans, 50% ne peuvent pas se brosser les dents par eux-mêmes ! Ces enfants manqueraient également de sociabilité et sont prompts à l’égoïsme. Enfin, ils seraient particulièrement « matérialistes ».

Une nounou 24h/24, 6j/7

Bien sûr, tous les enfants et adolescents nés à Hong Kong ne sont pas ce « cauchemar » que Wong Ming Lok décrit. Les Kong Kids sont surtout issus des classes moyennes et élevées de la société. Dans une ville où le taux de naissance est très bas, ils sont généralement enfant unique. Le plus souvent, leurs deux parents travaillent. Beaucoup. En 2013, un employé à plein temps à Hong Kong travaillait 49 heures par semaine en moyenne. Ces enfants sont donc confiés aux fameuses domestic helpers. Pour la plupart des femmes philippines envoyant leur salaire à leur famille, les « aides domestiques » sont extrêmement nombreuses à Hong Kong. Des lois spécifiques les concernent, stipulant une présence constante chez l’employeur à l’exception du dimanche. L’enfant dispose donc d’une nounou à son service 24h/24 et 6j/7. Ils seraient alors bien trop chouchouté, tant par la domestic helper que par leurs parents désirant combler leur absence.

En plus de les habituer à être au centre de l’attention, leur statut d’enfant unique impose une forte pression dès le plus jeune âge. Sur eux reposent tous les espoirs d’élévation sociale ou de maintien du rang de leurs familles. Les enfants sont poussés à la réussite scolaire, au détriment de leur épanouissement personnel. Les parents sont prêts à payer de petites fortunes pour que leur enfant puisse avoir le meilleur tuteur ou la meilleure semaine de préparation à la rentrée des classes. A l’adolescence, les Kong Kids sont confinés chez eux à travailler, ne sortent presque jamais et ne sont indépendants en rien. Ils n’ont donc pas l’occasion de gagner en maturité avant leur entrée à l’université.

Remise des diplômes à l'Université: entre ballons et Teddy Bear. Crédit Photo: CrossWorlds/Candice Altmayer

Remise des diplômes à l’Université: entre ballons et Teddy Bear. Crédits Photo: CrossWorlds/Candice Altmayer

 

Tous des moutons ?

Depuis 2009, le concept de Kong Kid n’a cessé de faire parler de lui à Hong Kong. Des débats sont organisés dans les universités, la créatrice de l’expression a été invitée à donner une conférence lors du TEDx consacrés à la jeunesse à Hong Kong, et le sujet a donné lieu à plusieurs projets étudiants. Voici une des nombreuses vidéos conçues par des étudiants analysant les Kong Kids, résultat d’un travail pour la Polytechnic University of Hong Kong.

 

 

Dans ce court dessin animé, un professeur du futur présente à ces élèves ce qui ressemble à un mouton. Faux, c’est un Hong Kong Kid ! Une espèce « vraiment stupide » qui s’est transformée au fil des ans. Incapable de faire ses lacets seuls, le Kong Kid aurait fini par marcher à 4 pattes. Puis, leurs mères leurs ayant brossé les dents depuis toujours, il se sont trouvés incapables de le faire à sa disparition et perdirent leurs dentitions. Ne sachant pas comment cuisiner, ils firent exploser la casserole et devinrent décoiffés. Et c’est ainsi qu’ils ressemblèrent à un animal plus qu’à un homme. La vidéo accuse ensuite les parents, et particulièrement la mère, de ne pas laisser leur enfant grandir. Bien que très légèrement exagérée, cette vidéo est un exemple de l’intérêt universitaire pour le concept de Kong Kid.

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Un autre exemple de l’affection pour les accessoires enfantins en Asie: un magasins de vêtements pour adultes en Corée du Sud. Crédits Photo: CrossWorlds/Candice Altmayer

 

Malgré son nom, le Kong Kid n’existe pas seulement à Hong Kong. En Asie du Nord – Chine, Hong Kong, Taiwan, Japon, Corée -, il n’est pas rare d’observer des parents infantilisant bien trop longtemps leurs enfants, tout en les pressurisant quant aux résultats scolaires. Et dans ces pays aussi, les jeunes diplômés aiment à recevoir des peluches.

Candice A.

 

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