La presse chinoise, à la loupe

En Chine, les journaux semblent distants, froids, et vidés de leur perspicacité. En vérité, ils font surtout l’objet des « caprices » du gouvernement. La plupart des unes de journaux disposées par les buralistes en sont la preuve.

Ruoxi, étudiante à la Zhejiang University, explique pour autant que « les Chinois sont au courant de cette propagande, bien sûr. On apprend juste a grandir avec et à lire l’information comme à travers une loupe ». Alors notre illustratrice a pris sa loupe, et dessiné l’interprétation d’un regard étranger sur des Unes de journaux qu’elle a sélectionnées.

Une d’un quotidien pris au hasard : la puissance de l’armée

Ce que les journaux chinois traduits pour l’étranger ne montrent pas clairement par rapport aux divers journaux limités aux frontières chinoises, est le constant renforcement des forces armées chinoises.

Une de. Crédits dessin : CrossWorlds/Camille Guillard

Une du journal Xin Can Kao Wenzhai et le regard d’une étrangère. Crédits dessin : CrossWorlds/Camille Guillard

 

Le journal sert à consolider un sentiment patriotique, passant par l’affirmation d’une armée puissante en formation. « L’armée » est un thème en tant que tel dans les journaux chinois. On trouve des journaux spécialisés sur l’armée et des sections entières dans les journaux papier et en ligne, consacrés à son développement et à ses acquisitions en armes et divers matériaux.

La Chine ne veut pas faire peur au monde et annoncer une véritable intention de puissance mais il semblerait qu’elle continue de jouer sur un double discours. Elle conserve l’armée la plus nombreuse au monde avec plus de 2,3 millions d’hommes. L’Armée de libération populaire (APL) a vu son budget progressivement augmenter jusqu’à atteindre 887 milliards de yuans (128 milliards d’euros, 16% du PIB), soit le deuxième du monde derrière les Etats-Unis.

Une d’un quotidien consacré aux affaires internationales

Les divers articles sur la diplomatie chinoise révèlent un virage évident vers le renforcement sécuritaire du pays. Le journal est utilisé pour bouleverser et inquiéter le lecteur chinois, en insistant sur les aspects les plus négatifs du contexte international.

Une du journal International Herald Leader. Crédits dessin: CrossWorlds/Camille Guillard

Une du journal International Herald Leader et le regard d’une étrangère. Crédits dessin: CrossWorlds/Camille Guillard

 

Cette technique facilite la justification des actions gouvernementales dans le domaine de la sécurité et de l’armée. Si les divers articles annoncent la concentration du gouvernement sur la protection de son territoire, rien n’est dit sur la participation (éventuelle ou non) du gouvernement dans les discussions sur la Syrie par exemple. Le sujet est tout simplement évité.

Une du quotidien du Parti en Chine

Ce journal est le bijou du parti. La propagande y tourne à plein gaz, et s’affiche même en une pour annoncer la prochaine réunion du Département de la Propagande à Pékin ou les différentes réformes et politiques en préparation.

Une du journal Remin Ribao. Crédits dessin : CrossWorlds/Camille Guillard

Une du journal Renmin Ribao vue par une étrangère. Crédits dessin : CrossWorlds/Camille Guillard

 

Ce journal continue à créer l’illusion de la participation et du poids du peuple dans les décisions du parti. Le journal est complètement contrôlé et accaparé par le politique et l’Etat.

Les journaux en ligne

Les journaux en ligne sont plus populaires en Chine, particulièrement auprès des étudiants. Même s’ils proposent plus de débats que les journaux papier, ils ne sont pas autorisés à dire toute la vérité pour autant. Sur le site du Nanfang Zhouwei, un article de la section « Critiques » blâmait « l’erreur de l’Occident de penser qu’elle possède toutes les connaissances » et affirmait que « celles [les erreurs] de la Chine sont différentes, aussi riches, et orientées dans un angle peut-être plus perspicace ».

Ces Unes sont représentatives des sujets dominants de l’actualité chinoise. Pour Ruoxi, l’étudiante : «  la Chine est aujourd’hui suffisamment ouverte pour laisser filtrer de nombreuses informations ».

Une buraliste de Pékin raconte : « cela fait presque 10 ans que j’exerce ce métier, et je vois les journaux chinois s’enrichir toujours plus en informations et se complexifier». Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporter Sans Frontières, la Chine stagne à la 175e position. Un véritable sens critique et de la liberté d’expression demeurent absents des journaux chinois, soumis au contrôle attentif du parti, qui surveille, encore et toujours.

Camille Guillard

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