CINQ HEURES — L’aube des pêcheurs du Mozambique

Cinq heures du matin pour Jorge, c’est l’heure du retour. Quand il revient de ces nuits précieuses de pêche, au large. Montez à bord des bateaux des pêcheurs de Vilanculos au Mozambique, où la pêche artisanale fait vivre les villages et apaise certains coeurs.

Cinq heures du matin. Le sable rafraîchi par la nuit se confond encore avec la mer. Le soleil se lève seulement dans une heure à Vilanculos, au Mozambique. L’ombre des cocotiers se découpe dans le ciel sombre, ici c’est sur la mer que se lève le soleil. Seul le roulis des vagues vient perturber le silence vespéral de l’aube. Les pas des pêcheurs, encore encrassés de sommeil, sont étouffés par le sable mouillé. Silhouettes qui se profilent dans l’obscurité, groupes qui se forment et bribes de conversation qui me parviennent de loin. La mer se retire et tandis que certains rejoignent leurs bateaux, équipés pour une matinée de pêche, d’autres sont occupés à décharger les poissons fraîchement attrapés pour les vendre au marché.

 

Coucher du soleil à Tofo, dans la province d'Inhambane, Mozambique. © CrossWorlds / Coline Pélissier

Coucher du soleil à Tofo, dans la province d’Inhambane, Mozambique. © CrossWorlds / Coline Pélissier

La mer comme horizon

Jorge, ou Jojo comme il se présente, s’avance. Il est pêcheur et guide touristique à Vilanculos, ville côtière du Mozambique dans la région d’Inhambane. Aujourd’hui, il travaille principalement comme guide touristique auprès des différentes auberges de jeunesse et hôtels de la côte.

Jojo, ou Jorge, pêcheur et guide touristique à Vilanculos © CrossWorlds / Coline Pélissier

Jojo, ou Jorge, pêcheur et guide touristique à Vilanculos © CrossWorlds / Coline Pélissier

 

Il emmène les touristes sur l’île de Bazaruto, aux poissons multicolores, sable blanc et eau turquoise. S’il garantit son niveau de vie avec son activité de guide touristique, grâce à son anglais fluide et sa maîtrise parfaite des environs, Jojo est surtout fier d’être pêcheur. Pour lui, c’est une évidence :

“Je préfère passer toute ma vie avec la mer, que ce soit pour pêcher ou pour ces tours, même si c’est parfois difficile, que  passer un seul jour à travailler en ville”.

Plage de Vilanculos © CrossWorlds / Coline Pélissier

Plage de Vilanculos © CrossWorlds / Coline Pélissier

 

Cinq heures et quinze minutes. La majorité des pêcheurs part travailler, à bord d’embarcations en bois de taille variable. La plupart des moyens de pêche à Vilanculos sont artisanaux et non motorisés. Une fois en mer, ils attendent que la marée soit basse et le courant moins fort pour optimiser leur pêche. Les filets sont jetés à l’eau. Sur les petites embarcations les filets ont des mailles très fines afin de capturer le moindre petit poisson. Comme l’explique Jojo, les poissons perçoivent le centre du filet comme un trou par lequel ils peuvent s’échapper. Lorsqu’ils sont tous concentrés à cet endroit, le filet est remonté.

L’heure du retour

Jojo, lui, fait partie des pêcheurs nocturnes. Cinq heures du matin, ce n’est pas l’heure du départ mais du retour : l’heure qui termine ses plus longues nuit de pêche.

Ces nuits sont précieuses : à la fois vitales pour la subsistance du village, de la famille, et pour son bien-être à lui, grâce à la mer calme de l’archipel et la camaraderie entre pêcheurs, assure-t-il. En général, il essaie de pêcher entre 9h du soir et 2h du matin. La pêche est meilleure la nuit, selon lui, on trouve plus de gros poissons. En rentrant, un feu est allumé sur la plage grâce aux feuilles sèches de cocotiers, pour faire griller et manger immédiatement quelques poissons entre pêcheurs.

Plage de Vilanculos © CrossWorlds / Coline Pélissier

Plage de Vilanculos © CrossWorlds / Coline Pélissier

 

Ressource cruciale

La pêche artisanale, comme la pratique Jojo, est une ressource cruciale pour les habitants du Mozambique, l’un des pays les plus pauvres du monde. Avec 70% de la population qui vit sur le littoral, le secteur de la pêche représente une part importante de l’économie du pays. Dans les régions côtières comme Vilanculos, l’agriculture ne permet pas toujours de manger à sa faim. Ainsi, la demande de poisson est en augmentation constante, aussi bien dans les villages proches que dans les villes plus éloignées.

Plage de Tofo © CrossWorlds / Coline Pélissier

Plage de Tofo © CrossWorlds / Coline Pélissier

 

Cinq heures et trente minutes. Quelques femmes émergent des terres pour rejoindre la plage. Elles s’arrêtent avant que le sable ne devienne humide, attendent que les cageots remplis de poissons viennent à elles. En venant si tôt, elles ont le privilège du choix. Les pêcheurs se hâtent vers la bande de cocotiers qui borde la plage. Les négociations commencent. “Vous avez aussi des crabes aujourd’hui ?” ; “Non je ne prends pas, celui-là est trop abîmé” ; “Je te fais un prix Mama !”. Le portugais, langue officielle du Mozambique, est très peu utilisé, différents dialectes africains sont préférés. Jojo confie : “Ils négocient pour la forme, en réalité c’est presque les mêmes prix tous les matins, tout le monde se connaît et sait comment ça se passe”.

Les peixinos, petits poissons, sont les plus nombreux. Ils sont vendus à la pièce ou par groupe dans les cageots. Les calamars, lulas en portugais, crevettes, camaroes, et langoustes, lagostas, s’invitent aussi à la fête et seront mangés avec du piri-piri, le piment local. Un petit poisson vaut environ 30 meticais, c’est à dire environ 60 centimes d’euro, et sera revendu sur le marché pour 50 meticais par l’une des nombreuses vendeuses. Sur le marché, 4 calamars coûtent 50 meticais, soit 70 centimes. Divers poissons de taille moyenne sont vendus, la plupart du temps grillés directement à la poêle sur le feu dans la cour, assaisonné avec sel et vinaigre.

Le marché central de Vilanculos, tôt le matin © CrossWorlds / Coline Pélissier

Le marché central de Vilanculos, tôt le matin © CrossWorlds / Coline Pélissier


Cinq heures et cinquante minutes
. Les rayons du soleil pointent déjà. Les derniers échanges de la première pêche se terminent. Tout le poisson n’est pas vendu, certains hommes iront jusqu’au marché central qui s’éveille pour vendre directement aux femmes qui tiennent les étals. Vers huit heures, les pêcheurs de cinq heures reviendront et la plage sera alors très animée, les mêlant aux femmes impatientes du marché, plus nombreuses.

 

Coline Pélissier

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