En Afrique du Sud, la détresse des fermiers face à la sécheresse

A travers ses mots, je peux entendre la colère de Chris. Fils de fermier, il voit sa communauté souffrir et les risques qui pèsent sur elle s’appesantir de semaines en semaines. En effet, la majeure partie de l’Afrique du Sud bénéficie généralement d’une saison des pluies, essentielle pour les cultures et le bétail. Mais alors que celle-ci doit débuter fin août, elle se fait toujours attendre en ce début de mois de décembre.

"Nous souffrons de la sécheresse et de la canicule", explique le photographe. Crédits photo : Flickr/CC/StormSignal

« Nous souffrons de la sécheresse et de la canicule », explique le photographe. Crédits photo : Flickr/CC/StormSignal

La terre stérile, fille d’El Niño

Cela est dû au phénomène météorologique d’El Niño. « Cette année est l’un des plus extrêmes qu’on n’ait connu » comme me l’explique Hannes Rautenbach, météorologue à l’université de Pretoria. « La température de l’océan Pacifique sur la côte sud-américaine est plus élevée que d’ordinaire tandis que les eaux australiennes sont plus froides et cela a un impact sur les précipitations. En Afrique du Sud, elles sont alors inférieures à la normale. » Grâce aux simulations informatiques, « On a pu prévoir que l’Afrique du Sud subirait une sécheresse importante dès juin/juillet 2015 ».

Chris s’attendait donc à subir la sécheresse, mais pas de cette ampleur. « Cette année nous n’avons pas eu une seule véritable pluie », m’explique-t-il. C’est ainsi que certaines régions, sur la période de juillet à septembre, n’ont pas atteint 50% du niveau de précipitations habituelles, plongeant les agriculteurs dans une impasse.

Dans la ferme de son père, dans la province du Free State, le terrain est si aride qu’il est souvent impossible de semer de nouvelles cultures. La date limite des semis se rapprochant, il y a peu d’espoir de faire pousser quoi que ce soit. Il n’y a pas non plus d’herbe fraîche pour nourrir le cheptel, et celle qui subsiste de l’année dernière est si sèche qu’elle ne contient pas réellement de nutriments. Dans ces mauvaises conditions, Chris craint que les bêtes refusent de se reproduire, ce qui signifie qu’il n’y aura pas non plus de veaux ou d’agneaux. Ces agriculteurs qui s’endettent déjà pour pouvoir nourrir leurs troupeaux risquent de ne pas avoir de revenu.

« Le racisme inversé du gouvernement »

Le gouvernement attire tous les griefs. Les fermiers sont en colère car ils estiment ne pas recevoir assez d’aides. En effet, si le ministre de l’agriculture Senzeni Zokwana a annoncé la levée de 220 millions de rands (soit près de 15 millions d’euros) pour aider les fermiers à traverser cette crise, cette aide est jugée insuffisante, d’autant plus qu’elle est uniquement destinée aux fermiers qui pratiquent une agriculture de subsistance ou communautaire.

Pour Chris, c’est « du racisme inversé ». L’agriculture de subsistance se développe en effet particulièrement chez les populations noires qui récupèrent les terres qui leur avaient été confisquées pendant l’apartheid grâce à la politique de redistribution de l’ANC, le parti au pouvoir depuis une vingtaine d’années. C’est donc eux qui vont en majorité bénéficier des aides prévues par l’Etat – mais ce sont aussi toujours les plus fragiles. Veut-il dire que c’était mieux, avant ? « N’interprète pas mal mes propos ! », s’offusque Chris. « L’apartheid était une mauvaise chose, et les gouvernements sous l’apartheid ont fait beaucoup de mal. Mais une chose qu’ils avaient comprise est que l’agriculture est un pilier dans l’économie sud-africaine et que les fermiers doivent être soutenus dans des temps comme ceux-ci ».

« Ca va affecter le budget des Sud-africains »

Chris craint en effet que cela se répercute sur l’ensemble de la population. Il n’est pas le seul à être inquiet, comme me l’explique Jon, gérant d’une boucherie pour qui cela va avoir un double impact. « D’abord les prix vont augmenter car l’offre disponible sera plus faible. On risque même de devoir importer certains produits qu’on exporte habituellement. Ça va affecter le budget des Sud-africains. Et la viande sera aussi de moins bonne qualité. »

Face à cette situation, la communauté trouve refuge auprès de Dieu. « Dans cette période difficile, nous nous réunissons et nous tenons devant Lui comme un seul homme. Nous croyons sincèrement que prier nous apportera l’abondance lorsqu’Il l’aura choisi, et non pas au moment où nous le souhaitons » m’explique Chris. Alors il prie, en attendant la pluie.

Esther Meunier

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