Cali et ses sept rivières à sec

La ville de Cali, au Sud de la Colombie, est aussi connue sous le nom de la ville des sept rivières. La petite rivière, Pance, en fait partie.

C’est elle qui fait le bonheur des caleños en quête de rafraichissement. Les samedis et dimanches, les bus en direction du village de Pance se remplissent de familles en maillots de bain, serviettes à la main et pique-niques dans le sac. Les bassins d’eau forment de plaisants espaces pour s’éclabousser et profiter de l’eau froide qui s’écoule des montagnes du grand parc naturel des Farallones.

Mais Pance, comme les autres rivières de Cali, est menacée par la sécheresse qui attaque la ville plus longuement chaque année.

A Pance, en Colombie, les familles se baignent. Crédits photo : Flickr/CC/Maria Cecita

A Pance, en Colombie, les familles se baignent. Crédits photo : Flickr/CC/Maria Cecita

« On ne pouvait pas se laver, ni cuisiner »

Du 29 juillet au 1 octobre dernier, l’accès à l’eau potable a été restreint dans certaines communes de Cali. Diego Bolaños, responsable du réseau de distribution d’eau de l’entreprise EmCali, décrit cette situation précaire :

« Lorsque l’eau est devenue insuffisante, des restrictions ont du être mises en place dans deux communes à l’est de Cali : entre 15h et 18h et entre 23h et 4h, les robinets étaient coupés. »

« En septembre, l’eau était coupé un ou deux jours par semaine minimum », se souvient Marcela Mejia, vivant à Cuarto de Legua. « Tout mon entourage était affecté puisqu’on ne pouvait pas se laver ni cuisiner facilement. » Diego Müller, habitant de Buitrera s’emporte : « Là où je vis à Cali, le service d’eau s’appelle ‘Acuabuitrera’, c’est une entreprise sous-traitante de EmCali. Le service y est horrible. A certaines époques de l’année, l’eau s’arrête la moitié de la journée, tous les jours. »

Des réseaux de distribution d’eau pour compenser

Durant cette période de restrictions, une ronde de camions citernes a été mise en place dans certains quartiers : les habitants allaient chaque matin à 8h chercher l’eau à des points fixes. Ils arrivaient en avance, formant des files d’attente, tous un seau à la main.

Les maux de l’eau

Les rivières de Cali alimentent l’ensemble du réseau de distribution d’eau de la ville. La rivière Cauca alimente 75% de la population de Cali tandis que la rivière Cali couvre 20% de la ville, selon le journal espagnol El País. Ces deux principales sources d’eau potable de la ville sont en danger à cause de leur pollution. Des exploitations minières rejettent du mercure dans l’eau et les promeneurs, tous leurs déchets.

L’assèchement des rivières, surtout pendant la chaleur des derniers mois, concentre le degré de pollution de l’eau. En période humide, les fortes pluies soulèvent les sédiments des rivières : l’oxygénation de l’eau diminue et l’eau devient imbuvable.

Le fameux phénomène de l’enfant, dit le « fenómeno del Niño » aggrave la situation, puisque cette perturbation climatique provoque le réchauffement anormal des eaux superficielles dans le Pacifique tropical, central et oriental, d’après une étude gouvernementale.

Des infrastructures obsolètes

Si le phénomène de l’enfant est dû à une mauvaise conjoncture climatique à laquelle il est possible de s’adapter, les difficultés liées aux infrastructures du réseau de distribution d’eau sont, elles, structurelles. Selon EmCali, environ 40% des pertes en eau sont dues au matériel obsolète : la tuyauterie laisse échapper l’eau qui s’évapore et accumule des sédiments bloquant la circulation d’eau.

La ville de Cali subit une explosion démographique sans précédent. La migration forte du Pacifique, liée à des conditions de vie menacées par la pauvreté et le conflit armé, incite à s’installer dans la capitale du département de la vallée du Cauca. Cali n’arrive pas à mettre suffisamment de logements à disposition. Des quartiers comme celui de Aguablanca réunissent des individus construisant anarchiquement des habitations précaires sans rattachement légal au réseau d’eau. 55% de l’eau fournie par EmCali est illégalement détournée. Mais ce ne sont pas les habitants des quartiers défavorisés qui consomment le plus d’eau. Au contraire, la strate 6, la plus riche, est la plus gourmande. «  En 2010, la strate 6 consommait 187 litres par jour et par habitant alors que la strate 1 se contentait de 114 », explique Inés Restropo, la coordinatrice du groupe d’assainissement environnementale du Cinara à l’université del Valle, lors d’une conférence le 13 novembre dernier sur les causes et conséquences de la sécheresse à Cali.

L’accès à l’eau est donc un facteur de différenciation sociale dans un espace urbain très ségrégé : plus les quartiers sont déshérités, plus les coupures d’eau les affectent.

Quelles solutions ?

Pour régler le problème des ressources en eau sur le court terme, EmCali a effectué des travaux pour joindre deux réseaux d’eau. L’objectif : améliorer l’accès à l’eau de 4500 clients. Transporter l’eau par camion afin de créer des réservoirs d’eau reste une solution efficace, bien que fort temporaire et coûteuse.

Dans le long terme, Inès Restrepo propose d’aller à la recherche de nouvelles ressources en eau dans les régions environnantes. Une première idée est de faire venir l’eau du lac de Salvajina situé dans le département du Cauca. Une seconde possibilité serait de conduire l’eau du Pacifique jusqu’à Cali via un réseau de tunnels. Mais ces deux propositions sont très couteuses et risquent de déséquilibrer les écosystèmes des régions concernées.

Une autre idée est d’exploiter l’eau souterraine de la ville. Plus réaliste financièrement, cette solution reste provisoire car les ressources sont insuffisantes. Une proposition aléatoire est en cours d’essai à l’université del Valle afin de filtrer l’eau polluée. La filtracion en lecho devrait permettre de limiter la quantité de sédiments et de purifier l’eau. Hypothèse à vérifier.

Cependant, une solution plus prometteuse ne pourrait-elle pas plutôt se concentrer sur la rénovation des infrastructures obsolètes, en particulier celle de la tuyauterie pour restreindre les pertes d’eau, l’augmentation des aides aux quartiers défavorisés afin de diminuer les connections illégales au réseau de distribution d’eau et l’ investissement dans l’éducation et la prévention contre le gaspillage d’eau et la pollution de l’environnement ? Faute de quoi tout projet d’amélioration du réseau risque de tomber à l’eau.

Marie Thorn

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